Présenté en compétition officielle à la veille de la clôture du 79e Festival de Cannes, « Histoires de la nuit », troisième long-métrage de Léa Mysius, s’impose comme l’un des films les plus attendus de cette édition. Adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier, ce thriller psychologique met en scène un casting prestigieux avec Monica Bellucci, Hafsia Herzi, Benoît Magimel et Bastien Bouillon, selon Franceinfo - Culture.
Ce qu'il faut retenir
- Troisième adaptation cinématographique d’un roman de Laurent Mauvignier après « Continuer » et « Des hommes ».
- Film en compétition officielle au Festival de Cannes 2026, projeté le 22 mai 2026, la veille de la cérémonie de clôture.
- Réalisé par Léa Mysius, déjà primée pour « Ava » (Prix SACD 2017) et « Les Cinq Diables » (Quinzaine des réalisateurs 2022).
- Casting principal composé de Monica Bellucci, Hafsia Herzi, Benoît Magimel, Bastien Bouillon et la jeune Tawba El Gharchi.
- Sortie en salles prévue le 16 septembre 2026 sous la bannière du distributeur Le Pacte.
- Un thriller oppressant où des secrets familiaux resurgissent lors d’une soirée d’anniversaire perturbée par des intrus.
Porté par une atmosphère sombre et une tension palpable, « Histoires de la nuit » explore les thèmes chers à Léa Mysius : la famille, la violence ordinaire et l’amour dans l’adversité. L’intrigue se déroule dans une ferme isolée de Bellac, en Haute-Vienne, où vit le couple Tom (Bastien Bouillon) et Nora (Hafsia Herzi), aux côtés de leur fille Ida (Tawba El Gharchi). Leur voisine, Cristina (Monica Bellucci), une artiste peintre en déclin, incarne une présence à la fois lumineuse et inquiétante.
Un huis clos oppressant entre ombre et lumière
Léa Mysius tisse une ambiance à la fois réaliste et onirique, où chaque détail contribue à installer un climat de suspense. « On a l’impression que la mort rôde dans chaque maison, entre les murs de l’atelier de Cristina comme dans l’intimité du foyer des Bergogne », explique la réalisatrice. La bande-son, signée Florencia di Concilio, joue un rôle clé dans cette montée des tensions, avec une musique brutale qui contraste avec la beauté des paysages ruraux.
Le film se structure en un double huis clos. D’un côté, la ferme des Bergogne, où Tom prépare une soirée surprise pour l’anniversaire de Nora, endetté et amoureux à en perdre la raison. De l’autre, l’atelier de Cristina, où l’artiste, rongée par la solitude, peint des toiles sombres inspirées de Goya ou Soulages. « Léa Mysius distille des indices d’une menace diffuse dès les premières scènes : un balancier qui résonne, un paon de nuit aux cris stridents, une chouette dont le cri déchire le silence », note Franceinfo - Culture.
Une adaptation audacieuse du roman de Laurent Mauvignier
Laurent Mauvignier, dont l’œuvre est portée pour la troisième fois à l’écran, se dit « bluffé » par la réinterprétation de Léa Mysius. « Ce n’est pas une adaptation au sens strict du terme, mais une conversation entre le livre et le film », précise-t-il. Si l’écrivain n’a pas participé à l’écriture du scénario – les droits ayant été acquis par le producteur Jean-Louis Livi –, il reconnaît avoir retrouvé « la rigueur et le cinéma de Léa Mysius » dès les premières images.
Parmi les libertés prises par la réalisatrice, on note le changement de rôle dans une scène clé : dans le roman, c’est Tom qui remplace la roue crevée de la voiture, tandis que dans le film, c’est Nora. « Léa joue avec les éléments du livre comme on jouerait aux sept différences. C’est malin et ça crée une nouvelle dynamique », souligne Mauvignier. Pour lui, le film « dilate le rapport au temps et à l’intimité », là où le livre prend son temps pour explorer les émotions des personnages.
« J’avais envie d’oublier le livre, d’oublier que j’en étais l’auteur. Je voulais simplement voir un bon film. Et c’est ce que j’ai vu. »
— Laurent Mauvignier, écrivain
Des performances remarquées et des références cinématographiques assumées
Le film bénéficie de prestations d’acteurs remarquées, à commencer par Monica Bellucci, dont le personnage de Cristina, artiste en déclin, offre une palette émotionnelle d’une rare intensité. « Elle est bouleversante, avec une intériorité et une densité qui m’ont profondément ému », confie Mauvignier. Face à elle, Benoît Magimel incarne Franck, un homme borderline dont l’ambiguïté glace le sang. « Magimel et Bellucci forment un duo glaçant et fascinant, presque macabre », observe la réalisatrice.
Les jeunes talents ne sont pas en reste. Tawba El Gharchi, 10 ans au moment du tournage, livre une interprétation naturelle et moderne, « un livre ouvert » selon Mysius, capable de transmettre la vulnérabilité, la colère ou la frustration d’une enfant ballottée entre deux mondes. « Elle a un truc ultramoderne, sans âge », ajoute la cinéaste. Côté distribution masculine, Hafsia Herzi et Bastien Bouillon incarnent un couple dont l’amour fraternel peine à masquer les non-dits.
Léa Mysius s’inspire aussi de références cinématographiques fortes, à commencer par « La Nuit du chasseur » de Charles Laughton (1956), avec Robert Mitchum dans le rôle d’un prédicateur inquiétant. « Mauvignier et moi partageons une passion pour ce film », confie-t-elle. D’autres influences, comme « Les Visiteurs » d’Elia Kazan ou « La Chevauchée des bannis » d’André De Toth, se retrouvent dans la mise en scène, notamment à travers des scènes de tension visuelle.
Une mise en scène qui joue avec le temps et l’espace
Pour traduire l’atmosphère du roman, Léa Mysius intègre dans son film des « espaces liminaux » : des moments suspendus où le temps semble s’arrêter. « L’angoisse et la violence font que tout se fige. C’est une idée que j’ai voulue physique, visuelle », explique-t-elle. Ces séquences, où les personnages sont comme pétrifiés, renforcent l’effet de huis clos et accentuent l’oppression ressentie par le spectateur.
Le film se distingue également par une direction artistique soignée. Les décors d’Esther Mysius, la sœur de la réalisatrice, plongent le spectateur dans un univers à la fois réaliste et symbolique. Les jeux d’ombre et de lumière, les contrastes entre l’intérieur de l’atelier de Cristina et l’extérieur de la ferme, tout contribue à créer une esthétique à mi-chemin entre le réalisme social et le fantastique.
Reste à savoir si le public, habitué aux thrillers plus grand public, saura apprécier cette plongée dans l’obscurité et l’intimité des personnages. Une chose est sûre : avec « Histoires de la nuit », Léa Mysius confirme son talent pour mêler profondeur psychologique et suspense, tout en s’inscrivant dans la lignée des grands cinéastes contemporains.
La réalisatrice explique que chaque personnage a sa propre histoire et ses raisons d’agir. Dans « Histoires de la nuit », les frontières entre bien et mal sont volontairement floues. « Je ne voulais pas tomber dans le manichéisme, même si c’est un thriller. On ne sait jamais vraiment qui sont les méchants et qui sont les gentils », précise-t-elle. Cette ambiguïté renforce la tension et invite le spectateur à une réflexion sur la complexité humaine.