La semaine dernière, la Chine a annoncé l’annulation d’une partie de la dette souveraine du Soudan, s’élevant à 50 millions de dollars. Une décision saluée par les autorités soudanaises, mais qui interroge sur son impact réel dans un contexte économique toujours fragile. Selon RFI, cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin pour renforcer son influence en Afrique, tout en allégeant la pression financière sur un pays en proie à des crises multiples.
Ce qu'il faut retenir
- La Chine a annulé 50 millions de dollars de dette souveraine du Soudan, une somme officiellement communiquée la semaine dernière.
- Cette annonce a été largement médiatisée, mais son impact concret reste à évaluer, selon des analystes cités par RFI.
- Le Soudan cumule une dette extérieure estimée à plus de 60 milliards de dollars, selon les dernières estimations du Fonds monétaire international (FMI).
- Pékin est le principal créancier bilatéral du Soudan, détenant environ 30 % de sa dette extérieure.
- Cette annulation s’ajoute à d’autres initiatives chinoises de réduction de dette en Afrique, comme au Cameroun ou en Éthiopie.
Un geste politique ou une avancée économique ?
L’annulation de cette dette, bien que significative, ne représente qu’une infime partie de l’ardoise globale du Soudan. D’après RFI, ce pays d’Afrique de l’Est doit encore près de 60 milliards de dollars à ses créanciers étrangers, dont une grande partie est détenue par la Chine. « Ce geste est avant tout symbolique, estime un économiste africain interrogé par la radio. Il permet à Pékin de montrer sa bonne volonté, mais ne suffira pas à relancer l’économie soudanaise. »
Pourtant, côté soudanais, l’annonce a été accueillie avec enthousiasme. Le ministre des Finances, Jibril Ibrahim, a salué une « étape importante » vers la stabilisation des finances publiques. « Nous espérons que d’autres partenaires suivront cet exemple », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Khartoum. Reste à savoir si cette mesure suffira à rassurer les investisseurs étrangers, alors que le pays peine à attirer des capitaux en raison de son instabilité politique.
La Chine, acteur clé de la dette africaine
Depuis le début des années 2000, Pékin est devenu le premier créancier bilatéral de nombreux pays africains, notamment grâce à ses prêts pour des infrastructures. Au Soudan, les engagements chinois représentent près de 30 % de la dette extérieure, selon des données compilées par le China-Africa Research Initiative. Cette dépendance expose le pays à la politique de remboursement de la Chine, qui peut parfois ajuster ses demandes en fonction de ses intérêts stratégiques.
« La Chine utilise souvent les annulations de dette comme un levier diplomatique, note une chercheuse spécialiste de l’Afrique à l’Institut français des relations internationales (IFRI). En Afrique, elle a déjà effacé des dettes en Zambie, au Cameroun ou encore au Congo-Brazzaville. » Une stratégie qui lui permet de consolider son influence, tout en évitant des défauts de paiement qui pourraient fragiliser ses partenaires.
Un contexte économique toujours fragile
Le Soudan, en proie à des décennies de conflits internes et à une transition politique chaotique depuis 2019, fait face à une crise économique sans précédent. L’inflation a dépassé les 300 % en 2025, et la livre soudanaise a perdu plus de 80 % de sa valeur face au dollar depuis 2020. Dans ce contexte, chaque allègement de dette est une bouffée d’oxygène, même minime. Pourtant, les défis restent immenses : réformer le système bancaire, attirer des investissements étrangers et stabiliser la monnaie nationale.
« Une annulation de dette ne résoudra pas à elle seule les problèmes structurels du Soudan, rappelle un économiste du Centre for Global Development. Mais elle peut envoyer un signal positif aux créanciers et aux donateurs internationaux. » Un signal d’autant plus crucial que le Soudan est en négociation avec le FMI pour un nouveau programme d’aide, dont la finalisation est attendue d’ici la fin de l’année.
Reste à voir si cette mesure restera un simple coup de communication ou s’inscrira dans une dynamique plus large de redressement. Une chose est sûre : le Soudan, malgré ses richesses potentielles, reste un pays à la merci des rapports de force géoéconomiques.
Outre la Chine, qui détient environ 30 % de la dette extérieure soudanaise, les principaux créanciers incluent les pays du Club de Paris (environ 25 %), le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (15 %), ainsi que des créanciers privés et régionaux. Ces engagements totalisent plus de 60 milliards de dollars, selon les dernières estimations disponibles.