Une étude publiée en 2025 par trois chercheurs de l'université de Stanford observait « des baisses substantielles de l’emploi pour les jeunes travailleurs (22-25 ans) dans les professions les plus exposées à l’IA, comme les développeurs logiciels et les conseillers du service client ». Cependant, selon BFM Business, deux autres travaux viennent remettre en cause cette conclusion. Le premier est un article publié par la Réserve fédérale américaine (Fed) et rédigé par trois économistes.
Les auteurs de l'étude de la Fed estiment que la hausse du chômage des moins de 29 ans, qui est passé de 3,1% entre 2017 et 2019 à 3,7% entre 2022 et 2025, est due au télétravail plutôt qu'à l'arrivée de l'IA. Pour cela, elles comparent les taux de chômage des jeunes occupant des emplois « télétravaillables » à ceux occupant des emplois en présentiel.
Ce qu'il faut retenir
- La hausse du chômage des jeunes aux États-Unis est un phénomène récent.
- L'intelligence artificielle est souvent pointée comme la principale responsable de ce phénomène.
- Deux études, dont une de la Fed, remettent en cause cette conclusion et estiment que le télétravail est la cause principale.
- Les jeunes occupant des emplois « télétravaillables » ont un taux de chômage plus élevé que ceux occupant des emplois en présentiel.
Les résultats de l'étude de la Fed
D'après l'étude de la Fed, les calculs approximatifs indiquent que le télétravail peut expliquer 64% de l'augmentation du chômage chez tous les jeunes diplômés entre 2017-2019 et 2022-2024. Les autrices de l'étude expliquent que « lorsque les individus travaillent à proximité de leurs collègues, ils reçoivent davantage de retours sur leur production et bénéficient d'un meilleur accompagnement », ce qui n'est pas le cas quand ils sont à distance.
Les auteurs de l'étude ont également couplé ces données à une analyse plus qualitative au sein d'une grande entreprise. Ils expliquent que « globalement, les pratiques de recrutement de l'entreprise indiquent qu'elle est disposée à former les jeunes employés lorsque la proximité est possible, mais qu'elle hésite à embaucher des jeunes diplômés si la distance constitue un obstacle à leur formation et à leur développement ».
Les résultats de l'autre étude
Une autre étude, réalisée par un chercheur de la London School of Economics et un autre d'Oxford, corroborre l'idée que le télétravail serait responsable de la hausse du chômage des jeunes, et non l'intelligence artificielle. Les auteurs rappellent que plusieurs travaux récents ont mis en lumière une baisse de l’emploi des jeunes dans les métiers les plus exposés à l'IA depuis fin 2022.
Ils soulignent une limite majeure : l’exposition à l'IA est fortement corrélée à l’exposition au télétravail (les mêmes métiers — développeurs, consultants, comptables... - sont à la fois exposés à l'IA et télétravaillables). Ils ont donc tenté d'isoler l'effet de chacun, et ils arrivent à la conclusion que sur la période et les données observées, le télétravail explique bien mieux le recul des embauches de début de carrière.
Les explications possibles
Les chercheurs supposent que les jeunes recrues ont généralement besoin de plus de supervision et d’apprentissage en situation de travail, ce qui est plus difficile lorsqu'on travaille à distance. Ainsi, le télétravail pourrait rendre les juniors plus coûteux à intégrer, superviser et former. Les entreprises ont alors moins intérêt à recruter des profils débutants, et peuvent préférer des profils plus expérimentés.
En conclusion, les deux études montrent que le télétravail est probablement la cause principale de la hausse du chômage des jeunes, et non l'intelligence artificielle. Il est important de prendre en compte ces résultats pour mettre en place des solutions efficaces pour remédier à ce phénomène.