Le vice-Premier ministre moldave chargé de la Réintégration, Valeriu Chiveri, a proposé en avril 2026 que toutes les écoles de Transnistrie adoptent l’enseignement en langue roumaine à compter du 1er septembre 2026. Une offre rejetée sans équivoque par les autorités séparatistes de Tiraspol, selon Courrier International, qui s’appuie sur un reportage de Radio Free Europe/Radio Liberty.

Ce qu’il faut retenir

  • Valeriu Chiveri, vice-Premier ministre moldave, a proposé le 1er avril 2026 de basculer l’enseignement en roumain en Transnistrie dès septembre 2026.
  • Les autorités de Tiraspol ont refusé catégoriquement cette proposition, selon Valentina Olaru, secrétaire d’État à l’Éducation transnistrienne.
  • Les manuels scolaires en usage, imprimés en roumain transcrit en cyrillique ou en russe, sont jugés obsolètes et ne correspondent pas aux programmes moldaves.
  • Les programmes scolaires en Transnistrie restent alignés sur ceux de la Russie, avec une vision historique soviétique.
  • Les négociations bilatérales entre Chisinau et Tiraspol n’ont abouti à aucun compromis sur la question éducative.

Les décorations encore visibles dans les rues de Tiraspol en ce début juillet 2026, célébrant le 80e anniversaire de la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie, rappellent à quel point l’héritage soviétique reste ancré dans cette région séparatiste. Une vision du passé que le gouvernement moldave souhaite voir évoluer, notamment dans les salles de classe.

Valeriu Chiveri a soumis une proposition claire lors des dernières négociations bilatérales avec la Transnistrie : généraliser l’enseignement en roumain à toutes les écoles de la région dès la rentrée scolaire de septembre 2026. Une mesure présentée comme un pas vers la réintégration de cette région pro-russe, séparée de la Moldavie depuis 1992. Pourtant, face à cette offre, les autorités de Tiraspol ont opposé une fin de non-recevoir immédiate et sans appel.

Selon Valentina Olaru, secrétaire d’État à l’Éducation transnistrienne, les manuels scolaires actuels, déjà jugés dépassés, ne devraient pas non plus être mis à jour. « Nous avons même accepté leur version en cyrillique, ne serait-ce que pour pouvoir en actualiser le contenu. Leur refus a été catégorique », a-t-elle déclaré à Radio Free Europe/Radio Liberty, cité par Courrier International.

Les programmes scolaires en vigueur en Transnistrie pour les classes de seconde, première et terminale reposent sur des manuels rédigés dans ce que les autorités appellent la « langue moldave ». Une appellation controversée, puisque cette langue n’est autre que le roumain, mais transcrite en alphabet cyrillique – une particularité héritée de l’époque soviétique. Les ouvrages sont soit imprimés directement en russe, soit en roumain à l’aide de caractères cyrilliques, ce qui rend leur contenu difficilement compatible avec les standards éducatifs moldaves actuels.

Teodor Candu, docteur en histoire, conférencier et chercheur à l’université d’État de Moldavie ainsi qu’à l’Institut d’histoire, a été sollicité pour analyser ces manuels. Son expertise révèle que les contenus enseignés en Transnistrie s’appuient toujours sur des interprétations historiques alignées sur la narration russe, incluant une vision glorifiée de l’Union soviétique. Une approche qui contraste avec les programmes moldaves, de plus en plus orientés vers une relecture critique de la période soviétique.

« Les manuels transnistriens perpétuent une vision de l’histoire où l’URSS est présentée comme un acteur incontournable de la victoire contre le nazisme, sans jamais aborder les aspects les plus sombres de cette période, comme les déportations ou la répression politique », explique Teodor Candu. « C’est une vision biaisée, qui ne correspond plus aux standards éducatifs européens. »

Cette divergence entre Chisinau et Tiraspol sur la question linguistique et historique n’est pas nouvelle. Depuis des années, la Moldavie tente de promouvoir l’usage du roumain standard, écrit en alphabet latin, comme langue officielle unique. Une politique qui s’inscrit dans une volonté de se rapprocher de l’Union européenne, dont le pays est candidat officiel depuis 2022. Pour la Transnistrie, région séparatiste soutenue par Moscou, cette orientation est perçue comme une menace à son identité pro-russe et à son système éducatif hérité de l’époque soviétique.

Les négociations entre les deux parties, qui se déroulent sous l’égide de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), piétinent depuis des mois. Aucun accord n’a été trouvé sur des sujets aussi sensibles que le statut de la Transnistrie, la présence de troupes russes ou encore la réforme du système éducatif. La question de la langue scolaire en fait désormais partie intégrante.

Et maintenant ?

La rentrée scolaire de septembre 2026 s’annonce comme un nouveau point de friction entre Chisinau et Tiraspol. Si les autorités séparatistes maintiennent leur refus, la Moldavie pourrait envisager des mesures unilatérales, comme le soutien à des écoles alternatives en Transnistrie. Une escalade qui risquerait d’aggraver les tensions déjà vives dans cette région. Pour l’heure, aucune médiation internationale n’a réussi à débloquer la situation, et l’horizon d’un compromis reste incertain.

En attendant, les quelque 200 000 élèves transnistriens continueront d’étudier dans un système éducatif figé dans le passé soviétique, où l’histoire est réécrite à l’aune de la propagande russe et où la langue roumaine n’est tolérée qu’à condition d’être transcrit en cyrillique. Une situation qui illustre, une fois de plus, la fracture persistante entre deux visions de l’identité et de l’avenir pour cette région d’Europe de l’Est.

La Moldavie, dont la langue officielle est le roumain, cherche à unifier son système éducatif et à aligner ses programmes sur les standards européens. Cette volonté s’inscrit dans une stratégie de rapprochement avec l’Union européenne, dont la Moldavie est candidate officielle depuis 2022. Pour Chisinau, l’enseignement en roumain standard, écrit en alphabet latin, est un moyen de renforcer l’identité nationale et de sortir de l’influence culturelle russe encore très présente en Transnistrie.