La première grève unitaire depuis l’arrivée de la direction de Jean Castex à la tête de la SNCF a enregistré un taux de participation bien supérieur aux prévisions, selon les chiffres internes révélés par BFM Business. Si la direction n’avait pas communiqué de bilan officiel, les perturbations observées sur le réseau mercredi 10 juin témoignaient déjà d’une mobilisation massive. Pourtant, ce n’est qu’un document interne, obtenu par la rédaction, qui permet de mesurer l’ampleur réelle du mouvement.

Ce qu'il faut retenir

  • Un taux global de grévistes de 21,2 %, l’un des plus élevés depuis 2022 pour une journée unitaire.
  • 60 % des conducteurs et 63 % des contrôleurs (ASCT) ont participé au mouvement.
  • Les cadres ont également plus répondu à l’appel, avec 5,8 % de grévistes contre 2,2 % en octobre 2025.
  • La direction a mobilisé des centaines de volontaires, formés en interne pour assurer des missions de chef de bord.
  • Les syndicats, réunis ce jeudi 11 juin, pourraient durcir le mouvement face à l’absence de dialogue jusqu’au 23 juin.

Côté métiers, la grève a touché différemment les activités du groupe. Les TER (32,5 % de grévistes) et les SNCF Voyageurs (29 %) ont été les plus impactés, devant les TGV et Intercités (27,7 %) et les Transilien (27,7 %). Une répartition qui confirme la colère des cheminots les plus exposés au quotidien, souvent en première ligne face aux réformes et à la fragmentation du groupe.

Ces chiffres, bien que partiels, placent cette mobilisation parmi les plus suivies depuis 2022. Pour rappel, le taux de 21,2 % dépasse largement la moyenne habituelle sur ce type de journée. « Une mobilisation soutenue », reconnaît la direction dans le document consulté par BFM Business. Un euphémisme, tant les pourcentages par catégorie révèlent une adhésion bien au-delà des prévisions.

Une journée de grève marquée par des records sectoriels

Jamais depuis les grandes grèves contre la réforme des retraites, les conducteurs et les contrôleurs n’avaient affiché un tel taux de participation. Leur mobilisation reflète un malaise profond, nourri par les transformations en cours au sein de l’entreprise. La fragmentation du groupe et les incertitudes sur l’avenir des métiers sont au cœur des revendications syndicales. « On ne peut plus accepter une stratégie qui se résume à morceler les savoir-faire et à externaliser nos missions », résume un tract de Sud-Rail.

Les cadres, traditionnellement moins engagés dans les mouvements sociaux, ont également marqué le pas. Leur taux de participation a presque triplé par rapport à octobre 2025 (5,8 % contre 2,2 %), un signal rare qui illustre l’ampleur de la crise sociale. Pour autant, leur mobilisation n’a pas suffi à compenser l’absence des agents en grève, contraignant la direction à activer des dispositifs exceptionnels.

Des volontaires formés en urgence pour limiter les perturbations

Comme à chaque mouvement social d’envergure, la SNCF a eu recours à des volontaires issus de métiers administratifs – finance, ressources humaines, communication – pour assurer des missions opérationnelles. Formés en interne sous le nom de VAO (Volontaires d’Aide à l’Exploitation), ces centaines d’agents ont été réaffectés pour limiter l’impact des grèves. Une pratique légale, encadrée par la loi sur l’organisation du service public, mais qui reste controversée auprès des syndicats.

Ces derniers dénoncent une stratégie de « briseurs de grève », même si leur intervention est parfaitement régulière. « Leur utilisation ne change rien à la légitimité de notre mouvement. Elle montre juste à quel point la direction craint l’arrêt total du réseau », souligne un représentant CGT. De son côté, la SNCF insiste sur le respect des règles et la nécessité de maintenir un service minimal pour les usagers.

Les syndicats en position de force, prêts à durcir le mouvement

Réunis ce jeudi 11 juin en assemblée générale, les syndicats doivent désormais trancher sur la suite à donner à la grève. Leur positionnement est d’autant plus ferme que la direction n’a prévu aucune rencontre avant le 23 juin. Une absence de dialogue qui risque de radicaliser le mouvement, selon les organisations. « Ces dirigeants pensent que nous allons attendre gentiment treize jours alors que des milliers de cheminots se sont mobilisés et attendent des réponses claires », déclare Sud-Rail dans un communiqué.

« Nous refusons cette stratégie de pourrissement. Ce ne sont pas les vacances d’été qui vont nous refroidir. »
Sud-Rail

Les syndicats menacent de nouvelles actions, sans encore préciser leur forme. La crainte d’un blocage prolongé plane sur le réseau, alors que les usagers anticipent déjà les perturbations estivales. À l’approche des vacances, la situation pourrait encore s’envenimer, d’autant que les revendications restent sans réponse concrète.

Et maintenant ?

Les prochaines échéances seront déterminantes. Une rencontre est prévue le 23 juin entre la direction et les syndicats, mais rien n’indique pour l’instant que des concessions seront au menu. Les cheminots, eux, pourraient prolonger leur mouvement au-delà de cette date, surtout si aucun signe d’apaisement n’émerge. La mobilisation des cadres, bien que limitée, pourrait aussi influencer la suite des événements. Quant aux usagers, ils devront composer avec un réseau déjà fragilisé par la grève, dans un contexte de départs massifs en vacances.

Cette grève du 10 juin marque un tournant dans les relations sociales à la SNCF. Elle révèle un mécontentement profond, bien au-delà des revendications immédiates. La direction devra composer avec une base cheminote plus déterminée que jamais, prête à en découdre pour défendre ses acquis et son modèle social. Reste à savoir si le dialogue parviendra à désamorcer une crise qui, pour l’instant, ne montre aucun signe d’essoufflement.

La SNCF mobilise des agents administratifs – finance, RH, communication – formés en interne pour assurer des missions opérationnelles comme chef de bord. Ces volontaires, appelés VAO, sont réaffectés selon une loi sur l’organisation du service public qui permet de maintenir un service minimal. Leur utilisation est légale, mais controversée auprès des syndicats qui y voient une tentative de briser les mouvements sociaux.