Depuis plusieurs mois, les Balkans s’imposent comme un théâtre central des stratégies énergétiques de l’Europe, alors que l’Union européenne cherche à réduire sa dépendance aux importations de gaz russe et à accélérer sa transition verte. Comme le rapporte RFI, cette région autrefois marginalisée dans les débats énergétiques occupe désormais une place prépondérante dans les discussions entre Bruxelles et ses partenaires locaux. Une revue de presse publiée en partenariat avec Le Courrier des Balkans met en lumière les dynamiques à l’œuvre, où infrastructures, alliances géopolitiques et impératifs climatiques se croisent.

Ce qu'il faut retenir

  • Un corridor gazier alternatif : le projet de gazoduc Balkan Stream, soutenu par la Russie et la Serbie, menace de contourner les routes traditionnelles via l’Ukraine.
  • Des investissements massifs dans les énergies renouvelables, notamment en Albanie et au Kosovo, pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles.
  • Un rôle clé pour la Croatie : le port de Krk, déjà opérationnel pour le GNL, pourrait devenir un hub énergétique pour l’Europe centrale.
  • Tensions géopolitiques : les différends entre la Serbie et le Kosovo, ainsi que les pressions de l’UE sur la Bosnie, compliquent la mise en place d’une stratégie régionale cohérente.
  • Un marché énergétique fragmenté : les disparités entre les pays de la région freinent l’intégration des réseaux, malgré les ambitions de Bruxelles.

Un corridor gazier qui divise l’Europe

Le projet Balkan Stream, annoncé en 2025, vise à acheminer le gaz russe vers l’Europe via la Serbie, la Hongrie et l’Autriche, en contournant l’Ukraine. Selon les données relayées par RFI, ce gazoduc de 1 200 km pourrait transporter jusqu’à 15 milliards de m³ de gaz par an, une capacité suffisante pour couvrir une partie des besoins de l’Europe centrale. « Ce projet renforce la dépendance énergétique de l’Europe envers Moscou, alors que Bruxelles mise sur des alternatives durables », a souligné un analyste cité par Le Courrier des Balkans.

Pourtant, ce gazoduc s’inscrit dans une logique de résistance aux sanctions européennes contre la Russie. La Serbie, dirigée par Aleksandar Vučić, a confirmé son engagement dans le projet en mars 2026, malgré les mises en garde de l’UE. « Nous ne pouvons ignorer les réalités économiques », a déclaré Vučić lors d’une conférence de presse, ajoutant que Belgrade maintenait des discussions avec Bruxelles pour trouver un compromis.

Les énergies renouvelables, un levier de souveraineté

Face à la menace du gaz russe, plusieurs pays des Balkans misent sur les énergies vertes pour sécuriser leur approvisionnement. L’Albanie, par exemple, a accéléré le développement de ses barrages hydroélectriques, qui couvrent déjà 95 % de sa consommation électrique. « Nous sommes autosuffisants en électricité, et cela nous protège des chocs des prix », a expliqué le ministre albanais de l’Énergie, Endri Hasa, en janvier 2026. De son côté, le Kosovo a lancé un plan ambitieux pour exploiter son potentiel solaire, avec l’objectif d’atteindre 30 % d’énergies renouvelables d’ici 2030.

Ces initiatives s’inscrivent dans le cadre du Plan REPowerEU, adopté par l’UE pour réduire de 55 % ses émissions de CO₂ d’ici 2030. Cependant, les retards dans les financements européens et les tensions politiques locales freinent leur mise en œuvre. « Sans coordination régionale, ces projets resteront des îles énergétiques », a regretté une source diplomatique sous couvert d’anonymat.

La Croatie, futur hub du GNL en Europe du Sud

Le terminal de GNL de Krk, en Croatie, est déjà opérationnel et pourrait devenir un acteur majeur de l’approvisionnement énergétique européen. Selon les estimations de RFI, sa capacité actuelle de 2,6 milliards de m³ par an pourrait être doublée d’ici 2028, grâce à des investissements privés et des partenariats avec des pays comme les États-Unis. « Krk est stratégique pour l’indépendance énergétique de l’Europe, surtout si les livraisons de gaz russe se réduisent », a indiqué un responsable du port lors d’une conférence à Zagreb en avril 2026.

Cependant, ce projet n’est pas exempt de défis. Les coûts logistiques et les réticences de certains États membres de l’UE à diversifier leurs sources d’approvisionnement compliquent son expansion. « Nous avons besoin d’une vision commune, mais les intérêts nationaux priment souvent », a déploré un expert en énergie basé à Bruxelles.

Et maintenant ?

Les prochains mois s’annoncent cruciaux pour les Balkans. La Commission européenne doit présenter, d’ici l’automne 2026, un plan d’action pour intégrer les réseaux énergétiques de la région au marché unique de l’UE. Une réunion des ministres de l’Énergie des Balkans est prévue pour juin, où la question de la coordination régionale sera probablement au cœur des débats. Par ailleurs, le sort du projet Balkan Stream dépendra des résultats des négociations entre Bruxelles et Belgrade, qui pourraient aboutir à un compromis d’ici la fin de l’année.

Une chose est sûre : les Balkans ne seront plus un acteur secondaire dans le paysage énergétique européen. Entre enjeux géopolitiques et transition écologique, leur rôle pourrait bien redéfinir les équilibres du continent.

Les Balkans se trouvent au cœur de plusieurs dynamiques : d’abord, leur position géographique en fait une zone de transit idéale pour les gazoducs, qu’ils proviennent de Russie, de l’Azerbaïdjan ou du Moyen-Orient. Ensuite, la région dispose d’un potentiel important en énergies renouvelables, notamment hydroélectriques et solaires, qui intéresse l’UE dans le cadre de sa transition verte. Enfin, les tensions politiques et les divisions entre pays des Balkans compliquent la mise en place d’une stratégie énergétique régionale cohérente, ce qui en fait un terrain de jeu pour les grandes puissances comme la Russie ou l’UE.