Avec une consommation record de 237 œufs par Français en 2025, selon Franceinfo - Santé, la filière avicole française peine à suivre la demande. Face à cette situation, des éleveurs des Alpes-de-Haute-Provence misent sur une diversification de leurs activités. Ludovic Chaillan, agriculteur sur le plateau de Valensole, emblématique pour ses champs de lavande, a décidé d’investir dans un poulailler de 25 000 poules pondeuses en plein air. Une initiative qui s’inscrit dans un contexte de tensions sur l’approvisionnement en œufs et de recherche de stabilité économique pour les producteurs locaux.

Ce qu'il faut retenir

  • La France a enregistré un record de 237 œufs consommés par habitant en 2025, soit dix de plus qu’en 2024, mais la production nationale n’a pas suivi cette hausse, selon les données du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO).
  • Ludovic Chaillan, agriculteur sur le plateau de Valensole, dans les Alpes-de-Haute-Provence, va installer un poulailler de 25 000 poules pondeuses en plein air sur un terrain de 10 hectares, intégré dans le paysage.
  • Ce projet, soutenu par la loi d’urgence agricole en discussion à l’Assemblée nationale, vise à faciliter la création de nouveaux bâtiments d’élevage et à réduire les contraintes administratives pour les éleveurs.
  • L’investissement de 1,5 million d’euros s’explique par la baisse des revenus issus de la lavande et du fenouil, ainsi que par les aléas climatiques qui affectent les rendements.
  • La Compagnie générale d’agriculture, basée dans les Bouches-du-Rhône, s’engage à racheter les œufs produits pour les commercialiser, garantissant ainsi un revenu stable de 2 500 euros par mois à l’éleveur.

Un projet d’élevage intégré au cœur des paysages provençaux

Sur le plateau de Valensole, connu mondialement pour ses champs de lavande, Ludovic Chaillan va bientôt donner une nouvelle couleur au paysage. Le long de ses parcelles en fleurs, un poulailler de 2 300 m² et 5 mètres de haut doit voir le jour d’ici quelques semaines. L’éleveur insiste sur l’intégration paysagère du bâtiment : « On va faire une haie d’arbres pour que ce soit intégré dans le paysage », a-t-il expliqué à Franceinfo - Santé. Une parcelle boisée de 10 hectares accueillera les 25 000 poules pondeuses, qui bénéficieront d’un accès à l’extérieur dans un parc fermé, un modèle privilégié en France où près de 50 % des poules pondeuses ont accès à un parcours extérieur, contre une infime minorité dans d’autres régions du monde.

La loi d’urgence agricole comme levier pour accélérer les projets

Ce projet, comme d’autres dans le secteur, pourrait bénéficier d’un cadre législatif assoupli. La loi d’urgence agricole, dont le vote à l’Assemblée nationale est prévu ce mardi 2 juin 2026, prévoit notamment de lever certaines contraintes administratives pour la construction de nouveaux bâtiments d’élevage. Actuellement, les procédures pour les structures dépassant 40 000 poules pondeuses sont similaires à celles des industries, avec des études d’impact environnemental et des enquêtes publiques obligatoires, souvent dissuasives pour les éleveurs. « Le permis de construire pourra être déposé dans les prochaines semaines », précise Ludovic Chaillan, qui mise sur ce texte pour concrétiser son investissement.

Pour Stéphane Monmagnon, gérant de la Compagnie générale d’agriculture, ce projet s’inscrit dans une logique de réponse à la demande croissante des consommateurs : « La France est un peu l’exception en Europe avec quasiment 50 % des poules pondeuses qui ont accès à un parcours extérieur ». Une spécificité française que l’interprofession souhaite préserver, alors que dans d’autres régions du monde, comme l’Amérique du Nord ou l’Europe de l’Est, les élevages industriels sans accès extérieur restent la norme.

Un modèle économique pour sécuriser les revenus des agriculteurs

Ludovic Chaillan n’est pas le seul à se lancer dans l’élevage de poules pondeuses. Face à la hausse de la consommation et aux tensions d’approvisionnement, de nombreux agriculteurs voient dans cette filière une opportunité de diversification. Selon les projections du CNPO, la consommation pourrait atteindre 269 œufs par habitant en 2035, un chiffre qui incite à anticiper la demande. « Il y a eu une surproduction à un moment donné donc le prix a beaucoup baissé », explique l’agriculteur, soulignant les aléas climatiques qui pèsent sur les cultures traditionnelles comme la lavande ou le fenouil.

Avec ce projet, Ludovic Chaillan bénéficiera d’un revenu garanti de 2 500 euros par mois, grâce à un contrat avec la Compagnie générale d’agriculture. Stéphane Monmagnon, gérant de l’entreprise, travaille déjà avec 25 élevages en plein air et défend ce modèle : « Quand on importe, on n’importe pas la qualité du produit qu’on a dans nos élevages ». Pour lui, la concentration des élevages en France, bien que critiquée pour son impact environnemental, reste un gage de qualité et de traçabilité.

Des défis persistants pour la filière avicole française

Malgré ces initiatives locales, la filière avicole française fait face à des défis structurels. Le CNPO estime qu’il faudrait 300 nouveaux bâtiments d’élevage d’ici 2030 pour atteindre l’autosuffisance. Une nécessité alors que plus de sept supermarchés sur dix vendent encore des œufs issus de poules élevées en cage, selon l’association Anima. Une situation qui contraste avec les attentes des consommateurs et les normes en vigueur dans d’autres pays européens.

Stéphane Monmagnon s’inquiète de l’impact des importations sur la qualité des produits : « Qui dit une concentration importante, dit recours à des antibiotiques plus fréquents ». Pour lui, la France doit renforcer ses propres capacités de production pour éviter de dépendre des importations, souvent moins contrôlées et moins respectueuses des normes sanitaires et environnementales.

Et maintenant ?

Le vote de la loi d’urgence agricole à l’Assemblée nationale, prévu ce 2 juin 2026, pourrait donner un coup d’accélérateur aux projets d’élevage comme celui de Ludovic Chaillan. Si le texte est adopté, les éleveurs pourront déposer leurs permis de construire plus rapidement, réduisant ainsi les délais de mise en œuvre. Par ailleurs, l’interprofession continue de militer pour une meilleure rémunération des producteurs et une réduction des importations d’œufs, afin de préserver la qualité et la traçabilité des produits français. Reste à voir si ces mesures suffiront à répondre à la demande croissante des consommateurs d’ici 2030.

En attendant, les projets d’élevage en plein air, comme celui de Valensole, pourraient bien devenir un symbole de la transition agricole en France : allier innovation, respect du paysage et recherche de stabilité économique pour les producteurs.

Les cultures traditionnelles comme la lavande ou le fenouil subissent des aléas climatiques et une surproduction qui font chuter les prix. L’élevage de poules pondeuses en plein air offre une diversification plus stable et un revenu garanti, comme l’explique Ludovic Chaillan.

Près de 50 % des poules pondeuses en France ont accès à un parcours extérieur, contre une minorité dans d’autres régions du monde. Ce modèle garantit une meilleure qualité de vie pour les animaux et une traçabilité accrue des produits, selon Stéphane Monmagnon de la Compagnie générale d’agriculture.