Selon Franceinfo - Sciences, des chercheurs français viennent de démontrer que les vaches possèdent des capacités cognitives bien plus développées qu’on ne l’imaginait jusqu’ici. Menées conjointement par l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), le CNRS et l’Université de Tours, ces études révèlent que ces animaux sont capables de distinguer les visages humains familiers de ceux qu’ils ne connaissent pas, mais aussi d’associer une voix à un visage et de percevoir certaines émotions comme la joie ou la colère.
Ce qu'il faut retenir
- Trente-deux vaches Prim’Holstein ont participé aux expérimentations menées en mai 2026.
- Elles distinguent les visages familiers de ceux des inconnus en observant des vidéos ou des photos.
- Elles associent une voix à un visage correspondant, même projeté sur écran.
- Elles perçoivent les émotions humaines comme la joie ou la colère et y réagissent par des comportements distincts.
- Ces découvertes remettent en cause l’idée selon laquelle les vaches seraient une espèce sous-estimée sur le plan cognitif.
Une reconnaissance faciale et vocale avérée
La première étude, publiée le 20 mai 2026 dans la revue PLOS One, s’est intéressée à la capacité des vaches à identifier les visages humains. Trente-deux vaches de race Prim’Holstein ont été soumises à deux types de tests. Dans le premier, deux vidéos muettes étaient diffusées simultanément : l’une montrant un soignant familier, l’autre une personne inconnue. Résultat, les animaux ont systématiquement fixé plus longuement le visage de l’inconnu, signe qu’ils font bien la différence entre les deux.
Le second test a consisté à diffuser une voix tout en projetant les deux vidéos. Les vaches ont alors regardé plus attentivement le visage correspondant à la voix entendue, prouvant leur aptitude à associer un visage et une voix d’une même personne. Jusqu’ici, ces capacités n’avaient été observées que chez les chats, les chiens ou les chevaux, mais rarement chez les bovins, une espèce souvent considérée comme moins complexe sur le plan cognitif.
Des émotions humaines perçues et interprétées
La deuxième étude, publiée le 6 mai 2026 dans Scientific Reports, s’est penchée sur la détection des émotions par les vaches. Les chercheurs ont découvert que ces animaux sont capables de reconnaître des expressions faciales humaines, comme la joie ou la colère, et que ces perceptions influencent leur comportement. Selon les observations, les vaches « sont attirées par les personnes joyeuses » : lorsqu’elles croisent, plus tard dans la journée, une personne qu’elles ont vue exprimer de la joie à l’écran, elles s’en approchent davantage que si la même personne avait affiché de la colère.
Léa Lansade, chercheuse en éthologie à l’Inrae et coauteure de ces travaux, souligne l’importance de ces découvertes. « Les vaches sont une espèce très peu étudiée et complètement sous-estimée en termes de capacités cognitives », a-t-elle déclaré. « Leurs aptitudes à reconnaître les traits faciaux, même sur des photos d’identité, montrent qu’elles ne se contentent pas de distinguer une physionomie générale, mais qu’elles identifient vraiment les caractéristiques propres à chaque individu. »
Un pas de plus vers une meilleure compréhension des animaux
Ces résultats s’inscrivent dans une série de recherches récentes qui tendent à réévaluer les capacités cognitives des animaux d’élevage. Longtemps considérés comme des êtres simples, souvent réduits à des fonctions biologiques ou productives, les bovins pourraient bien posséder des compétences sociales et perceptives bien plus fines qu’on ne le pensait. Pour les scientifiques, ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes, notamment en matière d’amélioration du bien-être animal ou de gestion des troupeaux.
Les tests ont également montré que les vaches ne se contentent pas de réagir à des stimuli visuels ou sonores. Leur capacité à associer une émotion à un comportement humain pourrait avoir des implications pratiques, par exemple dans les relations entre éleveurs et animaux. Une personne exprimant de la bienveillance pourrait ainsi faciliter les interactions quotidiennes avec le troupeau, tandis qu’un stress visible pourrait, à l’inverse, générer de l’appréhension chez les vaches.
Les expérimentations ont porté exclusivement sur des vaches de race Prim’Holstein, une race laitière très répandue en France et dans le monde.
Pour l’instant, les études n’ont pas encore déterminé si ces aptitudes sont innées ou si elles se développent avec l’expérience. Les chercheurs évoquent la possibilité d’une combinaison des deux, mais des travaux supplémentaires seront nécessaires pour trancher.
Ces avancées scientifiques rappellent que les animaux, même les plus familiers, recèlent encore bien des mystères. Et si les vaches pouvaient, demain, nous apprendre autant que nous leur apprenons ?