Le député socialiste Jérôme Guedj, candidat à l’élection présidentielle et figure médiatique de la lutte contre l’antisémitisme, a accordé un entretien au Figaro pour défendre la proposition de loi Yadan, destinée à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme. Ce texte, qui fait l’objet de vives critiques à gauche, vise à interdire la négation de l’État d’Israël tout en évitant l’invisibilisation des Palestiniens. Pour Guedj, cette initiative part d’un constat alarmant : l’antisémitisme moderne s’appuie de plus en plus sur l’antisionisme pour se répandre, brouillant les lignes entre critique politique et discours haineux.

Ce qu'il faut retenir

  • La loi Yadan a pour objectif de lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme en interdisant notamment la négation de l’État d’Israël.
  • Jérôme Guedj, député socialiste et candidat à la présidentielle, en est l’un des principaux défenseurs au sein de la majorité.
  • Il dénonce l’instrumentalisation de l’antisionisme pour propager des discours antisémites, tout en critiquant aussi la politique israélienne sous Netanyahou.
  • Le texte suscite des tensions à gauche, où certains y voient une restriction de la liberté d’expression.
  • Guedj regrette l’impossibilité d’un débat apaisé sur ces questions, où il est régulièrement traité de « sioniste génocidaire ».

Un regain d’antisémitisme lié à l’instrumentalisation de l’antisionisme

Pour Jérôme Guedj, le phénomène est clair : l’antisémitisme contemporain emprunte des chemins détournés. « Il y a incontestablement un regain d’antisémitisme qui instrumentalise l’antisionisme pour avancer à pas feutrés », explique-t-il. Plutôt que de cibler directement les Juifs, certains discours se parent d’un vocabulaire politique pour masquer leur nature haineuse. Ce phénomène n’est pas nouveau, mais il prend une ampleur particulière depuis plusieurs années, notamment avec l’essor des réseaux sociaux et des mouvements militants radicalisés.

Le député de l’Essonne, qui a signé cette proposition de loi il y a plusieurs mois, espérait provoquer un débat serein. Pourtant, il constate que les échanges restent souvent polarisés. « Je suis régulièrement traité de *sioniste génocidaire* », confie-t-il, alors que son engagement vise précisément à sortir des postures binaires. Son parcours politique, marqué par des prises de position fermes contre le terrorisme du Hamas et contre le gouvernement israélien actuel, illustre cette volonté de nuance.

Critique de Netanyahou et défense des valeurs israéliennes

Guedj ne mâche pas ses mots lorsqu’il s’agit de dénoncer la politique de Benyamin Netanyahou. « Je combats son gouvernement, suprémaciste, raciste et messianique religieux, car il amplifie la colonisation illégale en Cisjordanie, piétine l’État de droit et les valeurs d’Israël », précise-t-il. Pour lui, il est possible de condamner à la fois les dérives antisémites et les actions israéliennes controversées, sans tomber dans le campisme stérile. « Essayons d’avoir le courage de la nuance », plaide-t-il.

Cette position lui vaut des critiques des deux côtés. À gauche, certains lui reprochent de légitimer une loi perçue comme liberticide, tandis qu’à droite, on lui reproche ses positions sur le conflit israélo-palestinien. Pourtant, Guedj insiste : son engagement n’est pas idéologique, mais éthique. Il rappelle que l’antisémitisme, sous quelque forme que ce soit, doit être combattu avec fermeté, tout comme les violations des droits humains commises au nom de l’État d’Israël.

Un texte controversé au sein de la gauche française

La proposition de loi Yadan, du nom de son rapporteur Yaël Braun-Pivet, divise profondément au sein de la gauche française. Ses détracteurs y voient une atteinte à la liberté d’expression, arguant que la négation de l’État d’Israël relève du débat politique et non de l’incitation à la haine. D’autres, comme Guedj, estiment au contraire que certains discours antisionistes franchissent la ligne rouge en relayant des stéréotypes antisémites ou en niant le droit à l’existence d’Israël.

Pour le député socialiste, l’enjeu est double : lutter contre l’antisémitisme sans pour autant fermer la porte au dialogue sur le conflit israélo-palestinien. « La loi Yadan interdit autant la négation de l’État d’Israël que l’invisibilisation des Palestiniens », rappelle-t-il. Une formulation qui, selon lui, permet de concilier deux impératifs : la défense des droits des Juifs et celle des Palestiniens.

Et maintenant ?

La proposition de loi Yadan doit encore passer l’épreuve du Parlement, où elle risque de susciter de vifs débats. Si elle est adoptée, elle pourrait renforcer le cadre juridique français contre les discours haineux, tout en alimentant les tensions politiques. D’ici là, Jérôme Guedj compte poursuivre son plaidoyer pour un débat apaisé, malgré les critiques. « On ne peut pas laisser des mots comme *génocidaire* ou *sioniste* devenir des insultes courantes sans réagir », insiste-t-il. Reste à savoir si les forces politiques parviendront à dépasser leurs divisions sur ce sujet sensible.

Selon Le Figaro, cette initiative s’inscrit dans un contexte international marqué par une hausse des actes antisémites en Europe, notamment depuis les attaques du 7 octobre 2023 perpétrées par le Hamas. En France, les associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme appellent depuis des mois à des mesures plus fermes, tandis que les défenseurs des libertés civiles s’inquiètent d’une possible dérive sécuritaire. Pour l’heure, le texte n’a pas encore été inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale, mais son examen pourrait intervenir d’ici la fin de l’année 2026.

Alors que la campagne pour la présidentielle de 2027 s’intensifie, Jérôme Guedj, qui brigue l’investiture socialiste, mise sur cette proposition pour se positionner comme une voix modérée dans le paysage politique. « Ce qui compte, ce n’est pas de choisir un camp, mais de défendre les valeurs qui nous rassemblent : la dignité humaine, l’État de droit et la lutte contre toutes les formes de haine », conclut-il.

La proposition de loi Yadan vise à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme en interdisant notamment la négation de l’État d’Israël. Elle est controversée car certains y voient une restriction de la liberté d’expression, tandis que ses défenseurs estiment qu’elle permet de lutter contre des discours haineux déguisés en critique politique.