Avec plus de 700 000 à 1 million de décès humains chaque année, les moustiques figurent parmi les animaux les plus meurtriers au monde, selon les données compilées par Euronews FR. Face à cette menace, le géant technologique Google mise sur une solution biologique : le projet Debug. Celui-ci prévoit de relâcher jusqu’à 64 millions de moustiques mâles stériles en deux ans, dans les États de Californie et de Floride. Une demande d’autorisation a été déposée auprès des autorités américaines.
Ce qu'il faut retenir
- 64 millions de moustiques mâles porteurs de la bactérie Wolbachia pourraient être relâchés en Californie et en Floride d’ici deux ans.
- La méthode repose sur l’accouplement entre mâles stériles et femelles sauvages, rendant les œufs non viables et réduisant ainsi la population de moustiques vecteurs de maladies.
- En Europe, 16 pays abritent désormais le moustique Aedes albopictus, vecteur de dengue, chikungunya et Zika, contre seulement 114 régions il y a dix ans.
- La technique, sans modification génétique ni toxine, cible principalement l’espèce Aedes aegypti, responsable de la majorité des cas de dengue, Zika, fièvre jaune et chikungunya dans le monde.
- En 2025, l’Europe enregistre une saison record de transmission de maladies vectorielles, liée à l’allongement des étés et à la hausse des températures.
Une méthode biologique pour contrer les maladies transmises par les moustiques
Le projet Debug, développé par Google, s’appuie sur une bactérie naturelle, la Wolbachia, pour stériliser les moustiques mâles. « Nous essayons d’éliminer les mauvais moustiques en élevant et en relâchant de bons moustiques », explique l’équipe sur le site du projet. Contrairement aux insecticides chimiques, cette approche n’utilise ni toxine ni modification génétique, ce qui la rend sans danger pour l’homme et l’environnement.
Les moustiques femelles sont les principales vectrices de maladies comme la dengue, le paludisme ou la fièvre jaune, car elles piquent les humains pour se nourrir de sang et transmettent ainsi les agents pathogènes. En relâchant des mâles stériles, les œufs pondus par les femelles sauvages n’éclosent pas, réduisant progressivement la population de moustiques dangereux. « Relâcher le bon nombre de “bons insectes” aux bons endroits est essentiel », précise le projet, qui mise sur des outils logiciels pour optimiser les lâchers.
L’Europe confrontée à une expansion alarmante des moustiques invasifs
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) alerte sur la prolifération des moustiques vecteurs en Europe. En 2025, 16 pays européens sont désormais colonisés par Aedes albopictus, contre seulement 114 régions en 2015. Cette espèce, capable de transmettre la dengue, le chikungunya et le Zika, représente une menace croissante pour la santé publique.
Autre préoccupation majeure : Aedes aegypti, déjà identifié à Chypre en 2022, est responsable de la majorité des cas de fièvre jaune, de dengue et de Zika dans le monde. « La présence de ces espèces invasives représente un défi majeur pour Chypre et pourrait avoir de graves conséquences pour l’ensemble de l’Europe », a déclaré Rafael Mariano Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), lors du lancement d’un programme pilote sur l’île. Ce projet, mené en 2023, a consisté à relâcher 100 000 mâles stériles par semaine pendant plus de 20 semaines.
Des solutions alternatives et des leçons venues d’autres régions du monde
La technique de l’insecte stérile (TIS) n’est pas nouvelle. Elle a déjà été testée avec succès dans plusieurs pays, notamment à Cuba en 2020 et en Chine en 2017. Contrairement à la méthode Wolbachia, celle utilisée à Chypre repose sur l’irradiation pour stériliser les moustiques mâles. Cette approche est également employée contre d’autres ravageurs agricoles, comme la mouche méditerranéenne des fruits ou la lucilie bouchère.
En Europe, l’ECDC recommande une stratégie combinée pour lutter contre la prolifération des moustiques. Outre les lâchers de mâles stériles, l’agence sanitaire prône l’élimination des eaux stagnantes (pots de fleurs, gouttières, seaux) et l’utilisation de larvicides dans les plans d’eau plus étendus. « À mesure que le paysage des maladies transmises par les moustiques évolue, de plus en plus de personnes en Europe seront exposées », a souligné Céline Gossner, experte principale en maladies émergentes et vectorielles à l’ECDC, à l’occasion de la Journée mondiale du moustique 2025.
Les principaux vecteurs de maladies en Europe et leurs zones de circulation
Selon l’ECDC, trois espèces de moustiques sont particulièrement surveillées en Europe. Le Aedes albopictus, ou « moustique tigre », transmet les virus de la dengue, du chikungunya et du Zika. Son aire de répartition s’étend désormais sur 369 régions, principalement dans le sud de l’Europe. Le Aedes aegypti, vecteur de la fièvre jaune, est présent à Chypre, tandis que le Culex pipiens propage le virus du Nil occidental, dont les cas se multiplient en Italie et en Roumanie.
Les changements climatiques jouent un rôle clé dans cette expansion. L’allongement des étés, les hivers plus doux et les modifications des régimes de précipitations favorisent la reproduction et la survie des moustiques. « La prévention n’en devient que plus essentielle, à la fois via des actions coordonnées de santé publique et par des mesures de protection individuelles », a ajouté Céline Gossner. Parmi ces mesures figurent l’utilisation de répulsifs, le port de vêtements couvrants et la suppression des points d’eau stagnante autour des habitations.
Selon les projections, 40 % de la population mondiale est aujourd’hui exposée au risque de contracter une maladie transmise par les moustiques. Face à l’extension des habitats de ces insectes, les méthodes biologiques comme celle de Google ou l’irradiation pourraient s’imposer comme des alternatives durables aux insecticides chimiques, tout en limitant l’impact sur les écosystèmes.
Oui. La bactérie Wolbachia est naturellement présente dans de nombreux insectes et n’a aucun effet pathogène connu pour l’homme ou les animaux. Les moustiques modifiés par cette méthode ne transmettent pas la bactérie aux humains et restent incapables de propager des maladies.