Une vague de vidéos générées par intelligence artificielle circule depuis plusieurs semaines sur les réseaux sociaux, prétendant illustrer une rupture des relations diplomatiques entre l’Italie et Israël. Selon Euronews FR, ces contenus trompeurs, partagés sur Facebook, YouTube, TikTok et Instagram, ont été largement relayés avec des légendes exagérées. Pourtant, les faits démontrent que les liens entre les deux pays restent solides, malgré quelques ajustements récents.
Ce qu'il faut retenir
- Deux deepfakes montrant Giorgia Meloni et Benjamin Netanyahu lors d’un sommet de l’ONU ont été massivement diffusés en ligne, avec des incohérences visuelles flagrantes.
- Ces vidéos, générées par IA, suggèrent à tort une détérioration des relations italo-israéliennes, alors que Rome a simplement refusé de renouveler un accord de défense bilatéral en avril 2026.
- L’Italie maintient par ailleurs plusieurs accords commerciaux et de coopération avec Israël, et a rejeté en avril une proposition de l’UE visant à suspendre un accord de partenariat économique.
- Une ancienne vidéo de manifestations à Milan, sortie de son contexte, a également été détournée pour prétendre à une grève générale pro-palestinienne en Italie, alors qu’aucun événement de ce type n’a encore eu lieu.
- Giorgia Meloni a elle-même dénoncé ces manipulations, soulignant les dangers des deepfakes pour la désinformation à grande échelle.
Des vidéos truquées présentées comme des preuves de tensions
Les deux clips les plus partagés montrent la Première ministre italienne Giorgia Meloni, lors d’une réunion des Nations unies, repoussant ostensiblement une poignée de main de Benjamin Netanyahu. Dans une version, elle quitte la salle en enroulant un drapeau palestinien autour de ses épaules, tandis que dans une autre, elle jette des documents en l’air avant de s’éloigner. Ces images, présentées comme authentiques par certains internautes, ont rapidement été identifiées comme des deepfakes par des observateurs et des médias spécialisés.
Selon Euronews FR, ces vidéos comportent des incohérences majeures : une écriture arabe illisible sur l’écharpe de Meloni dans une version, et un changement de couleur de l’écharpe dans une autre. Le second clip, analysé par des outils de vérification d’images inversées, s’avère provenir de photographies officielles prises lors du sommet sur la sécurité de l’IA à Londres en novembre 2023. Une autre séquence, où Meloni semble crier et gesticuler dans une salle comble, a été manipulée à partir de ces mêmes clichés.
Des légendes trompeuses amplifiées par les réseaux sociaux
Les légendes accompagnant ces vidéos vont bien au-delà de la simple exagération. Plusieurs publications sur X (ex-Twitter) et Facebook affirment, sans preuve, que « l’Italie a mis fin à tous ses accords avec Israël ». Une affirmation rapidement démentie par les faits. En réalité, Rome a annoncé début avril 2026 qu’elle ne renouvellerait pas son accord de défense avec Israël, un traité renouvelé tous les cinq ans et portant sur l’échange d’équipements militaires ainsi que sur des projets de recherche technologique. Cet accord n’a pas été remplacé, mais il ne s’agit pas d’une rupture des relations diplomatiques.
Par ailleurs, l’Italie conserve de nombreux autres accords bilatéraux avec Israël, notamment dans les domaines commercial et scientifique. En avril 2026, Rome et Berlin ont même bloqué une initiative portée par d’autres États membres de l’UE visant à suspendre l’accord de coopération entre l’Union européenne et Israël. Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a alors déclaré aux journalistes : « Aucune décision ne sera prise » sans consultation préalable des partenaires européens.
Des vidéos de protestation détournées pour alimenter la désinformation
Dans le même temps, une vidéo ancienne montrant des affrontements entre policiers et manifestants à Milan a été reprise hors de son contexte. Les images, datées de 2025 et publiées par la télévision turque TRHaber, illustrent une grève nationale organisée par des syndicats italiens en solidarité avec les Palestiniens de Gaza. Certains internautes ont prétendu y voir une « fermeture de l’Italie pour la Palestine » ou une mobilisation massive inédite. Pourtant, le syndicat à l’origine de l’appel, l’Unione Sindacale di Base, n’a prévu de grève générale que pour le 18 mai 2026 — un événement dont les modalités et l’ampleur restent encore incertaines.
Ces détournements s’inscrivent dans une stratégie plus large de désinformation, visant à semer la confusion sur la position italienne vis-à-vis du conflit israélo-palestinien. Les deepfakes, en particulier, posent un défi croissant pour les responsables politiques, souvent pris pour cible de ces manipulations numériques.
Giorgia Meloni dénonce les dangers des deepfakes et appelle à la vigilance
Cette affaire n’est pas la première à impliquer Giorgia Meloni dans des manipulations par IA. En 2025, une vidéo la représentant en lingerie, également un deepfake, avait circulé massivement avant d’être démentie. La Première ministre italienne n’a pas manqué de réagir à ces nouvelles tentatives de désinformation. Dans un message publié sur X, elle a rappelé : «
Le problème ne se limite pas à moi. Les deepfakes sont un outil dangereux, car ils peuvent tromper, manipuler et cibler n’importe qui. Je peux me défendre. Beaucoup d’autres ne le peuvent pas.»
Elle a ajouté : « Pour cette raison, une règle devrait toujours s’appliquer : vérifier avant de croire, et réfléchir avant de partager. Parce qu’aujourd’hui cela m’arrive, demain cela pourrait arriver à n’importe qui. » Une mise en garde qui résonne dans un contexte où l’usage de l’intelligence artificielle pour produire de fausses informations se généralise.
Ces manipulations numériques illustrent un phénomène plus large : celui de la guerre de l’information, où les deepfakes et les contenus détournés deviennent des armes politiques. Pour les observateurs, la question n’est plus seulement de détecter ces fausses informations, mais de comprendre comment elles influencent l’opinion publique et les décisions internationales.
Rome n’a pas précisé publiquement les raisons de sa décision, mais cette mesure s’inscrit dans une réévaluation plus large de sa politique de défense et de ses alliances au sein de l’Union européenne. Plusieurs États membres, dont l’Italie et l’Allemagne, ont également rejeté une proposition visant à suspendre l’accord de coopération économique entre l’UE et Israël, jugé stratégique pour certains secteurs industriels.
Les deepfakes peuvent fausser la perception des relations diplomatiques, attiser les tensions ou, au contraire, donner une fausse image de collaboration. Leur viralité rapide sur les réseaux sociaux les rend particulièrement dangereux dans un contexte où l’information circule instantanément, sans toujours être vérifiée.