Selon Libération, l’anthropologue franco-iranienne Fariba Adelkhah appelle à une amnistie générale en Iran, afin de tourner définitivement la page sur quarante-cinq ans de répression, de tortures, d’exécutions et d’exils forcés. Dans une tribune publiée ce jour, elle souligne que la haine accumulée au fil des décennies ronge les familles et les quartiers, rendant nécessaire une démarche collective de réconciliation. « Après quarante-cinq ans d’exécutions, de tortures, d’emprisonnements, d’exils, la haine ronge chaque famille, chaque quartier », écrit-elle, insistant sur l’urgence de dépasser les clivages pour permettre une pacification durable du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • 45 ans de répression en Iran, incluant exécutions, tortures, emprisonnements et exils, selon l’anthropologue Fariba Adelkhah.
  • Fariba Adelkhah, anthropologue franco-iranienne, appelle à une amnistie générale pour apaiser les tensions.
  • La haine accumulée au sein des familles et des quartiers est présentée comme un obstacle majeur à la réconciliation.
  • Adelkhah prône le dépassement des divergences pour permettre une transition vers une société plus apaisée.

Une voix académique pour la réconciliation

Fariba Adelkhah, chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris et spécialiste des dynamiques sociopolitiques en Iran, s’exprime depuis une position unique, mêlant expérience personnelle et expertise académique. Installée en France après avoir été emprisonnée en Iran en 2019 pour espionnage présumé — une accusation qu’elle a toujours contestée — elle incarne à la fois la victime et l’analyste des mécanismes de violence d’État. Dans sa tribune, elle insiste sur le fait que les violences des dernières décennies ont laissé des traces profondes dans la société iranienne, où des générations entières ont grandi dans l’ombre des exécutions, des disparitions forcées et des exilés politiques.

Pour Adelkhah, la solution passe par une reconnaissance collective des souffrances endurées, mais aussi par une amnistie qui permettrait de briser le cycle de la vengeance. Elle rappelle que les régimes autoritaires, en Iran comme ailleurs, ont souvent instrumentalisé la mémoire des conflits pour justifier leur maintien au pouvoir. « Il serait temps de dépasser différences et divergences », écrit-elle, soulignant que sans une démarche volontariste, les rancœurs du passé continueront de peser sur l’avenir du pays.

Un contexte marqué par des décennies de répression

Les quarante-cinq ans évoqués par Adelkhah correspondent à la période qui a suivi la révolution islamique de 1979, marquée par l’instauration d’un régime théocratique. Dès ses débuts, le nouveau pouvoir a mis en place des structures de répression systématique : exécutions publiques, emprisonnements arbitraires, tortures dans les prisons comme Evin à Téhéran, et exil forcé de milliers d’opposants. Les chiffres des organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, estiment à plusieurs milliers le nombre d’exécutions politiques depuis 1979, tandis que des centaines de milliers d’Iraniens ont fui le pays pour échapper aux persécutions.

Selon Libération, Adelkhah rappelle que ces violences n’ont pas épargné les minorités ethniques ou religieuses, comme les Kurdes, les Baloutches, les Bahaïs ou les chrétiens, souvent ciblés pour leur appartenance. Les familles des victimes, aujourd’hui âgées, portent toujours le poids de ces traumatismes, et les jeunes générations, bien que moins directement touchées, héritent d’un climat de défiance et de peur. La chercheuse souligne que la société iranienne, malgré sa résilience, reste profondément fracturée, ce qui rend toute réconciliation d’autant plus complexe.

« Après quarante-cinq ans d’exécutions, de tortures, d’emprisonnements, d’exils, la haine ronge chaque famille, chaque quartier. »
— Fariba Adelkhah, anthropologue franco-iranienne

Et maintenant ?

Une amnistie générale en Iran dépendrait avant tout d’une volonté politique du régime, aujourd’hui aux mains des Gardiens de la révolution et des conservateurs. Rien n’indique, pour l’heure, que Téhéran envisage une telle mesure, alors que les tensions sociales persistent et que les dissidences sont toujours réprimées. Cependant, comme le souligne Adelkhah, la pression internationale et les dynamiques internes pourraient, à terme, rendre une telle démarche inévitable pour stabiliser le pays. Pour l’instant, les familles des victimes et les exilés politiques continuent de réclamer justice, tandis que les autorités iraniennes maintiennent leur discours de « résistance » face aux « ennemis de la révolution ».

La tribune de Fariba Adelkhah intervient dans un contexte où l’Iran, malgré des crises économiques et sociales récurrentes, reste un acteur géopolitique clé au Moyen-Orient. Ses relations tendues avec l’Occident, son programme nucléaire controversé et son implication dans les conflits régionaux, comme en Syrie ou au Yémen, compliquent toute initiative de réconciliation interne. Reste à voir si les appels à l’apaisement, portés par des voix comme celle d’Adelkhah, trouveront un écho suffisamment fort pour initier un changement.

Fariba Adelkhah est une anthropologue franco-iranienne, chercheuse au Centre de recherches internationales de Sciences Po Paris. Son appel à une amnistie générale en Iran revêt une importance particulière car elle incarne à la fois la victime de la répression (emprisonnée en 2019 pour espionnage présumé) et une experte des dynamiques sociopolitiques iraniennes. Son plaidoyer pour dépasser les clivages s’appuie sur une analyse des traumatismes collectifs accumulés depuis quarante-cinq ans de régime autoritaire.