Le second long-métrage des Espagnols Javier Calvo et Javier Ambrossi, « La bola negra », a été présenté en compétition officielle le 21 mai 2026 au Festival de Cannes, selon Franceinfo - Culture. Ce film ambitieux, porté par des actrices et acteurs de renom comme Penélope Cruz et Glenn Close, mêle spectacle et profondeur en explorant la guerre d’Espagne et la condition homosexuelle à travers trois époques, inspirées du roman inachevé de Federico García Lorca.
Ce qu'il faut retenir
- « La bola negra » est le second long-métrage des réalisateurs Javier Calvo et Javier Ambrossi, présentés pour la première fois en compétition officielle à Cannes.
- Le film s’appuie sur le roman inachevé de Federico García Lorca, poète espagnol assassiné en 1936, et aborde la guerre d’Espagne et la condition homosexuelle à travers trois époques.
- Le casting inclut Penélope Cruz et Glenn Close, et le tournage s’est déroulé sur douze semaines dans des décors naturels répartis à travers toute l’Espagne.
- Les réalisateurs ont cherché à créer un « film d’auteur en grand », mêlant genres cinématographiques et hommage à la poésie de García Lorca.
- L’œuvre interroge les héritages familiaux, les secrets et les violences engendrées par l’absence de communication, tout en revendiquant la polysémie de la poésie.
Un projet né d’une émotion partagée
Tout commence lors d’un séjour à Ibiza, où Javier Calvo tombe par hasard sur « La Piedra Oscura », une pièce de théâtre d’Alberto Conejero. « J’ai commencé à lire le livre dans l’avion, et avant même le décollage, j’ai ressenti une profonde émotion », explique-t-il à Franceinfo - Culture. Il en parle à son collaborateur de longue date, Javier Ambrossi, qui valide immédiatement l’idée de transposer cette histoire à l’écran. « De là, tout s’est enchaîné : des recherches, des investigations, et surtout, la volonté d’intégrer trois époques pour illustrer les différentes façons dont l’homosexualité a été vécue en Espagne, avec une période contemporaine en contrepoint », précise-t-il.
Un film universel, loin des clichés communautaires
Pour les deux réalisateurs, surnommés « Los Javi », l’enjeu était de ne pas limiter « La bola negra » à un public LGBTQ+, mais de faire une œuvre accessible à tous. « Nous ne voulions pas d’un film à message, mais d’une histoire qui parle à l’humanité dans son ensemble », souligne Javier Ambrossi. Le film, tourné pendant douze semaines dans des décors naturels variés — du nord au sud de l’Espagne — se veut un hommage au pays, tout en jouant sur les registres du film de guerre, du drame intimiste et même de la comédie musicale. « L’idée était de réaliser un film d’auteur à grande échelle, dans la veine des œuvres qui nous ont fait aimer le cinéma », ajoute-t-il.
Quant à la dimension politique et historique, Javier Calvo insiste : « Le film parle d’un héritage, de ces choses que nous portons en nous, comme une « boule noire » intérieure. Il évoque les guerres familiales, les secrets étouffés et la violence née du silence. Ce n’est pas seulement une question de liberté conquise, mais aussi de douleur persistante, de honte intériorisée, qui traverse les générations. »
La poésie comme fil rouge
La dimension poétique occupe une place centrale dans « La bola negra ». Les réalisateurs rendent ainsi hommage à Federico García Lorca, considéré comme l’un des plus grands poètes espagnols. « Dans un monde où les contenus doivent être immédiatement compréhensibles, la poésie offre mille interprétations possibles, mille façons de voir le monde », explique Javier Ambrossi. Pour lui, cette polysémie est une richesse, une résistance face à l’uniformisation des récits.
Javier Calvo abonde dans ce sens : « Il fallait trouver un équilibre entre réalisme et beauté des images et du langage. Le film devait paraître vraisemblable, tout en célébrant la puissance de la langue et de l’esthétique. » Les deux hommes rappellent que leur œuvre s’inscrit dans une tradition cinématographique où la forme sert le fond, sans jamais sacrifier l’un au profit de l’autre.
Un parcours cannois sous le signe de l’émotion
Présenté en compétition officielle à Cannes, « La bola negra » incarne une nouvelle étape pour ses réalisateurs, habitués à des projets théâtraux et télévisuels. Javier Calvo confie : « C’est un film qui vient du cœur. Peu importe le résultat, nous sommes déjà heureux de pouvoir le partager avec le public. » Quant à Javier Ambrossi, il souligne l’importance de cette sélection : « Cannes, c’est le lieu où le cinéma se confronte à lui-même, où les rêves et les ambitions artistiques prennent forme. Nous sommes conscients de l’honneur qui nous est fait. »
Le film, qui s’inscrit dans la lignée des œuvres engagées tout en restant accessible, pourrait séduire le jury présidé par cette année par une personnalité majeure du cinéma international. La présence de Penélope Cruz et Glenn Close dans le casting ajoute une visibilité supplémentaire à ce projet ambitieux.
Avec « La bola negra », Javier Calvo et Javier Ambrossi prouvent qu’il est possible de concilier ambition artistique et accessibilité, en s’appuyant sur des thèmes universels pour aborder des enjeux personnels et historiques. Leur film, à la fois intime et épique, interroge notre rapport à l’héritage, au silence et à la liberté — des questions qui résonnent bien au-delà des frontières de l’Espagne.
Le titre fait référence à la « boule noire » intérieure que portent les personnages, symbolisant une douleur, une honte ou un secret intériorisé, hérité des générations passées. Cette métaphore traverse le film, liant les époques et les destins des trois protagonistes.