BFM Business révèle que le groupe SNCF affiche des objectifs financiers ambitieux pour 2026, avec un résultat net attendu à 2,3 milliards d’euros, soit une progression de 28 % par rapport à 2025 (1,8 milliard) et de 53 % par rapport à 2024 (1,5 milliard). Selon un document interne consulté par la rédaction, la compagnie mise sur une sixième année consécutive de bénéfices, malgré les défis opérationnels et la montée en puissance de la concurrence.
Ce qu'il faut retenir
- Objectif de bénéfice net : 2,3 milliards d’euros en 2026, contre 1,8 milliard en 2025 et 1,5 milliard en 2024.
- Chiffre d’affaires : 44,5 milliards d’euros en 2026, en hausse de 3,7 % par rapport à 2025.
- Ebitda : 7,9 milliards d’euros, un nouveau record, bien que sa croissance soit inférieure à celle du chiffre d’affaires.
- Croissance du trafic : +2 % pour le TGV domestique, porté par l’offre low cost Ouigo (+9 % en places) et les Intercités (+4 %).
- Contribution au réseau : 1,5 milliard d’euros versés à SNCF Réseau, soit 65 % du résultat net, contre 90 % en 2025.
- Grève prévue : un préavis de grève unitaire a été déposé pour le 10 juin, dans un contexte de tensions sociales accrues.
Une stratégie financière offensive malgré les obstacles
Le groupe SNCF s’appuie sur plusieurs leviers pour atteindre ses objectifs financiers. D’abord, l’engouement persistant pour le train, dans un contexte de hausse des prix des carburants et des billets d’avion. Ensuite, la croissance de ses filiales low cost : Ouigo voit son offre augmenter de 9 % en nombre de places cette année, tandis que Ouigo España enregistre une progression de 18 %.
À l’international, le trafic Eurostar devrait progresser de 3 %, confirmant l’attractivité du réseau transfrontalier. Pour les Intercités, une hausse de 4 % est anticipée. Autant dire que la SNCF mise sur une diversification de ses sources de revenus pour compenser les freins identifiés dans le document.
Des défis majeurs à surmonter
Malgré ces perspectives encourageantes, la direction reconnaît plusieurs obstacles. Les retards dans la livraison des nouveaux TGV M, dont les premières mises en service sont prévues à partir de juillet, risquent de peser sur l’exploitation. Les travaux d’infrastructure, en hausse, pourraient aussi perturber l’activité, tout comme l’intensification de la concurrence sur l’axe Sud-Est, notamment avec l’arrivée de Trenitalia sur les lignes Lyon-Marseille.
Le groupe souligne que « le trafic TGV domestique progressera peu » (+2 %), un rythme modeste qui reflète les incertitudes liées à l’ouverture du marché et à la filialisation accélérée du groupe. Ces transformations, combinées à une pression accrue sur les coûts, pourraient fragiliser la rentabilité à moyen terme.
Une contribution au réseau en baisse, mais toujours controversée
Comme chaque année, les bénéfices des filiales, en premier lieu SNCF Voyageurs, seront mis à contribution pour financer SNCF Réseau. Après un versement de 1,6 milliard d’euros en 2025, représentant 90 % du résultat net, la direction vise un apport de 1,5 milliard d’euros en 2026, soit 65 % du bénéfice net.
Cette baisse relative s’explique par l’ambition de résultat net, mais elle ne devrait pas calmer les critiques des syndicats. Pour la CGT et Sud Rail, cette ponction illustre un déséquilibre structurel : tandis que les concurrents ne supportent que les péages (parfois assortis de rabais), la SNCF assume à la fois le financement des infrastructures et une contribution directe au réseau. Les syndicats estiment que « c’est à l’État de financer les infrastructures, qui sont par définition publiques », et non à l’entreprise ferroviaire, dont les résultats sont pourtant au rendez-vous.
« Les cheminots ne profitent pas de ces excellents résultats en matière de rémunérations et SNCF Voyageurs est doublement pénalisée : par les péages payés pour utiliser les voies et par la ponction de ses juteux bénéfices. »
— CGT et Sud Rail
Un climat social sous tension à l’approche de la grève du 10 juin
Les objectifs financiers de la SNCF pourraient être perturbés par une dégradation du climat social. L’accélération de la filialisation du groupe, conséquence directe de l’ouverture à la concurrence, est pointée du doigt par les syndicats. Ces derniers dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles, une augmentation des cas de suicides et des augmentations salariales jugées insuffisantes.
Un préavis de grève unitaire a été déposé pour le 10 juin, marquant la première épreuve de force pour le nouveau président du groupe, Jean Castex. Cette mobilisation intervient alors que la direction tente de concilier performance économique et gestion des ressources humaines, dans un secteur en pleine mutation.
La SNCF mise donc sur une performance record en 2026, mais les défis opérationnels et sociaux restent nombreux. Reste à savoir si les bénéfices escomptés suffiront à apaiser les tensions internes et à moderniser un réseau ferroviaire sous pression.
La contribution devrait passer de 90 % du résultat net en 2025 à 65 % en 2026. Cette baisse s’explique par l’ambition de résultat net plus élevé (2,3 milliards d’euros contre 1,8 milliard en 2025). Cependant, elle ne réduit pas les critiques des syndicats, qui jugent cette ponction excessive au regard des charges supportées par la SNCF.
Le groupe italien Trenitalia est cité comme le principal nouveau concurrent sur les lignes Lyon-Marseille. Cette arrivée intensifie la concurrence sur cet axe stratégique, déjà sous pression avec la hausse des coûts et des travaux.