Selon Euronews FR, l’église du monastère catholique de Banz, située près de Bad Staffelstein en Bavière, attire chaque année des milliers de visiteurs grâce à ses mystérieux « saints des catacombes ». Ces quatre squelettes entiers, drapés de soie, parés de bijoux en or, en argent, de dentelle et de pierres précieuses, reposent dans des vitrines en verre sous la forme de cercueils.
Ce qu'il faut retenir
- Quatre squelettes identifiés sous les noms de Vincenzius, Valerius, Benedictus et Felix Benedictus sont exposés dans l’église de Banz.
- Ces reliques, transférées de Rome à Bad Staffelstein entre la fin du XVIIe et le XVIIIe siècle, seraient celles de martyrs chrétiens des premiers siècles.
- Leur présentation riche en ornements répondait à une volonté de consolation spirituelle après la guerre de Trente Ans, qui décima les trois quarts de la population allemande.
- Ces « saints corps » sont également visibles dans de nombreuses églises baroques d’Autriche, Suisse, Tchéquie et Italie.
- Ils ne sont généralement dévoilés qu’à des dates précises, comme la Toussaint, pour préserver leur caractère exceptionnel.
Des reliques issues des catacombes de Rome
Les dépouilles exposées à Banz proviennent des catacombes de Rome, où elles furent découvertes au XVIe siècle. Selon la légende médiévale, il s’agirait des restes de martyrs chrétiens des débuts de l’Église. « À l’époque, l’Église les a tout simplement tous déclarés saints », explique le prêtre Walter Ries, soulignant que cette pratique visait à rehausser le prestige des églises et monastères qui en disposaient.
Le transfert de ces reliques vers l’Allemagne s’inscrivait dans une stratégie plus large : attirer des fidèles et faire des lieux de culte des destinations de pèlerinage. « Dans de nombreux pays, y compris en Allemagne, on voulait disposer de telles reliques, de tels restes sacrés, tout simplement parce que cela rehaussait le prestige de sa propre église ou de son monastère », précise Ries.
Un héritage baroque né d’un contexte historique tragique
Les années suivant la guerre de Trente Ans (1618-1648) furent marquées par une désolation sans précédent en Europe centrale. « Les trois quarts de la population allemande ont tout simplement péri. Les guerres, les épidémies… tout cela a été effroyable ici aussi », rappelle le prêtre. Dans ce contexte, l’art baroque a émergé comme une réponse esthétique et spirituelle. « On a essayé d’ouvrir la porte du ciel. C’est pourquoi tout a été conçu de façon si belle. C’était une manière de fuir un présent souvent si terrible », explique Ries.
C’est ainsi que ces squelettes, initialement anonymes, furent habillés de soie, parés de bijoux et exposés comme des figures de saints, afin d’inspirer espoir et foi auprès des fidèles. Leur présentation, à la fois somptueuse et macabre, devait marquer les esprits et rappeler la transcendance face à la mort.
Une fascination qui traverse les siècles
La gardienne de l’église de Banz, Anita Gottschlich, observe depuis des années la réaction des visiteurs face à ces reliques. « En réalité, c’est un peu effrayant », confie-t-elle en regardant l’un des squelettes dont les orbites vides semblent fixer l’assistance. Pourtant, cette macabre exposition exerce une fascination durable. « Je remarque que lorsque des personnes âgées viennent ici et qu’elles étaient déjà venues enfants, elles cherchent toujours les Saints Corps, parce qu’elles s’en souviennent encore », ajoute-t-elle.
Si certains visiteurs peuvent être déstabilisés par ces dépouilles ornées, elles restent un élément central de l’identité religieuse et culturelle de nombreuses églises baroques. Présentées dans des vitrines en forme de cercueil, elles attirent autant par leur aspect esthétique que par leur charge symbolique. Leur visibilité s’étend bien au-delà des frontières allemandes, puisque des reliques similaires sont également visibles en Autriche, en Suisse, en Tchéquie et en Italie.
Une exposition sélective pour préserver leur caractère sacré
Pour maintenir leur aura mystérieuse, les saints des catacombes ne sont dévoilés au public qu’à certaines occasions. La plupart du temps, des panneaux en bois représentant chaque squelette masquent les vitrines. Seules des dates précises, comme la Toussaint ou d’autres fêtes religieuses, permettent de les contempler dans leur intégralité. Cette pratique renforce leur caractère exceptionnel et évite une exposition permanente qui pourrait banaliser leur symbolique.
« C’était une époque terrible. Avec le baroque, on a essayé d’ouvrir la porte du ciel. C’est pourquoi tout a été conçu de façon si belle. C’était simplement une manière de fuir un présent souvent si terrible. Et c’est pour cela que ces squelettes inquiétants ont été richement drapés et représentés de la façon la plus vivante possible. »
— Walter Ries, prêtre et témoin de la tradition
Ces reliques, à la fois objets de dévotion et de curiosité, incarnent un héritage religieux et artistique dont la portée dépasse largement les frontières allemandes. Leur histoire, liée à la fois à la foi, à l’art et à l’histoire, en fait des témoins silencieux d’une époque révolue, mais dont l’écho résonne encore aujourd’hui.
Selon la tradition catholique, ces dépouilles proviennent des catacombes de Rome et ont été identifiées, au XVIe siècle, comme celles de martyrs chrétiens des premiers siècles. L’Église les a alors déclarés saints par décret, une pratique courante à l’époque pour valoriser les reliques et renforcer la foi des fidèles.