Une Française gravement malade après avoir contracté une souche d’hantavirus à bord d’un navire de croisière relance l’attention sur ce virus méconnu en France. Selon Le Figaro, des dizaines de cas sont recensés chaque année en Europe, souvent sans gravité, mais révélant une circulation silencieuse du pathogène depuis des décennies.
Le drame survenu à bord du MV Hondius – trois passagers décédés et une Française en état critique – a mis en lumière une souche rare, celle des Andes, absente en France. Pourtant, l’Hexagone connaît une circulation régulière d’une autre variante, responsable d’une fièvre hémorragique avec syndrome rénal généralement bénigne. « L’hantavirus n’est pas un virus émergent », rappelle le Pr Anne Goffard, médecin virologue au CHU de Lille et chercheuse à l’Institut Pasteur de Lille. « Il circule discrètement en France depuis des années, souvent sans que les cas ne soient identifiés. »
Ce qu'il faut retenir
- Plus de 50 espèces d’hantavirus sont répertoriées dans le monde, divisées en deux grands groupes : les virus du Nouveau Monde (Amériques) et ceux de l’Ancien Monde (Europe, Asie).
- La souche des Andes, responsable des cas à bord du MV Hondius, n’est pas présente en France, mais circule en Amérique du Sud.
- En Europe, les hantavirus de l’Ancien Monde provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal, généralement bénigne, mais dont les symptômes peuvent être sévères pour les personnes fragiles.
- En France, des dizaines de cas sont détectés chaque année, souvent liés à des expositions professionnelles ou environnementales.
- Le virus se transmet principalement par l’inhalation de particules infectieuses issues d’excréments, d’urine ou de salive de rongeurs porteurs.
Une souche endémique en France, peu connue du grand public
Contrairement à la souche des Andes, qui a causé trois décès et une infection grave parmi les passagers du MV Hondius, les variants européens de l’hantavirus circulent depuis des décennies sans attirer l’attention. Selon Le Figaro, ces cas sont souvent sous-diagnostiqués, faute de symptômes suffisamment spécifiques pour alerter les médecins. « La plupart des patients guérissent spontanément, mais certains développent des complications rénales nécessitant une prise en charge hospitalière », explique le Pr Goffard.
Les hantavirus de l’Ancien Monde – comme le virus Puumala, majoritaire en Europe – provoquent une fièvre hémorragique avec syndrome rénal, généralement sans danger. Leur taux de létalité reste inférieur à 1 %, contre 30 à 60 % pour les souches américaines, comme celle des Andes. « En France, on estime à plusieurs dizaines le nombre de cas annuels, mais les chiffres réels sont probablement plus élevés », précise le virologue.
Transmission et prévention : comment se protéger ?
Les hantavirus se transmettent principalement par l’inhalation d’aérosols contaminés, émis par les déjections de rongeurs infectés. Les personnes exposées professionnellement – agriculteurs, forestiers, employés d’entrepôts – sont les plus à risque. « Le virus survit plusieurs jours dans les excréments secs, ce qui explique pourquoi les activités en milieu rural ou les zones infestées de rongeurs sont des facteurs de risque », détaille le Pr Goffard.
Pour limiter les risques, les autorités sanitaires recommandent de ventiler les locaux fermés, de désinfecter les zones infestées et d’éviter tout contact direct avec les rongeurs ou leurs déjections. « Il n’existe ni vaccin ni traitement spécifique contre l’hantavirus en France », souligne le médecin. « La prise en charge repose sur un soutien symptomatique, notamment pour les cas graves. »
Le cas du MV Hondius : une alerte sanitaire internationale
Les sept cas liés à la croisière MV Hondius – dont trois décès – ont été détectés après le débarquement des passagers à Tenerife. Tous étaient liés à une exposition commune, probablement à bord du navire. Selon Le Figaro, les autorités sanitaires ont isolé les personnes infectées et désinfecté les zones concernées avant leur rapatriement vers leurs pays d’origine.
Parmi les cinq Français à bord, un seul a présenté des symptômes pendant le vol vers Le Bourget. « Ces cas montrent que même une souche rare peut causer des complications graves », commente le Pr Goffard. « Cela rappelle l’importance de la surveillance épidémiologique, même pour des virus considérés comme endémiques. »
En Europe, la circulation silencieuse des hantavirus rappelle celle d’autres virus zoonotiques, comme la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Leur surveillance est essentielle pour prévenir des foyers épidémiques, surtout dans un contexte de réchauffement climatique favorisant la prolifération des rongeurs.
Les symptômes incluent fièvre soudaine, douleurs musculaires, maux de tête et, dans les cas sévères, une insuffisance rénale. Une prise de sang permet de confirmer le diagnostic.
Aucun vaccin n’est actuellement disponible en France. Les traitements se limitent à une prise en charge symptomatique, notamment pour les complications rénales.