Courrier International consacre actuellement un numéro spécial à l’artiste portugais Vhils, dont la démarche artistique, reconnue internationalement, repose sur une technique aussi radicale que poétique. Depuis plus de vingt ans, ce dernier transforme les murs et les bâtiments en toiles vivantes, non pas en y ajoutant des couleurs ou des formes, mais en soustrayant la matière. Une philosophie résumée par sa formule : « soustraire au lieu d’ajouter ». Selon Courrier International, cette approche, à la fois minimaliste et explosive, a trouvé dans les explosifs un outil de création à part entière, permettant de graver dans l’instant des portraits éphémères qui captent l’essence même de l’ère industrielle.

Ce qu'il faut retenir

  • Vhils, artiste portugais, utilise depuis deux décennies une technique unique : sculpter par soustraction, en grattant, creusant et gravant les murs.
  • Parmi ses outils, il compte les explosifs, qu’il a employés pour la première fois en 2014 pour graver un visage d’ouvrier sur un mur de chantier naval à Setúbal.
  • En 2021, il innove avec le projet « The End of the Industrial Era » à Barreiro, où un portrait éphémère n’a duré que deux secondes avant la démolition du bâtiment.
  • Ses œuvres à l’explosif, souvent réalisées dans la région industrielle de Lisbonne, mêlent destruction et création, poussant toujours plus loin sa démarche artistique.

Né en 1987 à Seixal, une ville ouvrière située au sud de Lisbonne, Vhils a grandi dans un environnement marqué par l’industrie lourde. C’est cette histoire, ces visages burinés par des décennies de travail, qui ont inspiré sa démarche. Selon ses propres mots, il cherche à capturer l’âme de ces hommes et femmes à travers une « destruction douce, poétique ». Une quête qui, paradoxalement, passe parfois par l’explosion. Courrier International souligne que ces outils, bien que destructeurs, servent une vision artistique où la fragilité des œuvres reflète la précarité des métiers qu’elles représentent.

Une technique née de l’industrie et de la mémoire collective

La carrière de Vhils bascule en 2014 lorsqu’il utilise pour la première fois des explosifs pour réaliser une œuvre à Setúbal, sur un chantier naval de Lisnave. Ce projet, qui marque un tournant dans sa pratique, consiste à graver le visage d’un ouvrier directement dans le mur d’un bâtiment en démolition. L’impact visuel est immédiat : une silhouette surgit des décombres, comme un hommage fugace à ceux qui ont façonné cette région. Courrier International note que cette première expérience a ouvert la voie à une série d’œuvres similaires, toutes réalisées dans la région industrielle de Lisbonne, où l’artiste puise son inspiration.

En 2016, Vhils réitère l’expérience à Barreiro, ville où il installe désormais son atelier, à quelques kilomètres de Seixal. Cette zone, autrefois cœur battant de l’industrie portugaise, devient son terrain de jeu artistique. Les murs lépreux, les friches industrielles et les chantiers abandonnés lui offrent un support idéal pour ses interventions. L’artiste y explore les traces du passé, transformant les cicatrices du présent en œuvres d’art. « C’est une manière de dialoguer avec l’histoire, de rendre visible ce qui a été oublié », explique-t-il à Courrier International.

« The End of the Industrial Era » : l’art à l’épreuve du temps

En 2021, Vhils pousse encore plus loin sa réflexion avec le projet « The End of the Industrial Era », réalisé à Barreiro. Sur un bâtiment désaffecté, il utilise une nouvelle fois des explosifs pour faire apparaître le visage d’un ouvrier. Mais cette fois, l’œuvre est conçue pour être éphémère. Comme le rapporte le site My Modern Met, le portrait n’est visible que pendant « deux secondes » avant que l’ensemble de la structure ne soit démoli. La magie opère grâce à une caméra spéciale, filmant l’instant au ralenti, capturant chaque détail de cette création aussi fulgurante que fugace.

Cette performance, à la fois artistique et philosophique, illustre parfaitement la démarche de Vhils. Pour lui, l’explosion n’est pas seulement un outil de destruction, mais bien un moyen de révéler une vérité cachée. « Soustraire au lieu d’ajouter » prend ici tout son sens : en effaçant la matière, il fait émerger une forme, un visage, une mémoire. Courrier International souligne que cette œuvre, bien que temporaire, laisse une empreinte durable, tant dans les esprits que dans les mémoires collectives. Elle interroge aussi sur la place de l’industrie dans nos sociétés contemporaines, un thème qui résonne particulièrement dans une Europe en pleine mutation économique.

Une reconnaissance internationale et des défis persistants

Depuis ses débuts, Vhils a exposé ses œuvres dans le monde entier, des galeries de Lisbonne aux murs de Hong Kong, en passant par les rues de Rio de Janeiro. Son style, reconnaissable entre tous, a séduit les amateurs d’art urbain comme les institutions culturelles. Pourtant, malgré cette notoriété, l’artiste reste ancré dans sa région d’origine. Barreiro, où il a installé son atelier, est bien plus qu’un lieu de travail : c’est le cœur battant de son inspiration. Courrier International rappelle que ses projets les plus marquants y sont nés, et que c’est là qu’il continue d’expérimenter de nouvelles techniques, toujours plus audacieuses.

Pourtant, cette démarche artistique n’est pas sans défis. L’utilisation d’explosifs, bien que maîtrisée, soulève des questions de sécurité et de réglementation. Vhils a dû obtenir des autorisations spécifiques pour chaque intervention, négociant avec les autorités locales et les propriétaires des sites. Ces contraintes, loin de le freiner, ont renforcé sa détermination. « Chaque explosion est un acte de foi en l’art », confie-t-il à Courrier International. « Il faut croire que quelque chose de beau peut naître de la destruction. »

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de Vhils pourraient bien le mener hors des frontières portugaises. Selon Courrier International, des projets sont en discussion pour des interventions en Europe de l’Est et en Amérique latine, où les friches industrielles offrent un terrain propice à sa démarche. Une exposition rétrospective est également prévue à Lisbonne pour l’automne 2026, un événement qui pourrait marquer une nouvelle étape dans sa carrière. Reste à voir si l’artiste continuera d’explorer la piste des explosifs ou s’il optera pour d’autres formes d’intervention, tout aussi radicales.

Vhils incarne une forme d’art qui refuse le statu quo. En transformant la destruction en création, il interroge notre rapport au temps, à la mémoire et à l’industrie. Ses œuvres, aussi éphémères soient-elles, laissent une trace indélébile. Comme il le dit lui-même : « L’art n’a pas besoin d’être éternel pour être puissant. »

Vhils considère les explosifs comme un outil de « soustraction », une manière radicale de révéler la matière et de créer des formes éphémères. Pour lui, cette technique reflète aussi la précarité des métiers industriels qu’il représente, où tout peut s’effondrer en un instant.