Les États-Unis restent la première puissance économique mondiale, malgré la montée en puissance de la Chine. C’est ce qui ressort de l’émission Les Experts, diffusée ce samedi 4 juillet 2026 sur BFM Business, depuis les Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence. L’émission, animée par Raphaël Legendre, a réuni quatre économistes et experts pour analyser les forces et les faiblesses du modèle américain, alors que les débats sur la fiscalité des grandes fortunes et la souveraineté économique s’intensifient.

Ce qu'il faut retenir

  • Les États-Unis conservent une domination économique mondiale, malgré la concurrence accrue de la Chine.
  • L’émission Les Experts sur BFM Business a abordé les défis structurels du modèle américain, notamment la question de la fiscalité des grandes fortunes.
  • Les discussions ont porté sur la souveraineté économique et les risques budgétaires pour la période 2026-2027.
  • L’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi et l’économie a également été un thème central.
  • Quatre experts, dont Alexandra Roulet (INSEAD) et Xavier Jaravel (Conseil d’Analyse Économique), ont participé aux échanges.

Une puissance économique mondiale face à des défis structurels

L’économie américaine, malgré son statut de première puissance mondiale, n’est pas à l’abri des fragilités. C’est le constat dressé par Alexandra Roulet, économiste et professeure à l’INSEAD, lors de son intervention dans Les Experts sur BFM Business. Selon elle, « la domination américaine reste indéniable, mais elle est aujourd’hui questionnée par des dynamiques internes et externes ». Parmi ces défis, la montée en puissance de la Chine, qui grignote des parts de marché dans plusieurs secteurs stratégiques, mais aussi les tensions budgétaires aux États-Unis, où la question de la dette publique et des dépenses sociales devient de plus en plus pressante.

Xavier Jaravel, président délégué du Conseil d’Analyse Économique, a souligné que « le modèle américain repose sur une innovation constante et une capacité d’adaptation remarquable ». Cependant, il a ajouté que « les inégalités économiques et l’accès inégal aux opportunités restent des freins majeurs à une croissance inclusive ». Pour Jaravel, ces disparités pourraient, à terme, menacer la cohésion sociale et, par ricochet, la stabilité économique du pays.

Fiscalité des grandes fortunes : un débat qui s’installe dans l’agenda politique

Un autre volet de l’émission a été consacré à la question de la fiscalité des grandes fortunes. Ce thème, qui a émergé lors des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, s’inscrit dans un contexte où plusieurs pays, dont les États-Unis, réfléchissent à des mécanismes de taxation accrue des patrimoines les plus élevés. Éric Lombard, ancien ministre de l’Économie et aujourd’hui directeur général de la Caisse des Dépôts, a rappelé que « les grandes fortunes détiennent une part croissante de la richesse nationale ». Il a ajouté : « Taxer davantage ces patrimoines pourrait permettre de financer des investissements publics prioritaires, comme la transition écologique ou l’éducation ».

Ludovic Desautez, directeur délégué de la rédaction de La Tribune, a cependant mis en garde contre les risques d’un tel dispositif. « Une taxation trop brutale pourrait inciter à l’exil fiscal ou à la délocalisation des capitaux », a-t-il estimé. Il a également souligné que « la mobilisation des grandes fortunes ne doit pas se limiter à une approche purement fiscale, mais intégrer des incitations à investir dans l’économie réelle ». Ces échanges ont mis en lumière les tensions entre justice sociale et attractivité économique.

Souveraineté économique et enjeux technologiques : les défis de 2026-2027

Les discussions ont aussi porté sur la souveraineté économique, un thème récurrent lors des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence. L’accent a été mis sur la nécessité de réduire les dépendances stratégiques, notamment dans les secteurs technologiques. « La crise des semi-conducteurs en 2020-2021 a montré à quel point les économies occidentales sont vulnérables face aux ruptures d’approvisionnement », a rappelé Xavier Jaravel. Pour lui, « la relocalisation partielle de certaines industries, couplée à des investissements massifs dans l’innovation, est indispensable ».

L’impact de l’intelligence artificielle (IA) sur l’emploi a également été analysé. Benoît Derigny, directeur général de Manpower, a indiqué que « l’IA devrait transformer près de 40 % des métiers d’ici 2030 ». Il a ajouté que « les politiques publiques devront accompagner cette transition pour éviter une fracture sociale ». Les experts ont convenu que la formation continue et l’adaptation des compétences seront des leviers clés pour limiter les effets négatifs de cette révolution technologique.

Un modèle économique à l’épreuve des tensions budgétaires

La question des dépenses publiques et de leur financement a occupé une place centrale dans les débats. Éric Lombard a rappelé que « le déficit budgétaire américain reste élevé, avec un ratio dette/PIB proche de 120 % ». Il a estimé que « la maîtrise des dépenses et une réforme fiscale pourraient être nécessaires pour éviter une crise de confiance des marchés ». Alexandra Roulet a, quant à elle, pointé du doigt « les déséquilibres structurels du système de santé américain, qui pèsent lourdement sur les finances publiques ».

Les experts ont également évoqué le risque d’une « bataille budgétaire » entre démocrates et républicains, alors que le Congrès américain doit voter le budget 2027 d’ici la fin de l’année. « Les prochains mois seront déterminants pour savoir si les États-Unis parviendront à concilier relance économique et rigueur budgétaire », a conclu Ludovic Desautez.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient influencer l’évolution du modèle économique américain dans les mois à venir. D’abord, le vote du budget fédéral pour 2027, prévu avant la fin de l’année 2026, pourrait révéler les tensions politiques entre les deux grands partis. Ensuite, les décisions prises par la Réserve fédérale américaine sur les taux d’intérêt, attendues pour le dernier trimestre 2026, joueront un rôle clé dans la dynamique de croissance. Enfin, l’adoption ou non de nouvelles mesures fiscales ciblant les grandes fortunes pourrait redéfinir les contours de la fiscalité américaine, avec des répercussions sur l’attractivité du pays.

Pour les observateurs, une question centrale reste en suspens : les États-Unis parviendront-ils à préserver leur leadership économique tout en résolvant leurs fragilités structurelles ? Les prochains mois devraient apporter des éléments de réponse, alors que les débats sur la fiscalité, la souveraineté et l’innovation continuent de s’intensifier.

La question est sensible car elle touche à la fois à des enjeux de justice sociale et à des considérations économiques. D’un côté, taxer davantage les patrimoines élevés pourrait permettre de financer des dépenses publiques prioritaires, comme la transition écologique ou les infrastructures. De l’autre, une taxation trop élevée risquerait de pousser les contribuables fortunés à quitter le pays ou à déplacer leurs capitaux, ce qui pourrait fragiliser l’économie. Selon Éric Lombard, « une approche trop brutale pourrait avoir des effets contre-productifs ».