Selon Le Monde, une communauté religieuse méconnue, les Samaritains, tente de préserver son mode de vie ancestral en Cisjordanie, à l’écart des violences qui déchirent la région depuis des décennies. Enracinée depuis plus de deux mille ans dans les collines au nord de Naplouse, cette microsociété, forte d’à peine 800 membres, incarne une forme de neutralité dans un conflit où les tensions atteignent aujourd’hui un paroxysme inédit.

Ce qu’il faut retenir

  • Une communauté samaritaine d’environ 800 personnes persiste en Cisjordanie, près de Naplouse, depuis l’Antiquité.
  • Les Samaritains, issus d’une branche du judaïsme ancien, revendiquent une identité distincte et une neutralité dans le conflit israélo-palestinien.
  • Ils vivent dans deux villages, Kiryat Luza et Har Bracha, situés sur les hauteurs dominant la vallée du Jourdain.
  • Leur survie dépend en partie de l’aide financière israélienne et de leur statut de « gardiens » des sites religieux samaritains.
  • Malgré les tensions, la communauté maintient des liens avec les autorités israéliennes et palestiniennes.

Une présence ininterrompue depuis l’Antiquité

Les Samaritains se présentent comme les héritiers directs des anciens Israélites, remontant à l’époque du Premier Temple de Jérusalem, détruit en 586 av. J.-C. Leur histoire, à la fois religieuse et politique, s’entremêle avec celle de la région. « Nous sommes les derniers à parler une forme d’hébreu biblique », explique Benyamim Tsedaka, un érudit samaritain cité par Le Monde. Leur langue, proche de celle utilisée dans les textes sacrés juifs, sert encore aujourd’hui pour les prières et les écrits religieux. Autant dire que leur patrimoine culturel est à la fois un trésor et un fardeau : il les distingue, mais les expose aussi aux regards extérieurs.

Un équilibre précaire entre deux mondes

Situés à quelques kilomètres de Naplouse, l’un des foyers de la résistance palestinienne, et à proximité des colonies israéliennes, les Samaritains ont choisi une voie médiane. Leur neutralité n’est pas toujours comprise. « Nous ne sommes ni pour ni contre les Israéliens, ni pour ni contre les Palestiniens », précise Tsedaka. Pourtant, leur existence même dépend en partie de l’État hébreu. Les Samaritains bénéficient de la protection des autorités israéliennes, qui financent en partie leur subsistance et garantissent leur sécurité. En échange, la communauté assure la garde des lieux saints samaritains, comme le mont Garizim, considéré comme leur Jérusalem spirituelle.

Côté palestinien, les relations sont plus tendues. Les Samaritains, bien que résidant en Cisjordanie, sont perçus comme une relique d’un passé que certains nationalistes palestiniens souhaiteraient effacer. Pourtant, la plupart d’entre eux détiennent des cartes d’identité palestiniennes, leur permettant de circuler, avec restrictions, dans les territoires occupés. « Nous ne sommes pas des traîtres, mais nous ne sommes pas des héros non plus », confie un membre de la communauté sous couvert d’anonymat. Leur survie tient souvent à un fil, entre les barrages militaires, les restrictions de mouvement et les violences sporadiques.

Une économie de survie et des défis démographiques

Avec moins de 800 âmes, la communauté samaritaine est en déclin démographique constant. Le taux de natalité reste faible, et les jeunes générations quittent souvent la région pour Israël ou l’étranger, attirés par des perspectives professionnelles plus larges. « Nous risquons de disparaître d’ici une génération », s’alarme Tsedaka. Pour contrer ce phénomène, la communauté mise sur le tourisme religieux, organisant des visites guidées de leurs sites historiques et proposant des repas traditionnels. Ces activités génèrent des revenus, mais restent insuffisantes pour assurer une stabilité financière à long terme.

Leur statut juridique est également un casse-tête. Ni tout à fait Israéliens, ni tout à fait Palestiniens, les Samaritains naviguent dans un vide administratif. Les autorités israéliennes les considèrent comme des résidents permanents, tandis que l’Autorité palestinienne les inclut dans les recensements locaux. Cette ambiguïté complique l’accès aux services publics, comme la santé ou l’éducation. « Nous devons payer deux fois pour tout : les factures israéliennes et les taxes palestiniennes », explique un habitant de Kiryat Luza.

Et maintenant ?

La communauté samaritaine pourrait voir son sort se jouer dans les mois à venir, à l’aune des négociations en cours entre Israël et l’Autorité palestinienne. Une possible annexion israélienne de la Cisjordanie, ou au contraire une avancée vers un État palestinien, modifierait radicalement leur quotidien. Pour l’instant, les Samaritains misent sur la discrétion et la préservation de leur héritage. Leur capacité à tenir ce cap dépendra aussi de la stabilité régionale — un paramètre plus qu’incertain en 2026.

Reste à savoir si cette microsociété, l’une des plus anciennes de la région, parviendra à préserver son indépendance face à l’embrasement général. Leur existence même interroge : dans un conflit où chaque communauté est sommée de choisir un camp, les Samaritains rappellent qu’une autre voie est possible — à condition de survivre.

Oui, les Samaritains sont officiellement reconnus par Israël comme une communauté religieuse distincte, au même titre que les Juifs, les Musulmans ou les Chrétiens. Cette reconnaissance leur permet de bénéficier de certains droits, comme l’exemption du service militaire obligatoire, tout en conservant leur statut de résidents permanents en Israël.