Depuis la fin du mois de mars 2026, une nouvelle tendance en ligne, baptisée « Scientology speedrunning », s’est répandue sur les réseaux sociaux comme TikTok ou Dare Market. L’objectif ? S’introduire, souvent en un temps record, dans les locaux de l’Église de scientologie, organisation classée comme secte en France et surveillée pour ses méthodes controversées.
Selon Courrier International, ce phénomène, qui a débuté avec la diffusion d’une vidéo d’un internaute ayant pénétré en quelques secondes dans un bâtiment de Los Angeles, a rapidement pris de l’ampleur. Plusieurs millions de vues ont été enregistrées avant que la plateforme TikTok ne retire le contenu pour violation de ses règles communautaires. D’autres utilisateurs ont ensuite reproduit l’expérience, transformant ces incursions en un défi viral.
Ce qu’il faut retenir
- Une tendance née fin mars 2026 aux États-Unis, avant de s’étendre à l’international, avec des incursions signalées à New York, Vancouver, Amsterdam et Paris.
- Une organisation sous surveillance : l’Église de scientologie est classée comme secte en France par la Miviludes et figure parmi les groupes religieux les plus ciblés aux États-Unis pour des crimes de haine.
- Un défi viral controversé : des internautes s’affrontent pour parcourir les locaux de la secte le plus rapidement possible, parfois en s’exposant à des poursuites judiciaires.
- Des réactions immédiates des autorités et de l’Église, qui ont déjà engagé des poursuites contre des participants, tandis que les plateformes tentent de limiter la propagation du phénomène.
- Un débat sur l’efficacité : certains anciens membres estiment que ces incursions nuisent à l’image de l’organisation, tandis que d’autres y voient une forme de résistance légitime.
- Un contexte tendu : en 2024, l’Église de scientologie a été la troisième cible la plus fréquente de crimes de haine aux États-Unis, derrière les musulmans et les juifs.
Un phénomène viral né sur les réseaux sociaux
Tout a commencé fin mars 2026 avec la publication, sur TikTok, d’une vidéo montrant un internaute s’introduisant en quelques secondes dans un bâtiment de l’Église de scientologie à Los Angeles. Le contenu, vu plusieurs millions de fois, a été supprimé pour non-respect des règles de la plateforme, mais il avait déjà inspiré des centaines d’autres utilisateurs à reproduire l’expérience.
Rapidement, le mouvement a pris le nom de « Scientology speedrunning », en référence aux jeux vidéo où les joueurs cherchent à terminer une partie le plus vite possible. Les incursions, filmées et diffusées en direct, se multiplient alors dans les grandes villes américaines, mais aussi en Europe, où des vidéos ont été tournées à Amsterdam ou à Paris.
Pour les participants, il s’agit d’un défi purement ludique, voire d’une forme de militantisme. « À première vue, ça ne rime pas à grand-chose », concède la CBC, la chaîne publique canadienne, qui a relayé l’information. Pourtant, derrière cette apparente légèreté se cache une réalité plus complexe : celle d’une organisation controversée, régulièrement pointée du doigt pour ses pratiques sectaires.
Des réactions immédiates des autorités et de l’Église
Face à l’ampleur du phénomène, les autorités et l’Église de scientologie ont réagi avec fermeté. Selon le Los Angeles Times, avocats, forces de l’ordre et plateformes de réseaux sociaux tentent de freiner cette tendance. Au moins une personne a déjà été poursuivie par l’Église pour un épisode chaotique survenu à Los Angeles, comme en témoignent des documents judiciaires consultés par le quotidien californien.
L’organisation a également accusé l’application Dare Market d’avoir incité au « speedrunning » dans l’un de ses centres à Hollywood. Cette plateforme, qui permet aux utilisateurs de se lancer des défis entre eux pour gagner de l’argent, a publié la veille d’une intrusion un défi offrant 1 000 dollars au vainqueur. « Dare Market déconseille à ses utilisateurs d’enfreindre la loi », a précisé Isla Rose Perfito, sa fondatrice, dans un communiqué.
Le défi en question promettait même une récompense à celui ou celle qui parviendrait à rester le plus longtemps dans les locaux avant d’être expulsé, avec cette consigne : « Répétez : ‘Dare Market m’a forcé à faire ça !’ » Une vidéo montre un participant s’exécutant après avoir été accueilli par un homme vêtu en Jésus à l’entrée du bâtiment de Hollywood le 25 avril 2026.
Un débat sur l’efficacité de ces actions contre les dérives sectaires
Si certains y voient une forme de résistance citoyenne, d’autres s’interrogent sur l’efficacité réelle de ces incursions. En France, la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) surveille de près l’Église de scientologie, classée comme secte depuis 1995. Aux États-Unis, où l’organisation est considérée comme une religion à part entière, la situation est différente, mais les tensions persistent.
Jenna Miscavige, nièce de l’actuel leader de l’Église, David Miscavige, et ancienne membre, défend cette pratique. « Ces internautes lambda qui trollent les scientologues et font le buzz sur TikTok sont les seuls à faire du tort au mouvement », a-t-elle déclaré au Los Angeles Times. « Ils le tournent en dérision pour empêcher de nouveaux individus de se faire piéger. »
Pour autant, les risques juridiques et physiques ne sont pas négligeables. En 2024, 16 crimes de haine ont été recensés contre l’Église de scientologie dans le comté de Los Angeles, la plaçant à la troisième position des groupes religieux les plus ciblés aux États-Unis, après les musulmans et les juifs. Ces chiffres soulèvent une question : ces incursions ne risquent-elles pas, à terme, d’alimenter la paranoïa de l’organisation plutôt que de la fragiliser ?
Reste à voir si cette tendance, née d’un simple défi en ligne, parviendra à s’essouffler d’elle-même ou si elle laissera place à d’autres formes de résistance, plus organisées ou plus radicales.
En France, l’Église de scientologie est classée comme secte par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) depuis 1995. Cette qualification repose sur plusieurs critères, notamment des méthodes de recrutement jugées trompeuses, des pressions psychologiques sur les membres, et des dérives financières. L’organisation est également connue pour ses procédures judiciaires répétées contre ses détracteurs.
Au moins une personne a déjà été poursuivie par l’Église de scientologie aux États-Unis pour intrusion illégale. Les risques encourus incluent des poursuites pour violation de propriété privée, avec des amendes ou des peines de prison possibles. Les plateformes comme Dare Market ou TikTok peuvent également bannir les comptes des participants.