Selon Le Monde, la rubrique « La bonne paye » explore chaque semaine les réalités financières des jeunes actifs. Ce format interroge la notion de « bien gagner sa vie » et la manière dont les jeunes se projettent dans l’avenir professionnel. Cette semaine, le journal donne la parole à Kevin Lahcen, 28 ans, charcutier-traiteur à son compte, qui a fait le choix de ne pas se verser de salaire depuis l’ouverture de son commerce.
Ce qu'il faut retenir
- Kevin Lahcen, 28 ans, a ouvert son commerce de charcuterie-traiteur après un apprentissage commencé à 15 ans.
- Il ne se verse aucun salaire, préférant réinvestir la totalité des bénéfices dans son activité.
- Son quotidien est rythmé par des journées de travail de 12 à 14 heures, sans pause ni temps de réflexion.
- Il explique cette situation par un sentiment d’obligation envers son entreprise et ses clients.
- Son parcours illustre les défis des jeunes entrepreneurs dans le secteur de l’artisanat alimentaire.
Un parcours professionnel marqué par l’apprentissage précoce
Kevin Lahcen a choisi très tôt de se former dans le domaine de la charcuterie-traiteur. Dès l’âge de 15 ans, il a débuté un apprentissage dans ce secteur, accumulant une expérience concrète avant même d’obtenir son diplôme. Ce choix précoce lui a permis de développer une expertise technique, mais aussi de comprendre les réalités économiques d’un commerce indépendant. Après plusieurs années en tant qu’employé, il a décidé de se lancer à son compte, motivé par l’envie de construire son propre projet.
Son installation en tant qu’entrepreneur a été marquée par un engagement total. Il a ouvert son commerce il y a trois ans, mais depuis le premier jour, une règle s’impose à lui : ne pas se verser de salaire. Une décision qu’il assume pleinement, comme il l’explique : « Je suis happé par mon travail. Je n’ai pas le temps de me poser de questions. » Selon lui, chaque euro gagné doit être réinvesti pour pérenniser son activité et faire face aux charges fixes.
Un rythme de travail incompatible avec une rémunération personnelle
Le quotidien de Kevin Lahcen est rythmé par des journées longues et exigeantes. Il travaille entre 12 et 14 heures par jour, souvent six jours sur sept, sans véritable coupure. Cette charge de travail s’explique par la nature même de son activité : la préparation de produits frais, la gestion des commandes et l’accueil de la clientèle exigent une présence constante. Dans ce contexte, la question d’un salaire personnel devient secondaire, voire impossible à envisager.
Il précise que son entreprise, bien que rentable sur le papier, ne génère pas encore de trésorerie suffisante pour lui permettre de se rémunérer. « Je ne me verse rien, mais je ne regrette pas. Mon objectif, c’est que mon commerce tienne sur la durée. » Cette posture reflète une vision à long terme, où la survie de l’entreprise prime sur le confort personnel. Pourtant, cette situation n’est pas sans risque, notamment en termes de précarité économique.
« Je suis happé par mon travail. Je n’ai pas le temps de me poser de questions. »
Kevin Lahcen, charcutier-traiteur, 28 ans
Un secteur où l’engagement personnel est souvent une nécessité
Le cas de Kevin Lahcen n’est pas isolé dans le secteur de l’artisanat alimentaire. Beaucoup de jeunes entrepreneurs, notamment dans les métiers de bouche, se retrouvent dans une situation similaire, où la réinvestissement des bénéfices prime sur la rémunération personnelle. Cette réalité s’explique en partie par la structure même du marché : les marges sont souvent faibles, et la concurrence est rude face aux grandes surfaces et aux enseignes industrielles.
Selon une étude récente citée par Le Monde, près de 40 % des artisans-commerçants de moins de 35 ans ne se versent aucun salaire durant les deux premières années d’activité. Cette tendance s’atténue progressivement, mais elle reste un marqueur fort des difficultés financières rencontrées par les jeunes entrepreneurs. Pour Kevin Lahcen, cette situation est avant tout une question de survie : « Sans réinvestissement, je ne peux pas grandir. Et sans croissance, je ne peux pas me payer. »
Kevin Lahcen incarne ainsi une génération d’entrepreneurs prêts à sacrifier leur confort immédiat pour bâtir un projet durable. Son parcours soulève cependant une question plus large : jusqu’où peut-on aller dans l’autosacrifice pour une entreprise ? Pour l’instant, il n’a pas la réponse, mais il avance, pas à pas.