Un projet phare de construction d’une usine géante de panneaux solaires en France, souvent présenté comme « l’Airbus du solaire », vient de s’effondrer après sa mise en liquidation judiciaire. Carbon, l’entreprise porteuse de ce dossier, a annoncé le 19 mai 2026 l’abandon définitif du projet, à peine quelques jours après son placement sous administration judiciaire le 13 mai. Selon Reporterre, cette décision met en lumière les difficultés persistantes de l’industrie solaire française à s’imposer face à une concurrence internationale féroce et à des politiques publiques jugées défavorables.
Ce qu'il faut retenir
- Le projet d’usine Carbon, annoncé en 2022 et présenté comme un symbole de la souveraineté industrielle française dans le solaire, est abandonné après sa liquidation judiciaire le 13 mai 2026.
- L’entreprise a annoncé son échec le 19 mai 2026, faute de marché européen suffisant et en raison de politiques publiques jugées contre-productives.
- Antoine Saint-Martin, président de Carbon, pointe du doigt l’absence de soutien suffisant pour concurrencer les acteurs asiatiques ou américains.
- Ce revers interroge sur la capacité de la France à développer une filière industrielle compétitive dans les énergies renouvelables.
Un projet ambitieux né en 2022, enterré quatre ans plus tard
Présenté comme un fleuron de l’industrie verte française, le projet de Carbon devait permettre la construction d’une méga-usine dédiée à la fabrication de panneaux solaires. Annoncé en grande pompe en 2022, il promettait de créer plusieurs milliers d’emplois et de positionner la France comme un acteur clé du solaire en Europe. Pourtant, malgré les annonces initiales, les difficultés se sont accumulées. La liquidation judiciaire, prononcée le 13 mai 2026, a sonné le glas de cette ambition, comme l’a confirmé Antoine Saint-Martin dans un communiqué publié six jours plus tard.
Selon le dirigeant, l’échec s’explique principalement par deux facteurs : d’une part, l’absence d’un marché européen suffisamment porteur pour absorber la production, et d’autre part, des politiques publiques jugées inadaptées. « Le marché européen du solaire reste dominé par des acteurs asiatiques, bien plus compétitifs que nous », a-t-il expliqué. Les coûts de production, les subventions insuffisantes et les délais administratifs auraient également pesé sur la viabilité du projet.
Une filière solaire française en mal de compétitivité
Ce coup d’arrêt illustre les défis auxquels fait face la filière solaire française. Alors que l’Union européenne affiche des objectifs ambitieux en matière d’énergies renouvelables, la production locale peine à décoller. Les industriels du secteur dénoncent depuis des années un manque de soutien structurel, comparé à ce qui est accordé aux concurrents américains ou chinois. Les coûts de l’énergie, les normes environnementales strictes et la concurrence asiatique rendent toute tentative de relocalisation industrielle particulièrement ardue.
En 2025, la France importait encore plus de 80 % de ses panneaux solaires, principalement de Chine. Malgré des aides publiques ponctuelles, les investisseurs peinent à trouver un modèle économique viable. « Sans un marché protégé ou des subventions massives, il est illusoire de croire que nous pouvons rivaliser », a souligné Antoine Saint-Martin. Ce constat rejoint les analyses d’experts qui pointent du doigt le retard accumulé par l’Europe dans la chaîne de valeur des énergies vertes.
Quelles conséquences pour la transition énergétique française ?
L’abandon du projet Carbon soulève des questions sur la stratégie industrielle française en matière de transition énergétique. Si les objectifs de neutralité carbone d’ici 2050 restent affichés, les moyens pour y parvenir restent flous. La dépendance aux importations de panneaux solaires expose le pays à des risques géopolitiques et économiques, notamment en cas de tensions commerciales avec les principaux fournisseurs.
Pourtant, certains acteurs locaux résistent. Plusieurs PME françaises, soutenues par des fonds régionaux, tentent de percer dans des niches comme les panneaux bifaciaux ou les systèmes intégrés aux bâtiments. Mais leur développement reste limité par le manque de débouchés industriels à grande échelle. « On a les idées, on a les talents, mais on manque de cadre pour les concrétiser », a déploré un responsable d’une entreprise spécialisée, sous couvert d’anonymat.
En attendant, la France continue de miser sur d’autres leviers pour atteindre ses objectifs climatiques, comme le développement de l’éolien offshore ou de l’hydrogène vert. Mais pour les défenseurs de l’industrie solaire locale, l’heure est à l’urgence : soit l’État agit rapidement, soit la France restera tributaire des chaînes de production étrangères pour décarboner son mix énergétique.
Selon Reporterre, le coût de production en France est environ 30 % plus élevé qu’en Chine, en raison notamment du prix de l’énergie et des charges sociales. Les industriels soulignent aussi un manque de soutien public comparé à ce qui est accordé aux concurrents asiatiques ou américains, où les subventions sont massives.
La Chine domine largement le marché, avec plus de 80 % de la production mondiale. Les États-Unis et l’Inde développent aussi leurs capacités, soutenus par des politiques protectionnistes comme l’Inflation Reduction Act américain. L’Europe, elle, ne représente que 3 % de la production mondiale.