Selon Euronews FR, la guerre en Ukraine a laissé des séquelles profondes bien au-delà des champs de bataille, notamment à travers les violences sexuelles documentées contre des prisonniers et des civils. Ces actes, souvent sous-estimés, laissent des traces durables chez les survivants et leurs proches, alors que les structures d’aide, majoritairement portées par des organisations de femmes, voient leurs financements s’amenuiser.

Ce qu'il faut retenir

  • 664 cas de violences sexuelles liées au conflit ont été documentés par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme depuis février 2022, selon les données disponibles.
  • Pour chaque cas documenté, l’UNFPA estime qu’il pourrait exister entre 10 et 20 survivants non déclarés, dont beaucoup ne chercheront jamais à obtenir de l’aide.
  • En 2026, près de 80 % des organisations ukrainiennes de femmes déclarent subir des coupes budgétaires, menaçant l’accès de 63 000 personnes à un soutien essentiel.
  • L’Ukraine a adopté une loi garantissant une réhabilitation gratuite et des réparations provisoires pour les survivants, malgré la poursuite du conflit.
  • Les hommes représentent la majorité des survivants recensés, souvent torturés en détention ou dans des zones occupées.

Des témoignages qui révèlent l’ampleur des traumatismes

Lors d’une rencontre organisée à Kyiv en 2025, un survivant a partagé son expérience devant un public de rescapés de violences sexuelles. Son récit, marqué par une voix tremblante et des mains crispées, illustre la réalité de ceux qui subissent ces violences en Ukraine. Torturé en captivité, il a décrit des méthodes visant à le rendre stérile sous prétexte de tests au détecteur de mensonges. Mais le plus insoutenable fut d’entendre, à travers les murs, les cris et les menaces de viol collectif infligés à d’autres détenus — sans jamais savoir s’il s’agissait de proches.

Ce détail souligne une vérité souvent ignorée : les violences sexuelles en temps de guerre ne touchent pas seulement les victimes directes. Elles étendent leur emprise sur les familles et les communautés, laissant des cicatrices psychologiques qui persistent bien après la libération. Les menaces proférées contre une personne peuvent hanter des familles entières, transformant chaque membre en victime indirecte.

Un système de réhabilitation en première ligne malgré la guerre

Face à l’urgence, l’Ukraine a mis en place des mesures inédites pour accompagner les survivants. Une loi adoptée en 2025 garantit une réhabilitation gratuite et des réparations provisoires, une initiative saluée par l’UNFPA (Fonds des Nations unies pour la population). En collaboration avec le gouvernement et des organisations locales, des centres d’accueil et des programmes de réhabilitation ont été déployés dans tout le pays. Ces structures offrent des séjours de deux semaines aux survivants, leur permettant d’apprendre à gérer les séquelles de la captivité et de la violence.

Les résultats sont tangibles : une participante est arrivée en faisant trois ou quatre crises de panique par jour, mais a appris, à l’issue du programme, à stabiliser son état en cas de rechute. Désormais, ces séjours accueillent également les familles, afin d’aider l’ensemble du foyer à reconstruire une vie commune. Certains survivants, formés comme animateurs, organisent désormais des séances pour d’autres victimes, devenant ainsi acteurs de leur propre guérison.

Des réseaux de solidarité mis à mal par les restrictions budgétaires

À Zaporijjia, un réseau de survivants a signé un accord avec l’administration régionale pour assurer la réhabilitation des victimes et de leurs familles, financé par le budget local. Malgré les combats encore actifs dans la région, ces initiatives montrent que la prise en charge peut s’organiser même en temps de guerre. Pourtant, ces structures restent fragiles. En 2026, quatre organisations ukrainiennes de femmes sur cinq déclarent que les coupes budgétaires ont affecté leur travail. Deux tiers d’entre elles gèrent désormais des listes d’attente, et on estime que 63 000 personnes risquent de perdre l’accès à un soutien cette année.

Ce recul des financements n’affecte pas seulement les femmes. Les hommes torturés, leurs conjoints et leurs enfants dépendent également de ces réseaux. Réduire les fonds alloués aux organisations de femmes, c’est priver l’ensemble de la société d’un maillon essentiel du système de santé et de protection sociale. « Supprimer ces financements, c’est abandonner toutes les personnes qu’elles accompagnent », souligne un rapport de l’UNFPA.

« Les organisations dirigées par des femmes et par des survivants ne représentent pas un intérêt particulier. Elles sont une composante essentielle de nos sociétés. »

Jacqueline Mahon, représentante de l’UNFPA en Ukraine

Des hommes survivants, trop souvent invisibilisés

Une particularité de ce conflit réside dans le profil des survivants. Selon les données disponibles, la majorité des cas documentés concernent des hommes, souvent des prisonniers de guerre ou des civils détenus dans des zones occupées. Cette réalité contraste avec les idées reçues sur les violences sexuelles en temps de guerre, généralement associées aux femmes. Pourtant, les hommes victimes de ces actes subissent un double silence : celui de la société, mais aussi celui de leur propre souffrance, rarement exprimée.

Un survivant rencontré à Kyiv a depuis pris la tête d’un réseau d’anciens détenus, militant pour que justice soit rendue. Son parcours illustre la résilience de ceux qui, malgré tout, refusent d’être réduits à leur statut de victime. « Nous devons protéger et pérenniser les réseaux de soutien sur lesquels les survivants s’appuient », insiste Jacqueline Mahon. « La réhabilitation doit devenir un élément permanent des systèmes de santé et de protection sociale de l’Ukraine, et non un projet temporaire lié à une subvention. »

Et maintenant ?

En 2026, l’Ukraine et ses partenaires internationaux doivent faire face à un défi double : maintenir les financements des structures d’aide tout en garantissant une prise en charge adaptée aux besoins des survivants. Les prochaines échéances budgétaires, prévues pour la fin de l’année, pourraient déterminer si ces initiatives survivront à l’usure de la guerre. Par ailleurs, la question de la justice reste entière : comment traduire en actes les promesses de réparation pour des milliers de victimes dont l’identité et l’histoire restent souvent dans l’ombre ?

Ce conflit a révélé une vérité glaçante : les violences sexuelles ne sont pas seulement une arme de guerre, mais un fléau qui ronge les sociétés bien après les combats. Leur prise en charge exige des moyens durables, une volonté politique forte et une reconnaissance de l’ensemble des victimes, quels que soient leur genre ou leur statut.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, les violences sexuelles documentées incluent des viols, des menaces de viol collectif, des tortures à caractère sexuel et des traitements visant à infliger des traumatismes reproductifs. Ces actes ont été commis contre des prisonniers de guerre, des civils détenus et des personnes dans des zones occupées.