Sur la base militaire de Beit Lid, près de Netanya, des milliers de juifs ultra-orthodoxes se sont rassemblés le 17 juin devant la prison no 10 pour protester contre la fin des exemptions militaires dont bénéficient leurs coreligionnaires. Selon Euronews FR, ce mouvement de contestation reflète les tensions croissantes entre les exigences de l'armée israélienne et les revendications communautaires.

Ce qu'il faut retenir

  • Un rassemblement de plusieurs milliers de manifestants ultra-orthodoxes a eu lieu le 17 juin devant la prison militaire de Beit Lid, près de Netanya.
  • Les participants dénoncent la fin des exemptions de service militaire, traditionnellement accordées aux étudiants religieux.
  • Environ 13 000 jeunes ultra-orthodoxes atteignent chaque année l'âge de la conscription, mais moins de 10 % s'engagent réellement.
  • La Cour suprême israélienne a jugé illégales ces exemptions dès 2017, mais les gouvernements successifs les ont maintenues.
  • La question divise profondément la coalition gouvernementale, alors qu'Israël fait face à des besoins militaires accrus sur plusieurs fronts.

Un mouvement de protestation massif face à la base militaire de Beit Lid

Devant la prison militaire no 10 de Beit Lid, située à proximité de Netanya, des milliers de juifs ultra-orthodoxes se sont rassemblés le 17 juin pour protester contre la fin des exemptions militaires qui leur étaient autrefois accordées. Selon les images diffusées par Euronews FR, les manifestants exigeaient notamment la libération de leurs coreligionnaires incarcérés pour avoir refusé la conscription. Les forces de sécurité israéliennes, déployées en nombre autour du centre de détention, ont utilisé un véhicule équipé d'un canon à eau pour disperser les rassemblements les plus denses.

Ce mouvement s'inscrit dans un contexte de tensions politiques et sociales exacerbées par les besoins militaires croissants d'Israël. Le pays est engagé sur plusieurs fronts, notamment à Gaza, au Liban et en Syrie, tout en faisant face à une escalade des tensions avec l'Iran. La question de la conscription des ultra-orthodoxes, autrefois taboue, est devenue un sujet hautement sensible au sein de la société israélienne.

Une exemption historique, un débat récurrent et une décision de justice ignorée

Les exemptions de service militaire accordées aux étudiants religieux à temps plein remontent à la création de l'État d'Israël en 1948. Selon les chiffres cités par une commission parlementaire et rapportés par Euronews FR, quelque 13 000 jeunes ultra-orthodoxes atteignent chaque année l'âge légal de la conscription. Pourtant, moins de 10 % d'entre eux choisissent de s'engager, une situation qui alimente les critiques au sein de l'armée et de la classe politique.

La Cour suprême israélienne a rendu un arrêt en 2017 déclarant ces exemptions illégales, estimant qu'elles violaient le principe d'égalité devant la loi. Malgré cette décision, les gouvernements successifs ont maintenu le statu quo, prolongeant une exception qui suscite désormais des débats passionnés. La pression judiciaire et politique s'est encore intensifiée ces dernières semaines, alors que la coalition dirigée par le Premier ministre Benyamin Netanyahou voit son soutien s'effriter parmi les partis ultra-orthodoxes.

« La fin de ces exemptions menace notre mode de vie et notre engagement religieux. Nous ne pouvons accepter d'être traités comme des citoyens de seconde zone. »
Un porte-parole des manifestants, cité par Euronews FR

Une coalition gouvernementale fragilisée par les divisions communautaires

Le gouvernement de Benyamin Netanyahou se trouve aujourd'hui dans une position délicate. La question des exemptions militaires des ultra-orthodoxes a contribué à fragiliser sa coalition, plusieurs partis représentant cette communauté ayant retiré leur soutien ces dernières semaines. Cette division intervient alors qu'Israël doit faire face à des défis militaires majeurs, notamment dans le cadre de ses opérations à Gaza et de ses tensions persistantes avec le Hezbollah au Liban.

Les besoins en effectifs de l'armée israélienne n'ont jamais été aussi importants depuis des décennies. Avec des fronts actifs à Gaza, au Liban et en Syrie, ainsi qu'une menace persistante de la part de l'Iran, la question de la conscription devient un enjeu stratégique pour la sécurité nationale. Pourtant, toute tentative de supprimer les exemptions risque d'aggraver les fractures au sein de la société israélienne, où les ultra-orthodoxes représentent une part croissante de la population.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios sont désormais envisageables. Le gouvernement pourrait tenter de négocier un compromis, par exemple en maintenant certaines exemptions pour les étudiants religieux tout en imposant un service civil ou militaire partiel. Une autre option serait de soumettre une nouvelle loi au Parlement, dans l'espoir de régulariser la situation avant que la Cour suprême ne prononce une nouvelle décision contraignante. Les prochaines semaines s'annoncent décisives, alors que les partis ultra-orthodoxes et laic attendent de connaître les intentions du gouvernement.

Quoi qu'il en soit, le débat sur la conscription des ultra-orthodoxes devrait rester au cœur de l'actualité politique israélienne dans les mois à venir. La pression judiciaire, les besoins militaires et les divisions communautaires rendent toute issue incertaine, alors que le pays continue de faire face à des défis sécuritaires majeurs.

Cette exemption remonte à la création de l'État d'Israël en 1948. Elle visait à permettre aux étudiants religieux de se consacrer pleinement à leurs études talmudiques, une priorité pour la communauté ultra-orthodoxe. Longtemps considérée comme une exception culturelle et religieuse, cette pratique a été remise en cause par la Cour suprême israélienne en 2017, qui l'a jugée illégale au regard du principe d'égalité.

Le gouvernement Netanyahou pourrait proposer une nouvelle loi pour régulariser la situation, mais celle-ci devrait être adoptée par la Knesset, où les partis ultra-orthodoxes disposent d'un poids important. Par ailleurs, la Cour suprême pourrait rendre une nouvelle décision forçant l'État à appliquer strictement les règles d'égalité. Une issue par la négociation semble donc la plus probable, bien que les tensions restent vives.