Selon Le Figaro, le ministère syrien des Affaires étrangères a annoncé dimanche la réintégration de Jihad Makdissi au sein du corps diplomatique. Ce dernier, qui fut l’un des porte-parole les plus en vue du régime de Bachar al-Assad au début de la guerre civile syrienne, a été nommé « conseiller pour les affaires américaines ». Une décision symbolique alors que Damas tente de reconstruire ses relations internationales après plus de treize années de conflit.
Chrétien originaire de Damas, Jihad Makdissi avait quitté la Syrie en décembre 2012, invoquant un contexte devenu « meurtrier et destructeur ». Après une période d’exil marquée par son ralliement à l’opposition, il avait participé à des négociations internationales avant de revenir en Syrie à plusieurs reprises, rencontrant des responsables du nouveau pouvoir en place depuis la chute du régime d’Assad en décembre 2024.
Ce qu'il faut retenir
- Réintégration diplomatique : Jihad Makdissi, ancien porte-parole du régime d’Assad, a été nommé « conseiller pour les affaires américaines » par le gouvernement syrien dirigé par Ahmad al-Sharaa.
- Profil controversé : Proche de Bachar al-Assad depuis des décennies, Makdissi était l’un des visages publics du régime au début de la guerre civile en mars 2011.
- Exil et retour : Fuyant la Syrie en 2012, il avait rejoint l’opposition avant de participer à des négociations onusiennes et de multiplier les visites dans son pays après 2024.
- Contexte de reconstruction : Cette nomination intervient alors que la Syrie cherche à rétablir ses liens diplomatiques après près de 14 ans de guerre et d’isolement.
- Réaction personnelle : Sur X (ex-Twitter), Makdissi a déclaré avec « fierté et gratitude » revenir « dans les rangs de la nouvelle diplomatie syrienne ».
- Fin de la guerre civile : Le conflit, déclenché en mars 2011, s’est achevé en décembre 2024 par le renversement du président Assad au profit d’une coalition islamiste.
Un symbole de la nouvelle diplomatie syrienne
La réintégration de Jihad Makdissi au sein du ministère syrien des Affaires étrangères représente une étape symbolique pour le gouvernement d’Ahmad al-Sharaa. Selon les informations rapportées par Le Figaro, cette nomination intervient alors que Damas multiplie les efforts pour sortir de son isolement international. Après des années de guerre civile et de sanctions, la Syrie tente de normaliser ses relations avec la communauté internationale, notamment avec les États-Unis, qui jouent désormais un rôle clé dans le soutien au nouveau pouvoir en place.
Ancien porte-parole des Affaires étrangères, Makdissi était connu pour son activisme sur les réseaux sociaux, où il défendait publiquement la ligne du régime. Son retour dans les instances officielles pourrait être interprété comme une volonté de montrer une continuité, voire une légitimité, au sein d’un appareil d’État en pleine recomposition. Pour autant, son parcours – marqué par un exil dans l’opposition – interroge sur la stratégie de réconciliation nationale adoptée par les autorités.
Un parcours marqué par l’exil et la réinsertion
Jihad Makdissi avait disparu de la scène publique en décembre 2012, quelques mois après le déclenchement de la révolte contre Bachar al-Assad. Dans un message publié en exil, il avait justifié son départ en déclarant : « J’aurais aimé pouvoir rester, mais il n’y a plus de place pour la modération dans ce chaos. La polarisation dans le pays avait atteint un stade meurtrier et destructeur. » Son départ avait coïncidé avec l’intensification des violences et la montée en puissance des groupes armés dans le pays.
Après son exil, Makdissi s’était imposé comme une figure de l’opposition modérée. Il avait participé à des rounds de négociations organisés sous l’égide de l’ONU à Genève, tentant de jouer un rôle dans la transition politique. Une fois le régime d’Assad renversé en décembre 2024, il avait effectué plusieurs voyages en Syrie et rencontré des représentants du nouveau pouvoir, comme le rapporte Le Figaro. Sa nomination actuelle pourrait ainsi s’inscrire dans une logique de réintégration progressive des anciens cadres du régime au sein des institutions.
Les États-Unis, acteurs centraux de la reconstruction syrienne
La désignation de Makdissi intervient à un moment où les relations entre la Syrie et Washington pourraient évoluer. Depuis la chute de Bachar al-Assad, les États-Unis se sont positionnés comme des soutiens majeurs du nouveau gouvernement syrien, notamment en apportant une aide humanitaire et diplomatique. Cette proximité entre Damas et Washington ouvre la voie à une possible reprise des échanges politiques, même si le contexte régional reste tendu.
Pour autant, la présence de figures issues de l’ancien régime au sein des institutions syriennes pourrait susciter des tensions, notamment avec les pays arabes ou européens encore méfiants envers l’héritage d’Assad. Le choix de Makdissi comme « conseiller pour les affaires américaines » envoie cependant un signal clair : Damas mise sur une diplomatie pragmatique pour sortir de son isolement. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits à moyen terme.
Cette réintégration pose également la question de la mémoire de la guerre civile. Alors que la Syrie tente de tourner la page du conflit, des figures comme Makdissi, dont le parcours oscille entre fidélité au régime et engagement dans l’opposition, incarnent les ambiguïtés d’une transition encore fragile. Leur présence au sein des institutions pourrait alimenter les débats sur la réconciliation nationale et la place des anciens partisans d’Assad dans le nouveau système.
Enfin, le rôle des États-Unis restera déterminant. Si Washington maintient son soutien au gouvernement syrien actuel, d’autres nominations similaires pourraient suivre, renforçant la crédibilité internationale de Damas. À l’inverse, un durcissement des positions américaines pourrait freiner ce processus, limitant les marges de manœuvre de la diplomatie syrienne.
Son retour au sein du corps diplomatique syrien marque une volonté de montrer une continuité avec l’ancien régime, tout en intégrant une figure ayant appartenu à l’opposition. Cela reflète la stratégie de Damas pour reconstruire son appareil d’État et normaliser ses relations internationales, notamment avec les États-Unis.
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, Washington soutient politiquement et financièrement le nouveau gouvernement syrien. Les États-Unis sont perçus comme un partenaire clé pour la Syrie dans sa quête de réinsertion sur la scène internationale, même si les relations restent sous haute surveillance.