L’euro ne deviendra pas une monnaie de réserve mondiale du jour au lendemain, a rappelé lundi à Bruxelles Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), lors d’un discours devant les législateurs européens. Selon Euronews FR, elle a insisté sur la nécessité de conclure sans délai l’union des marchés de capitaux, qu’elle considère comme « l’étape la plus importante » pour renforcer le rôle international de la monnaie unique.
Cette déclaration s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par l’instabilité et l’affirmation des États-Unis sous la présidence de Donald Trump. Leur politique commerciale agressive a accéléré le débat en Europe sur les moyens de réduire la dépendance vis-à-vis du dollar et des infrastructures de paiement américaines. Selon Euronews FR, trois défis majeurs se posent : diminuer la domination des acteurs privés américains dans les transactions, accélérer les réformes structurelles de l’UE et rendre l’euro plus attractif à l’international, alors que la domination du billet vert n’est plus systématiquement garantie.
Ce qu'il faut retenir
- 61 % des paiements par carte dans la zone euro sont réalisés via les réseaux Visa et Mastercard, selon les dernières données de la BCE (2025).
- La BCE mise sur l’euro numérique, dont l’adoption est prévue d’ici fin 2026, pour concurrencer les stablecoins et les cryptomonnaies privées.
- Deux nouvelles infrastructures de paiement, « Pontes » et « Appia », seront créées pour intégrer les technologies émergentes comme la blockchain.
- 95 % des stablecoins mondiaux sont libellés en dollars, mais l’UE souhaite développer des alternatives en euros pour diversifier les transactions internationales.
- La loi américaine « GENIUS Act », adoptée en 2025, encadre les stablecoins aux États-Unis, tandis que Washington abandonne le projet de dollar numérique au profit de ces actifs privés.
Une monnaie de réserve mondiale : un objectif à long terme
Christine Lagarde a rappelé que l’histoire des monnaies de réserve mondiales, comme le dollar ou la livre sterling, montre que leur ascension a toujours été liée à la puissance militaire et économique de leur pays d’émission. « Cela ne se fait pas du jour au lendemain », a-t-elle souligné lors de son intervention, ajoutant que l’euro devait d’abord consolider sa stabilité et son attractivité. Selon Euronews FR, cette position s’appuie sur une analyse historique où aucune monnaie n’a accédé à ce statut sans disposer d’une assise géopolitique solide.
Dans la zone euro, les réseaux Visa et Mastercard contrôlent 61 % des paiements par carte et la quasi-totalité des transactions transfrontalières, selon les dernières estimations de la BCE datant de 2025. Cette dépendance aux infrastructures américaines expose l’Europe à des risques stratégiques, notamment en cas de tensions géopolitiques. Pour y remédier, la BCE mise sur deux leviers : l’euro numérique et de nouvelles infrastructures technologiques.
L’euro numérique et les infrastructures « Pontes » et « Appia » : les piliers de la stratégie de la BCE
L’institution monétaire a présenté fin mars 2026 une stratégie globale pour moderniser les paiements en Europe. Parmi ses mesures phares figure la création de deux infrastructures de réseau : « Pontes », dédiée à la tokenisation des actifs, et « Appia », axée sur la technologie des registres distribués (DLT). Ces outils visent à adapter la BCE aux évolutions technologiques et à ancrer l’euro numérique, une monnaie publique garantie par l’institution, dans le paysage des paiements internationaux. Selon Euronews FR, ce projet s’inscrit dans une volonté de réduire la domination des acteurs privés comme les stablecoins, dont l’influence grandit rapidement.
Le texte législatif encadrant l’euro numérique doit être adopté d’ici la fin 2026, avec un vote décisif prévu ce mardi au Parlement européen. Si ce calendrier est respecté, l’UE pourrait disposer d’un outil supplémentaire pour diversifier ses moyens de paiement et limiter sa dépendance aux infrastructures américaines. Pour Christine Lagarde, l’adoption de cette monnaie numérique et la réforme des marchés de capitaux européens figurent parmi les « priorités urgentes » à mener.
Les stablecoins, nouvelle arme de la guerre des monnaies
Les stablecoins, ces cryptomonnaies privées indexées sur des devises traditionnelles, gagnent du terrain dans les transactions internationales. Aujourd’hui, 95 % des stablecoins dans le monde sont adossés au dollar américain, ce qui renforce indirectement l’influence de Washington. Face à cette domination, l’UE explore la possibilité de développer davantage de stablecoins libellés en euros, comme le révèle un document de la Commission européenne consulté par Euronews FR.
Cette stratégie s’inscrit en opposition avec celle des États-Unis, où le président Donald Trump a abandonné le projet de dollar numérique de la Réserve fédérale au profit des stablecoins. La loi « Guiding and Establishing National Innovation for US Stablecoins » (GENIUS Act), adoptée en 2025, établit un cadre réglementaire pour ces actifs, en faisant un outil clé des transactions internationales et stratégiques. De son côté, la Chine et la Russie ont déjà lancé leurs propres monnaies numériques publiques, illustrant la course technologique qui oppose les grandes puissances économiques.
Un enjeu géopolitique et technologique
La BCE justifie sa stratégie par la montée en puissance des technologies financières décentralisées, qui pourraient marginaliser les monnaies traditionnelles si l’Europe ne s’adapte pas. « L’objectif est d’ancrer la monnaie de banque centrale dans ce nouveau paysage », a expliqué Christine Lagarde. Pour l’UE, l’enjeu est double : réduire sa dépendance aux infrastructures américaines et offrir une alternative crédible aux acteurs privés comme les stablecoins ou les cryptomonnaies souveraines. Selon Euronews FR, cette démarche répond également à une logique de souveraineté monétaire dans un contexte où les tensions commerciales et financières s’intensifient.
Les réformes structurelles de l’UE, comme l’union des marchés de capitaux, jouent un rôle central dans cette stratégie. Elles visent à fluidifier les échanges, attirer davantage d’investissements internationaux et renforcer la résilience de l’euro. Sans ces avancées, l’Europe risque de rester dépendante du dollar et des infrastructures américaines, malgré les efforts technologiques déployés par la BCE.
Pour l’instant, l’UE et la BCE doivent composer avec un environnement où le dollar reste hégémonique, tandis que les technologies financières évoluent rapidement. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si l’euro peut gagner en attractivité internationale ou si les stablecoins et autres innovations privées prendront définitivement le pas sur les monnaies traditionnelles.
L’euro numérique permettrait à l’Europe de réduire sa dépendance aux infrastructures de paiement américaines, dominées par Visa et Mastercard. Il offrirait également une alternative publique aux stablecoins privés, tout en modernisant les moyens de paiement grâce à la technologie blockchain. Pour la BCE, il s’agit d’un moyen de renforcer la souveraineté monétaire de l’UE dans un contexte de montée en puissance des cryptomonnaies et des actifs privés.
Plusieurs défis se posent : l’adoption massive par les citoyens et les entreprises, la sécurisation des transactions, la coordination entre les États membres de la zone euro, et la concurrence des stablecoins privés déjà bien établis. Sans oublier les questions réglementaires et les craintes liées à la vie privée, qui pourraient ralentir son déploiement.