Pour la première fois en soixante ans d’existence, le Petit Robert, référence incontournable de la langue française, dévoile mardi 12 mai 2026 les nouveaux mots, expressions et sens qui composeront son édition 2027. Selon Franceinfo – Culture, ces ajouts reflètent des mutations sociétales, technologiques et environnementales, tout en intégrant des termes issus du langage courant ou de créations récentes. Le Robert officialise ainsi des mots déjà bien ancrés dans l’usage, comme l’explique Géraldine Moinard, lexicographe et directrice de la rédaction des dictionnaires Le Robert : « Ce sont des mots qui sont bien implantés dans la langue française, qu’on va retrouver de façon suffisamment fréquente chez les différents interlocuteurs, dans différents médias et qui vont s’installer de façon pérenne dans la langue française. »
Ce qu'il faut retenir
- 14 nouveaux mots et expressions font leur entrée dans le Petit Robert 2027, reflétant des enjeux sociétaux, technologiques et culinaires.
- Parmi les termes les plus marquants : « fast fashion », « manosphère », « narchomicide », « aquafaba » ou encore « banger ».
- Cette édition intègre également des noms propres, dont le pape Léon XIV, le Premier ministre Sébastien Lecornu ou le physicien Michel Devoret, prix Nobel de physique 2025.
- Les nouveaux sens et néologismes répondent à des réalités contemporaines, comme l’a souligné Géraldine Moinard : « Quand il manque un mot, on en crée un, puis si le mot convient, il va s’imposer. »
Des néologismes ancrés dans les débats publics
Le Petit Robert 2027 s’ouvre sur des termes reflétant les préoccupations actuelles. Le mot « fast fashion », par exemple, désigne un modèle de production textile caractérisé par une consommation rapide et à bas coût, devenu un sujet central des débats sur la durabilité. « Manosphère », quant à elle, qualifie une communauté masculiniste, souvent en ligne, qui s’est imposée comme un phénomène social et médiatique ces dernières années. Ces deux entrées illustrent la volonté du dictionnaire de capturer les dynamiques contemporaines, qu’elles soient économiques, sociales ou technologiques.
D’autres néologismes reflètent des réalités plus spécifiques. Le terme « narchomicide », apparu fin 2023, désigne les meurtres liés au trafic de drogue, un phénomène dont l’urgence a justifié son intégration rapide. « Porno-divulgation », en revanche, renvoie à la diffusion non consentie d’images intimes, un sujet de société devenu brûlant avec l’essor des réseaux sociaux. Géraldine Moinard précise à ce sujet : « Narchomicide est peut-être le mot le plus récent du Petit Robert parce qu’il s’est imposé très rapidement. »
Gastronomie, langage familier et culture pop : un mélange éclectique
Le lexique gastronomique s’enrichit avec des termes comme « aquafaba », cette eau de cuisson des légumineuses qui, après réduction, prend une texture gélatineuse utilisable en cuisine. Autre ajout notable : « bibimbap », un plat coréen à base de riz, de légumes sautés, d’œuf et de viande marinée, relevé de pâte de piment. Ces entrées montrent comment la langue française s’ouvre à des influences culinaires internationales, tout en s’adaptant aux pratiques alimentaires contemporaines.
Côté langage familier, le Petit Robert accueille des termes comme « banger », employé par la jeunesse pour qualifier quelque chose d’impressionnant par sa qualité ou sa beauté. « Charo » désigne, lui, un homme en quête de multiples aventures amoureuses, tandis que « matrixer » s’inspire du film *Matrix* pour évoquer un conditionnement poussé à l’extrême. Géraldine Moinard résume cette diversité en déclarant : « Les mots sont créés aussi pour dire le monde, pour dire nos réalités. » Autant dire que le dictionnaire se veut un miroir des usages linguistiques actuels, qu’ils soient sérieux ou décalés.
Des personnalités et des innovations qui marquent leur époque
Outre les mots et expressions, le Petit Robert 2027 intègre plusieurs noms propres, confirmant son rôle de témoin de l’actualité. Parmi eux figurent le pape Léon XIV, élu en 2023, le Premier ministre français Sébastien Lecornu, en poste depuis 2024, ainsi que le physicien Michel Devoret, récompensé par le prix Nobel de physique en 2025 pour ses travaux sur les circuits supraconducteurs. Côté sport, le dictionnaire accueille les champions Carlos Alcaraz (tennis), Pauline Ferrand-Prévot (VTT), Tadej Pogačar (cyclisme) et Max Verstappen (Formule 1), reconnaissant ainsi leur influence médiatique et sportive.
Ces ajouts soulignent une tendance forte du Petit Robert : ne pas se contenter de suivre les évolutions linguistiques, mais aussi refléter les figures et événements qui façonnent notre époque. Comme le rappelle Géraldine Moinard, « quand il manque un mot, on en crée un », une approche qui s’applique désormais aux personnalités et aux innovations technologiques ou scientifiques.
L’intégration de ces néologismes et noms propres dans le Petit Robert 2027 pose également la question de la place du français dans un monde globalisé. Avec plus de 300 millions de locuteurs, le français devient la quatrième langue la plus parlée au monde, selon les dernières estimations. Dans ce contexte, le dictionnaire contribue à préserver la richesse de la langue tout en s’ouvrant à de nouvelles influences. Une mission qui, pour Géraldine Moinard, reste essentielle : « Les mots sont créés pour dire nos réalités. »
Selon Géraldine Moinard, lexicographe chez Le Robert, ce processus dépend de la fréquence d’usage du mot dans les médias, les conversations courantes et les textes écrits. « Un mot doit être suffisamment répandu pour être considéré comme pérenne », explique-t-elle. Par exemple, « narchomicide », apparu fin 2023, a été intégré rapidement en raison de son utilisation médiatique croissante.