Les lunettes intelligentes, comme les Ray-Ban Meta, deviennent un outil de harcèlement de masse. Selon Futura Sciences, des individus utilisent ces dispositifs discrets pour filmer des femmes à leur insu, puis monnayer le retrait des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

Ce qu'il faut retenir

  • Des lunettes connectées, comme les Ray-Ban Meta, permettent de filmer discrètement grâce à une caméra intégrée.
  • Le voyant d’enregistrement est peu visible et peut être masqué, facilitant les captures à l’insu des victimes.
  • Plusieurs femmes ont été filmées sans consentement, avec des vidéos diffusées des dizaines de milliers de fois avant retrait.
  • Les vidéos sont souvent utilisées pour alimenter des contenus misogynes ou des conseils de drague toxiques.
  • En France, la diffusion non consentie d’images est passible d’un an d’emprisonnement et de 15 000 € d’amende.

Un dispositif discret exploité pour des pratiques malveillantes

Les lunettes intelligentes, équipées de caméras miniatures, offrent une alternative aux smartphones pour capturer des images ou des vidéos. Selon Futura Sciences, leur taille réduite et leur design passent inaperçus, ce qui les rend idéales pour filmer à l’insu des personnes. Le voyant lumineux indiquant l’enregistrement existe, mais son intensité et sa visibilité dépendent des conditions de luminosité. Certains utilisateurs parviennent à le masquer, rendant la détection encore plus difficile. Les victimes ignorent souvent qu’elles ont été enregistrées, jusqu’à ce qu’une vidéo les mettant en scène circule en ligne.

La BBC, qui a enquêté sur le phénomène, a recueilli les témoignages de plusieurs femmes ayant subi ce type de harcèlement. L’une d’elles, prénommée Alice, a découvert une vidéo d’elle-même diffusée plus de 40 000 fois sur Internet. Le clip avait été tourné sans qu’elle ne s’en rende compte, l’auteur utilisant des lunettes connectées pour capturer des images discrètement. « Ma réaction initiale a été un choc total, a-t-elle déclaré. Il n’avait pas de téléphone, il n’avait pas de caméra pointée directement sur mon visage. »

Un marché lucratif autour de la diffusion non consentie

Les vidéos capturées de cette manière alimentent souvent des plateformes comme TikTok, Instagram ou YouTube, où elles génèrent des vues et des revenus publicitaires. Selon Futura Sciences, certains créateurs de contenu monnayent le retrait des vidéos auprès des victimes, exigeant un paiement pour les supprimer. Bien que les réseaux sociaux retirent rapidement les contenus signalés, les vidéos réapparaissent fréquemment sur d’autres plateformes. La BBC a identifié des comptes ayant republié les mêmes vidéos sur YouTube, Threads et d’autres réseaux, prolongeant l’exposition des victimes.

Les motivations derrière ces enregistrements varient. Certaines vidéos sont utilisées pour alimenter des communautés en ligne prônant des comportements misogynes ou des conseils de drague toxiques. Futura Sciences souligne que ces pratiques s’inscrivent dans un phénomène plus large lié à la « manosphère », un ensemble de groupes en ligne qui objectifient les femmes et normalisent le harcèlement numérique.

Un cadre juridique strict, mais des recours limités

En France, la diffusion d’images ou de vidéos sans le consentement de la personne concernée est encadrée par la loi. L’article 226-1 du code pénal prévoit une peine d’un an d’emprisonnement et une amende de 15 000 € pour ce délit. Pourtant, les victimes se heurtent souvent à des obstacles pour faire retirer les contenus et identifier les auteurs. Alice a tenté de contacter le propriétaire du compte ayant publié la vidéo, qui lui a demandé de payer pour le retrait. Malgré l’intervention de TikTok, qui a banni définitivement le compte, la vidéo a continué à circuler sur d’autres plateformes. La police, quant à elle, n’a pas pu intervenir faute d’informations suffisantes.

Les réseaux sociaux, bien que dotés de systèmes de signalement, peinent à endiguer le phénomène. Les vidéos sont souvent republiées avant que les plateformes ne puissent les détecter et les supprimer. Futura Sciences indique que la répétition des signalements et la multiplication des comptes rendent la traque des auteurs complexe.

Des solutions en discussion, mais des lacunes persistantes

Face à l’essor de ces pratiques, des associations et des experts appellent à renforcer la sensibilisation du public. Les lunettes connectées, bien que légitimes pour des usages professionnels ou récréatifs, nécessitent une réglementation plus stricte, notamment sur l’indication claire de l’enregistrement. Futura Sciences rapporte que certains pays envisagent d’imposer des normes pour améliorer la visibilité des voyants lumineux ou interdire les modifications matérielles permettant de les masquer.

Les victimes, quant à elles, sont encouragées à signaler systématiquement les contenus et à conserver des preuves avant de demander leur retrait. Les associations spécialisées dans la lutte contre le cyberharcèlement, comme le Centre Hubertine Auclert en France, proposent des accompagnements juridiques et psychologiques pour les personnes concernées. Cependant, la prévention reste le meilleur outil pour limiter l’impact de ces pratiques.

Et maintenant ?

Plusieurs initiatives pourraient émerger dans les prochains mois pour encadrer l’usage des lunettes connectées. Des discussions sont en cours au niveau européen pour harmoniser les règles sur la protection des données et la vie privée, notamment dans le cadre du RGPD. Par ailleurs, les plateformes sociales devraient renforcer leurs algorithmes de détection pour identifier plus rapidement les contenus problématiques et leurs comptes sources. Enfin, une campagne de sensibilisation grand public, ciblant à la fois les utilisateurs de lunettes intelligentes et les témoins potentiels, pourrait être lancée d’ici la fin de l’année 2026.

En attendant, les victimes de ce type de harcèlement restent vulnérables, faute de mécanismes suffisamment réactifs. La vigilance individuelle et la coopération entre les acteurs publics et privés seront déterminantes pour limiter la propagation de ces pratiques.

Les lunettes connectées, comme les Ray-Ban Meta, ont généralement un design légèrement plus épais qu’une paire classique, avec un petit module visible sur la branche ou la monture. Le voyant lumineux indiquant l’enregistrement est souvent situé près de la charnière ou sur la branche, mais il peut être masqué par des autocollants ou des accessoires. En cas de doute, une inspection visuelle attentive ou une question directe à la personne concernée reste la méthode la plus fiable.

La première étape consiste à capturer la preuve (capture d’écran, lien vers la vidéo) avant de signaler le contenu sur la plateforme concernée. Contactez ensuite un service spécialisé, comme le 3018 en France (plateforme de signalement des contenus illicites), ou une association d’aide aux victimes de cyberharcèlement. Un dépôt de plainte auprès des autorités compétentes peut également être envisagé, surtout si la vidéo a été accompagnée de propos diffamatoires ou haineux.