Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a annoncé jeudi 18 juin 2026 la rupture immédiate des relations avec Kaja Kallas, haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Cette décision fait suite à des déclarations controversées attribuées à la diplomate européenne, qui aurait comparé Israël à l’Afrique du Sud de l’apartheid lors d’un sommet au Mexique en mai dernier.
Selon Courrier International, Gideon Saar a justifié cette mesure radicale sur le réseau social X en reprochant à Kaja Kallas de ne pas avoir fourni « de démenti, de précision ni aucune réponse concernant ses déclarations ». Le ministre israélien a qualifié ces propos de « calomnieux » envers l’État hébreu, qu’il présente comme « la seule démocratie du Moyen-Orient ». Dans son message publié jeudi après-midi, Saar a ajouté : « Nous devons rompre tout contact avec Mme Kallas jusqu’à ce qu’elle revienne sur les accusations qu’elle a portées contre Israël. »
Ce qu'il faut retenir
- Rupture diplomatique annoncée par Israël le 18 juin 2026 avec Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne.
- Les propos controversés de Kallas, comparant Israël à l’Afrique du Sud de l’apartheid, auraient été tenus lors d’un sommet au Mexique du 20 au 22 mai 2026.
- Gideon Saar exige un démenti formel et des excuses avant toute reprise des relations.
- Kallas a répondu sur X en soulignant l’importance du dialogue entre l’UE et Israël, tout en réaffirmant la position européenne sur la solution à deux États.
- Cette crise s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre l’UE et Israël, notamment sur la question des colonies en Cisjordanie.
- Le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), dirigé par Kallas, fait l’objet de critiques internes, certains États membres de l’UE remettant en cause son efficacité.
Un échange public qui cristallise les tensions
La rupture des relations a été rendue publique via un échange sur X, la plateforme autrefois appelée Twitter. Gideon Saar a d’abord publié un message accusateur, évoquant des « accusations calomnieuses » portées par Kaja Kallas. Deux heures plus tard, la cheffe de la diplomatie européenne a répondu, tentant de désamorcer la polémique tout en maintenant ses positions. « Cher Gideon, comme vous le savez, l’Union européenne et Israël ont de nombreux liens, a-t-elle écrit. J’attache une grande importance à notre dialogue et à notre collaboration, et je suis disposée à poursuivre dans cet esprit, dans le respect. »
Kallas a ensuite rappelé les divergences entre l’UE et Israël, notamment sur la question des colonies israéliennes en Cisjordanie, qu’elle qualifie d’« illégales ». « Pour instaurer la paix au Moyen-Orient, la solution à deux États reste la seule voie viable, a-t-elle ajouté. L’UE a condamné les colonies israéliennes illégales en Cisjordanie, qui rendent cet objectif de plus en plus difficile à atteindre. » Elle n’a cependant pas directement réagi aux accusations de Saar, ce que ce dernier a interprété comme une confirmation de la gravité des propos tenus.
Un contexte européen déjà tendu
Cette crise survient dans un contexte où les relations entre l’Union européenne et Israël sont particulièrement fragilisées. Courrier International rappelle que l’accord d’association entre l’UE et Israël, qui encadre les échanges commerciaux dans plusieurs secteurs, avait été remis en discussion en 2025. Aucune décision définitive n’avait alors été prise, mais les divergences entre États membres sur la manière de gérer le conflit israélo-palestinien s’étaient cristallisées.
Certains pays, comme la France, commencent même à s’interroger sur l’avenir du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), dirigé par Kaja Kallas. Selon Euractiv, cité par Courrier International, plusieurs ministères des Affaires étrangères de l’UE remettent en cause l’efficacité du SEAE. « Il est évident qu’on ne peut pas continuer ainsi », aurait confié un diplomate anonyme à Euractiv. Le site spécialisé souligne que ce n’est pas la première fois que Kallas fait face à des critiques : lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE, elle avait affirmé que les diplomates américains avaient quitté Kiev face au risque de bombardements russes, une information que Euractiv qualifie de « factuellement fausse ».
« Ce n’est pas la première fois que Kaja Kallas fait un faux pas diplomatique ces dernières semaines. » — Euractiv
Une rupture symbolique aux conséquences incertaines
La décision de Gideon Saar de rompre les relations avec Kaja Kallas s’inscrit dans une stratégie plus large de fermeté affichée par Israël envers les institutions européennes. Depuis le début du conflit à Gaza, plusieurs États membres de l’UE ont adopté des positions critiques envers la politique israélienne, notamment sur la question des colonies et des restrictions imposées aux Palestiniens.
Cependant, la rupture diplomatique avec la cheffe de la diplomatie européenne pourrait avoir des répercussions concrètes. L’UE et Israël entretiennent des liens économiques étroits, notamment via l’accord d’association qui facilite les échanges commerciaux. Une interruption prolongée des relations politiques pourrait, à terme, affecter ces échanges, même si aucun impact immédiat n’est attendu dans l’immédiat.
Cette rupture survient alors que les tensions au Moyen-Orient restent à un niveau élevé, avec un conflit à Gaza toujours en cours et une solution politique qui semble hors de portée. Dans ce contexte, les relations entre Israël et l’UE pourraient jouer un rôle clé dans la recherche d’une issue diplomatique, même si la confiance entre les deux parties semble aujourd’hui sérieusement ébranlée.