Depuis que la Russie a stoppé ses livraisons de gaz vers l’Europe à l’automne 2022, et dans le contexte des tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz, la Norvège s’est imposée comme le principal fournisseur d’hydrocarbures du Vieux Continent. Selon Libération, Oslo mise désormais sur une relance de sa production gazière en mer du Nord, tout en ouvrant 70 nouveaux blocs d’exploration pour répondre à la demande énergétique européenne.

Ce qu'il faut retenir

  • Trois sites gaziers en mer du Nord doivent reprendre leur activité d’ici la fin de l’année 2026
  • Le gouvernement norvégien, dirigé par le Parti travailliste, a annoncé l’ouverture de 70 nouveaux blocs d’exploration pour prospecter de nouveaux gisements
  • Ces mesures s’inscrivent dans une stratégie visant à diversifier les sources d’approvisionnement européen, actuellement très dépendant des importations russes
  • La Norvège est devenue le premier exportateur de gaz vers l’UE, devant le Qatar et les États-Unis

Une Europe en quête d’alternatives après la rupture avec Moscou

L’arrêt brutal des livraisons russes en 2022 a plongé l’Europe dans une crise énergétique sans précédent. D’après Libération, les pays membres de l’Union européenne ont dû se tourner vers d’autres fournisseurs, souvent plus coûteux ou moins stables. Dans ce contexte, la Norvège, déjà partenaire historique de l’UE pour le gaz, a vu son rôle se renforcer considérablement. Ses réserves en mer du Nord, estimées à plus de 1 500 milliards de mètres cubes, en font une ressource stratégique pour sécuriser l’approvisionnement européen.

Les trois sites gaziers concernés par la reprise d’activité, Troll, Ormen Lange et Snøhvit, représentent à eux seuls près de 40 % de la production norvégienne. Leur remise en service devrait permettre d’ajouter environ 20 milliards de mètres cubes par an sur le marché, soit l’équivalent de la consommation annuelle de la Pologne. « Ces projets sont essentiels pour combler le vide laissé par la Russie », a déclaré une source gouvernementale norvégienne sous couvert d’anonymat.

70 nouveaux blocs d’exploration pour sécuriser l’avenir

En parallèle de la relance des sites existants, le gouvernement norvégien a décidé d’élargir son portefeuille de projets d’exploration. D’après Libération, ces 70 nouveaux blocs, répartis entre la mer de Norvège et la mer de Barents, couvrent une superficie totale de plus de 150 000 km². Leur mise aux enchères est prévue pour l’automne 2026, avec une attribution des permis d’exploitation dès 2027.

Cette stratégie s’inscrit dans la continuité de la politique énergétique norvégienne, qui mise sur les hydrocarbures pour financer sa transition écologique. « Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser des réserves inexploitées », a affirmé le ministre norvégien du Pétrole et de l’Énergie, Terje Aasland. « Ces nouveaux projets permettront de maintenir notre production tout en investissant dans les énergies renouvelables ».

Un modèle économique sous pression

Si la Norvège tire profit de sa position dominante sur le marché gazier européen, cette stratégie n’est pas sans risques. Les critiques pointent du doigt l’absence de calendrier clair pour la réduction de la dépendance aux hydrocarbures. Selon Libération, le pays mise sur une transition progressive, avec un objectif de neutralité carbone d’ici 2030 pour les secteurs de l’énergie et des transports. Cependant, les revenus tirés du gaz restent indispensables pour financer cette transition.

Par ailleurs, l’ouverture de nouveaux blocs d’exploration suscite des tensions avec les organisations écologistes. « La Norvège se présente comme un champion des énergies vertes, mais elle continue d’investir massivement dans les énergies fossiles », a dénoncé une porte-parole de l’ONG Bellona. Pour l’instant, le gouvernement norvégien maintient sa position, arguant que ces projets sont nécessaires pour garantir la sécurité énergétique du pays et de l’Europe.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes dépendront en grande partie des décisions prises par Bruxelles et Oslo d’ici la fin de l’année 2026. La Commission européenne doit publier d’ici septembre un nouveau plan pour réduire la dépendance au gaz russe, qui pourrait inclure des mesures incitatives pour les producteurs norvégiens. Côté norvégien, l’attribution des 70 nouveaux blocs d’exploration est prévue pour l’automne 2026, avec des premières forages attendus dès 2027. Reste à voir si ces projets permettront de stabiliser le marché ou s’ils prolongeront la dépendance aux énergies fossiles.

La Norvège, qui a longtemps été perçue comme un acteur secondaire sur la scène énergétique européenne, s’impose désormais comme un partenaire incontournable. Autant dire que son rôle ne fera que se renforcer dans les mois à venir, à mesure que l’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements.

Les trois sites sont Troll, Ormen Lange et Snøhvit, situés en mer du Nord. Ces gisements représentent près de 40 % de la production gazière norvégienne et devraient reprendre leur activité d’ici la fin 2026.

La Norvège a pris le relais de la Russie après l’arrêt des livraisons en 2022. Grâce à ses importantes réserves en mer du Nord et à sa stabilité géopolitique, elle est désormais le premier exportateur de gaz vers l’UE, devant le Qatar et les États-Unis.