Depuis le 15 juin 2026, des centaines de Gazaouis survivent sous des tentes installées dans le stade Al-Yarmouk de Gaza, symbole des promesses non tenues d’un accord censé mettre fin à des mois de conflit. Selon Courrier International, cet état de fait illustre l’échec progressif du plan de paix en 20 points présenté en octobre 2025 par l’ancien président américain Donald Trump, censé servir de feuille de route pour stabiliser la région.

Ce qu'il faut retenir

  • En octobre 2025, Donald Trump a négocié un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, accompagné d’un plan en 20 points.
  • Israël et le Hamas ont accepté le plan, mais chacun en a fait une lecture différente, sans compromis réel.
  • Le texte prévoyait un retrait israélien derrière une ligne définie et le contrôle de 53 % de Gaza, mais sans désarmement immédiat du Hamas.
  • Le Hamas exigeait des garanties sur la création d’un État palestinien avant d’envisager son désarmement.
  • Aucun soldat d’une force internationale n’a été déployé pour superviser l’application du plan.
  • Le cessez-le-feu initial, fragilisé par l’absence de mécanismes concrets, s’est effrité en quelques mois.

À l’automne 2025, alors que le gouvernement israélien tentait désespérément de récupérer ses otages détenus à Gaza, et que le Hamas subissait des bombardements massifs, aucun des deux camps n’était prêt à faire la moindre concession. Pourtant, tous deux ont accepté le plan Trump, non par conviction, mais par crainte de s’aliéner un allié aussi puissant que les États-Unis à l’époque. « Le président américain voulait afficher une victoire diplomatique, même symbolique », rappelle un analyste cité par Foreign Policy, la revue à l’origine de l’enquête.

Le document, salué comme une avancée majeure, souffrait pourtant de lacunes majeures. Il stipulait qu’Israël se retirerait derrière une ligne déterminée, conserverait le contrôle de près de 53 % de la bande de Gaza et autoriserait la reconstruction des zones bombardées — mais uniquement après le désarmement du Hamas. Ce dernier, de son côté, acceptait d’envisager des discussions sur son armement, mais uniquement une fois que des jalons concrets pour la création d’un État palestinien auraient été posés. Autant dire que personne n’était prêt à faire le premier pas.

Le plan manquait cruellement de précisions sur le calendrier et les étapes concrètes. Pire encore, il ne prévoyait aucun mécanisme de vérification ou de sanction en cas de non-respect. « Le texte était si vague que chaque partie pouvait y lire ce qu’elle voulait », explique une source diplomatique ayant participé aux négociations. Les discussions sur le déploiement d’une force internationale chargée de superviser le cessez-le-feu ont rapidement achoppé : pas un seul soldat n’a finalement été envoyé sur le terrain.

Dès les premières semaines de 2026, les tensions ont repris. Israël a maintenu son contrôle sur les zones stratégiques de Gaza, tandis que le Hamas a refusé de désarmer sans garanties politiques tangibles. Les bombardements et les affrontements ont repris, rendant caducs les espoirs nés de l’accord d’octobre. « Le plan Trump était un château de cartes, il suffisait d’un souffle pour qu’il s’effondre », résume un observateur basé à Jérusalem.

La situation humanitaire à Gaza s’est encore dégradée. Selon l’ONU, plus de 80 % des habitants dépendent aujourd’hui de l’aide internationale pour survivre. Les camps de fortune, comme celui du stade Al-Yarmouk, se multiplient, témoignages d’un échec collectif. « On nous avait promis la paix, on nous a donné des tentes », confie un père de famille interrogé par l’AFP.

Pourtant, le plan contenait des éléments qui auraient pu servir de base à une solution durable. Parmi eux, la reconstruction des infrastructures détruites pendant la guerre, conditionnée au désarmement du Hamas. Mais sans calendrier précis, cette promesse est restée lettre morte. « La reconstruction n’a jamais commencé, car personne ne savait par où commencer », note un rapport de l’ONG Oxfam publié en mai 2026.

Côté israélien, le gouvernement de Benjamin Netanyahu a justifié son refus de se retirer totalement de Gaza par la nécessité de « garantir la sécurité d’Israël ». Pourtant, les attaques du Hamas ont continué, alimentant un cercle vicieux. « On ne peut pas désarmer une organisation qui n’a aucune raison de le faire, tant que ses revendications territoriales ne sont pas prises au sérieux », analyse un expert en sécurité au Middle East Institute.

Le Hamas, de son côté, a toujours conditionné son désarmement à des concessions politiques majeures, notamment la reconnaissance d’un État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale. Une exigence rejetée catégoriquement par Israël, qui considère que toute concession territoriale affaiblirait sa sécurité. « Les deux camps sont enfermés dans une logique de confrontation, où chaque concession est perçue comme une faiblesse », souligne un diplomate européen sous couvert d’anonymat.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être déterminantes. Plusieurs médiateurs internationaux, dont l’Égypte et la Jordanie, tentent de relancer des pourparlers indirects entre les deux parties. Un sommet est prévu à Amman à la mi-juillet 2026, mais les attentes restent limitées. « Sans une pression internationale concertée et des garanties concrètes pour les deux camps, le risque de voir le conflit s’enliser davantage est réel », estime un responsable onusien.

Dans l’immédiat, la communauté internationale se concentre sur l’urgence humanitaire. L’Union européenne a annoncé une rallonge de 50 millions d’euros pour financer l’aide d’urgence à Gaza, tandis que les États-Unis étudient la possibilité de lever partiellement leur embargo sur les matériaux de construction — une mesure conditionnée à un cessez-le-feu durable.

Pourtant, les défis restent immenses. Le plan Trump, déjà largement discrédité, n’est plus mentionné dans les négociations en cours. « On part de zéro, ou presque », confie un négociateur sous anonymat. Les habitants de Gaza, eux, n’ont d’autre choix que de survivre au jour le jour, entre espoirs déçus et réalité brutale.

Les prochaines échéances politiques pourraient rebattre les cartes. En Israël, les élections anticipées prévues pour l’automne 2026 pourraient amener au pouvoir un gouvernement encore plus intransigeant. Du côté palestinien, la question de la légitimité du Hamas, affaibli par des années de conflit, reste entière. Autant dire que le chemin vers une paix durable est encore long, et semé d’embûches.

Le plan souffrait de deux défauts majeurs : un manque de précision sur les étapes concrètes et l’absence de mécanisme de vérification. Chaque partie a interprété le texte à sa guise, sans volonté réelle de compromis. Sans force internationale pour superviser l’application de l’accord, les deux camps sont retournés à leurs stratégies militaires.

Un sommet est prévu à Amman en juillet 2026, avec la participation de médiateurs égyptiens et jordaniens. L’objectif est de relancer des pourparlers indirects, mais les attentes sont faibles. La communauté internationale se concentre surtout sur l’aide humanitaire, tandis que les positions des deux camps restent figées.