Selon Le Monde, la politiste Céline Marangé, spécialiste des questions stratégiques à l’École militaire, publie l’ouvrage La guerre d’Europe a commencé. Ce livre replace le conflit en Ukraine dans une perspective historique longue, analysant l’impérialisme russe et évaluant les risques que fait peser le Kremlin sur les pays membres de l’OTAN et de l’Union européenne. Une lecture qui intervient à un moment où les tensions géopolitiques s’intensifient en Europe de l’Est.
Ce qu'il faut retenir
- Céline Marangé, chercheuse à l’École militaire, publie La guerre d’Europe a commencé, un ouvrage analysant l’impérialisme russe et ses implications pour l’OTAN et l’UE.
- Son analyse replace le conflit ukrainien dans une perspective temporelle longue, soulignant la continuité des ambitions territoriales russes.
- Elle met en garde contre un déni persistant en France concernant la radicalité des intentions du pouvoir russe.
- L’auteure examine les menaces directes que Moscou fait peser sur les pays membres de l’Alliance atlantique et de l’Union européenne.
Un regard historique sur le conflit ukrainien
Dans son livre, Céline Marangé replace la guerre en Ukraine dans une trame historique remontant à plusieurs décennies. Elle y analyse comment les ambitions impérialistes de la Russie, qu’elles se manifestent sous forme de conflits armés ou de pressions politiques, s’inscrivent dans une logique de longue durée. Selon elle, cette guerre n’est pas un épisode isolé, mais bien le prolongement d’une stratégie plus vaste visant à restaurer une sphère d’influence russe en Europe de l’Est.
Pour l’auteure, le Kremlin a toujours considéré l’Ukraine comme un territoire stratégique, une position qu’elle étaye par des exemples historiques allant de l’Empire russe à l’ère soviétique. Cette lecture permet de comprendre pourquoi, selon elle, la Russie ne saurait accepter une perte d’influence durable dans cette région. Elle souligne ainsi que le conflit actuel s’inscrit dans une dynamique de reconquête territoriale plus large.
La menace russe : une analyse des risques pour l’OTAN et l’UE
Céline Marangé ne se contente pas d’étudier le passé : elle évalue également les risques actuels que représente la Russie pour les pays de l’OTAN et de l’Union européenne. Dans son analyse, elle identifie plusieurs axes de pression utilisés par Moscou : cyberattaques, désinformation, pression énergétique, et bien sûr, menaces militaires directes. Pour elle, ces outils ne sont pas anodins, mais constituent une stratégie délibérée visant à affaiblir la cohésion occidentale.
Elle cite notamment les exemples de la Biélorussie, où la Russie a renforcé son emprise, ou encore les pressions exercées sur les pays baltes et la Pologne. Selon elle, ces actions ne sont pas isolées, mais s’inscrivent dans une volonté de tester la résilience des démocraties européennes face à la montée des ambitions russes. « Un déni subsiste en France sur la radicalité des intentions du pouvoir russe », a-t-elle déclaré, soulignant que beaucoup sous-estiment encore l’ampleur de la menace.
« Un déni subsiste en France sur la radicalité des intentions du pouvoir russe », a déclaré Céline Marangé, politiste à l’École militaire, lors de la présentation de son ouvrage. « Pourtant, les signes d’une volonté de domination régionale de la part du Kremlin sont patents. »
Pourquoi la France peine à évaluer correctement la menace
L’auteure pointe un manque de lucidité dans l’appréciation française des ambitions russes. Selon elle, une partie de la classe politique et des experts minimise encore les risques, soit par méconnaissance, soit par sous-estimation des capacités russes. Elle cite notamment les débats récurrents sur l’envoi d’armes à l’Ukraine, certains y voyant une escalade inutile plutôt qu’un moyen de contenir une agression russe.
Marangé rappelle que la Russie a déjà prouvé sa capacité à mener des actions hybrides, comme en témoignent les cyberattaques contre des infrastructures critiques ou les campagnes de désinformation en Europe. Pour elle, la France doit prendre la mesure de ces menaces et adapter sa stratégie de défense en conséquence. « Il faut cesser de croire que la Russie est un acteur rationnel », a-t-elle insisté, évoquant une « logique impériale » qui dépasse les calculs géopolitiques classiques.
Pour Céline Marangé, l’enjeu dépasse désormais le cadre ukrainien. Si la Russie parvient à ses fins en Ukraine, ce sera un signal fort envoyé à l’ensemble des pays voisins, y compris ceux membres de l’OTAN. Son livre invite ainsi à une réflexion plus large sur la capacité des démocraties européennes à faire face à des régimes autoritaires déterminés à étendre leur influence par tous les moyens.