Une nouvelle tendance technologique émerge sur les réseaux sociaux, portée par une vague de créatrices qui réinventent l’informatique à leur image. Selon Futura Sciences, les cyberdecks, ces ordinateurs assemblés artisanalement, connaissent un regain d’intérêt inédit auprès du public féminin, notamment via la plateforme TikTok.
Ce qu'il faut retenir
- Les cyberdecks sont des ordinateurs portables assemblés manuellement, souvent autour d’un nano-ordinateur comme un Raspberry Pi ou un Arduino.
- Cette tendance, popularisée par des créatrices comme Annike Tan (pseudonyme Ube Boobey), séduit un public majoritairement féminin sur TikTok.
- Les cyberdecks offrent une alternative aux appareils grand public, verrouillés et intégrant de l’intelligence artificielle, en privilégiant la slow-tech et la personnalisation.
- Ces appareils fonctionnent souvent hors ligne et sont dédiés à un usage précis, contrairement aux ordinateurs polyvalents du marché.
- Le terme « cyberdeck » trouve son origine dans le roman Neuromancien de William Gibson, publié en 1984.
Des ordinateurs artisanaux pour reprendre le contrôle de la technologie
Face à l’omniprésence des appareils grand public conçus par des multinationales et verrouillés par des algorithmes d’intelligence artificielle, une nouvelle génération d’utilisateurs se tourne vers les cyberdecks. Selon Futura Sciences, ces machines, assemblées à la main, permettent de contourner les limitations imposées par les fabricants tout en offrant une expérience technologique personnalisée. Annike Tan, une Londonienne de 22 ans qui se fait appeler Ube Boobey sur les réseaux sociaux, est l’une des pionnières de cette tendance.
Son premier projet, présenté sur TikTok, a rapidement viralisé avec plus de quatre millions de vues. Il s’agit d’un cyberdeck à l’esthétique de sirène, orné de dorures, de perles et de coquillages, intégré dans un petit sac à main. « Beaucoup de gens ont réagi en disant : *Oh, je ne savais pas qu’on pouvait fabriquer un ordinateur comme celui-ci* », a-t-elle déclaré. « Je pensais que ça devait forcément être une boîte grise, comme tous les Mac, les Dell ou ce genre de trucs. » Son tutoriel, publié ensuite sur YouTube, a inspiré d’autres créatrices, comme Ling Lu, une New-Yorkaise de 28 ans, qui a conçu un cyberdeck en forme de canard pour enregistrer des journaux audio.
Une esthétique et une philosophie qui bousculent les codes
Les cyberdecks ne se contentent pas d’être fonctionnels : ils deviennent des objets de créativité et d’expression personnelle. Contrairement aux appareils standardisés du marché, ces machines sont souvent dédiées à un usage précis et moins puissantes qu’un smartphone. Leur principal attrait réside dans leur liberté : pas de trace d’intelligence artificielle intégrée, pas de services cloud imposés, pas de verrouillage constructeur. « Nous sommes tellement déconnectés du processus de fabrication, de l’origine et du fonctionnement interne de tout ce que nous utilisons au quotidien », a souligné Annike Tan. « Les cyberdecks sont un excellent point d’entrée pour acquérir une meilleure culture technologique. »
Cette approche s’inscrit dans un mouvement plus large, souvent qualifié de slow-tech, qui prône une utilisation plus réfléchie et maîtrisée de la technologie. Les utilisateurs y voient une manière de reprendre le contrôle sur leurs outils numériques, tout en apprenant à les assembler, les configurer et les entretenir eux-mêmes. Les composants utilisés, comme le Raspberry Pi Zero, sont accessibles financièrement – quelques euros seulement – et robustes, comme en témoigne leur utilisation dans des projets industriels, notamment en cybersécurité spatiale.
Un phénomène qui dépasse les cercles traditionnels de bidouilleurs
Historiquement, les cyberdecks étaient l’apanage des passionnés de technologie, souvent des hommes, dans les milieux du hacking ou du cyberpunk. Le terme lui-même puise ses racines dans le roman Neuromancien de William Gibson, où il désigne un appareil portable permettant de pirater des corporations. Pourtant, comme le relève Futura Sciences, cette tendance a évolué pour toucher un public bien plus large et diversifié. Les réseaux sociaux, et TikTok en particulier, ont joué un rôle clé dans cette démocratisation.
Les vidéos de créatrices présentant leurs cyberdecks, souvent agrémentées de musique et d’effets visuels fantaisistes, rencontrent un succès croissant. Par exemple, Ling Lu a conçu un appareil en forme de canard, tandis que d’autres utilisateurs partagent des créations minimalistes ou futuristes. « Cette tendance montre que la technologie peut être à la fois accessible, personnelle et artistique », a analysé Edward Back, auteur de l’article pour Futura Sciences. « Elle répond à un besoin de réappropriation de l’outil numérique, loin des standards imposés par les géants du secteur. »
Une alternative aux géants de la tech
Les cyberdecks s’opposent frontalement aux appareils grand public, souvent critiqués pour leur manque de transparence et leur intégration croissante d’intelligence artificielle. Des outils comme Gemini, Apple Intelligence ou Copilot sont absents de ces machines artisanales, qui fonctionnent entièrement hors ligne. Pour leurs utilisateurs, il s’agit moins de performances que de liberté : « On veut comprendre comment ça marche, pas juste consommer », résume Annike Tan.
Cette philosophie rejoint d’autres mouvements technocritiques, comme celui de la low-tech ou de la repairability (réparabilité), qui militent pour des appareils durables et modulables. Les cyberdecks, avec leurs composants interchangeables et leur esthétique unique, incarnent cette vision. Ils permettent aussi d’apprendre les bases de l’informatique, du câblage à l’installation d’un système d’exploitation, ce qui en fait un outil pédagogique autant que ludique.
Reste à voir si cette tendance saura se structurer au-delà des réseaux sociaux. Pour l’instant, elle reste portée par des individus passionnés, partageant leurs créations en ligne et inspirant d’autres à se lancer. Comme le souligne Futura Sciences, « les cyberdecks ne sont pas près de remplacer les MacBook ou les Dell, mais ils prouvent qu’il existe une autre voie pour ceux qui veulent une technologie à leur mesure. »
Comment se lancer dans l’aventure des cyberdecks ?
Pour ceux qui souhaitent découvrir cette pratique, plusieurs ressources sont disponibles. Des plateformes comme TikTok, YouTube ou Reddit regorgent de tutoriels et de communautés actives. Les kits de départ, souvent basés sur un Raspberry Pi ou un Arduino, sont accessibles à moins de 100 euros, et les composants nécessaires peuvent se trouver en ligne ou dans des magasins spécialisés. Annike Tan et Ling Lu proposent notamment des guides détaillés pour construire son premier cyberdeck, adaptés aux débutants comme aux utilisateurs plus expérimentés.
L’assemblage d’un cyberdeck demande un peu de patience et de curiosité, mais c’est justement ce qui plaît à ses adeptes : « On ne se contente pas d’acheter un produit, on le crée », explique Ling Lu. « Et ça change tout. » Une approche qui pourrait bien inspirer d’autres domaines de la tech dans les années à venir.
Le budget varie selon les composants choisis, mais un cyberdeck basique coûte entre 50 et 150 euros. Les éléments clés sont un nano-ordinateur comme un Raspberry Pi (à partir de 10 euros), un écran, un clavier et une batterie. Les versions plus élaborées, avec des matériaux premium ou des designs personnalisés, peuvent dépasser les 300 euros.
Non, un cyberdeck peut fonctionner avec des systèmes d’exploitation prêts à l’emploi comme Raspberry Pi OS ou Armbian, qui ne nécessitent pas de connaissances avancées en codage. Cependant, la construction de l’appareil et l’installation de logiciels spécifiques permettent d’acquérir des compétences techniques, ce qui peut être un atout pour les débutants.