Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, les frontières d’Israël ne cessent de s’étendre, en Cisjordanie, à Gaza, au Liban et en Syrie. Une dynamique confirmée cette semaine par le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, qui a affirmé que le conflit actuel aboutirait à un redéploiement territorial significatif pour l’État hébreu. Ces déclarations s’inscrivent dans une stratégie plus large, analysée par Laure Foucher, maître de recherche sur le Moyen-Orient à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), pour qui cette expansion sert à « diluer la question nationale palestinienne dans une expansion territoriale plus régionale ».

Ce qu'il faut retenir

  • Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a réaffirmé en mai 2026 que la guerre en cours se terminerait par un changement des frontières israéliennes à Gaza, au Liban, en Syrie et en Cisjordanie.
  • Cette expansion territoriale s’accélère depuis octobre 2023, date du début du conflit avec le Hamas.
  • Selon l’analyste Laure Foucher (FRS), cette stratégie vise à marginaliser la question palestinienne au profit d’une vision élargie de l’État israélien.
  • La Cisjordanie est désignée par Israël sous le nom de « Judée-Samarie », une appellation contestée par la communauté internationale.

Une expansion territoriale revendiquée par les autorités israéliennes

Cette semaine, le gouvernement israélien a clairement affiché ses ambitions territoriales. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré à la presse que « la guerre actuelle se terminera par un changement de frontières pour Israël, à Gaza, au Liban, en Syrie et en Judée-Samarie ». Ces propos, tenus en début de semaine, confirment une tendance déjà observée sur le terrain depuis plus de deux ans. En Cisjordanie, où les colonies israéliennes se multiplient, les autorités accélèrent les projets d’implantation, tandis qu’à Gaza, l’occupation militaire s’étend au-delà des zones traditionnellement contrôlées avant le 7 octobre 2023.

Cette politique s’accompagne d’un discours justificatif. Pour Smotrich, qui occupe également le poste de ministre des Affaires de Judée-Samarie, ces avancées territoriales sont présentées comme une réponse nécessaire à la menace sécuritaire. « La sécurité d’Israël passe par le contrôle de ces territoires », a-t-il souligné lors d’une conférence de presse, sans préciser les modalités concrètes de ces changements frontaliers. Ces déclarations interviennent alors que le conflit avec le Hamas s’enlise, sans perspective claire de résolution.

Une stratégie analysée comme un moyen de contourner la question palestinienne

Pour Laure Foucher, spécialiste du Moyen-Orient à la FRS, cette expansion ne relève pas uniquement d’une logique sécuritaire. Dans une analyse publiée cette semaine, elle explique que « l’idéologie du Grand Israël sert à diluer la question nationale palestinienne dans une expansion territoriale plus régionale ». Autrement dit, en étendant son emprise sur des territoires adjacents, Israël rendrait plus floue la revendication d’un État palestinien viable. Cette stratégie s’appuie sur un discours selon lequel les frontières définitives d’Israël ne sauraient être celles de 1967, mais celles d’un Grand Israël incluant des zones aujourd’hui contestées.

Cette vision, portée par une partie de la droite israélienne, s’oppose frontalement aux résolutions internationales. Le Conseil de sécurité de l’ONU a à plusieurs reprises rappelé que les colonies israéliennes en Cisjordanie étaient illégales au regard du droit international. Pourtant, depuis 2023, le rythme des constructions a augmenté de 30 % en Judée-Samarie, selon les données du mouvement israélien La Paix Maintenant. Ces chiffres illustrent une accélération de la politique de fait accompli, au mépris des condamnations internationales.

Les répercussions régionales et internationales

Sur le plan régional, cette expansion territoriale risque d’aggraver les tensions avec le Liban et la Syrie. Au Liban, où le Hezbollah multiplie les échanges de tirs avec l’armée israélienne, toute avancée israélienne en territoire syrien pourrait envenimer le conflit. En Syrie, où Israël mène depuis des années des frappes ciblées contre des positions iraniennes, une modification des frontières rendrait encore plus complexe la situation sur le terrain. Quant à la Cisjordanie, déjà fragmentée par les checkpoints et les colonies, une annexion de fait renforcerait l’isolement des Palestiniens.

Sur la scène internationale, cette stratégie israélienne isole davantage le pays. Les États-Unis, traditionnels alliés, ont exprimé à plusieurs reprises leur désapprobation face à l’extension des colonies. « Nous considérons que ces actions sapent les efforts de paix et compromettent la solution à deux États », a déclaré un porte-parole du département d’État américain en mars 2026. Pourtant, malgré ces critiques, Israël poursuit sa politique, estimant que le contexte géopolitique lui est favorable. La guerre en Ukraine et les tensions entre l’Occident et la Russie ont en effet réduit la capacité de la communauté internationale à faire pression sur Tel-Aviv.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer la suite de cette dynamique. D’ici la fin de l’année, la Cour internationale de Justice (CIJ) doit rendre un avis consultatif sur la légalité de l’occupation israélienne en Cisjordanie. Par ailleurs, les négociations indirectes entre Israël et le Hamas, médiatisées par l’Égypte, pourraient reprendre en juin 2026. Enfin, les prochaines élections israéliennes, prévues en 2027, pourraient voir la montée en puissance des partis les plus à droite, favorables à une annexion pure et simple de la Cisjordanie. Autant d’éléments qui pourraient soit freiner, soit accélérer l’expansion territoriale israélienne.

Cette expansion soulève une question centrale : dans quelle mesure la communauté internationale sera-t-elle en mesure de faire respecter le droit international ? Pour l’instant, les condamnations restent sans effet, et les territoires continuent de s’étendre. Une chose est sûre : la situation sur le terrain, déjà explosive, pourrait encore se dégrader dans les mois à venir.

La « Judée-Samarie » est le nom donné par Israël à la Cisjordanie, un territoire occupé depuis 1967. Cette appellation est utilisée par les autorités israéliennes pour légitimer la présence de colonies juives dans cette zone, considérée comme illégale par le droit international.