L’affirmation selon laquelle Warren Buffett serait « bien sûr le meilleur investisseur du monde » a été remise en cause par l’économiste Lucas Ewig, dans une intervention diffusée ce 8 juin sur BFM Business.

Interrogé dans le cadre de l’émission « Bullshitomètre », Lucas Ewig a clairement indiqué que cette assertion ne reflétait pas une réalité économique objective. Il a souligné que si Buffett bénéficie d’une réputation historique et d’une longévité exceptionnelle sur les marchés, d’autres investisseurs ont, à différentes époques, démontré des performances comparables, voire supérieures, sur des périodes spécifiques. BFM Business rapporte ainsi cette remise en perspective d’un mythe financier largement répandu.

Ce qu'il faut retenir

  • L’économiste Lucas Ewig conteste, dans une intervention sur BFM Business, la qualification de Warren Buffett comme « meilleur investisseur du monde ».
  • Ewig rappelle que d’autres investisseurs ont affiché, à certaines périodes, des performances comparables ou supérieures à celles de Buffett.
  • Cette affirmation de supériorité absolue de Buffett est présentée comme un « mythe financier » par le spécialiste.
  • L’intervention s’inscrit dans le cadre de l’émission « Bullshitomètre », dédiée à la vérification des affirmations économiques et financières.

Une critique des certitudes financières

Dans son intervention, Lucas Ewig a rappelé que la notion de « meilleur investisseur » dépendait avant tout des critères retenus : rendement absolu, rendement annualisé, régularité sur plusieurs décennies, ou encore capacité à surmonter des crises économiques majeures. BFM Business souligne que, selon Ewig, Buffett n’est pas nécessairement en tête sur tous ces critères. Par exemple, certains gérants de fonds spéculatifs, comme Ray Dalio ou George Soros, ont enregistré des performances spectaculaires sur des périodes plus courtes, mais avec un niveau de risque bien supérieur.

Ewig a également pointé du doigt la tendance des médias et des analystes à sacraliser certains investisseurs, créant ainsi des « légendes » financières difficiles à déconstruire. « Certaines affirmations deviennent des vérités admises sans jamais être remises en question », a-t-il déclaré, avant d’ajouter que « la performance passée n’est pas toujours un indicateur fiable de la performance future ».

Buffett, une icône aux performances contrastées

Warren Buffett, à travers sa société Berkshire Hathaway, affiche une performance annualisée moyenne d’environ 20 % depuis 1965, un chiffre qui place son fonds parmi les plus performants de l’histoire. Cependant, comme le rappelle BFM Business, cette performance doit être relativisée : sur la dernière décennie, le S&P 500 a affiché un rendement annualisé de près de 14 %, tandis que d’autres stratégies, comme celles des fonds de « value investing » ou des fonds quantitatifs, ont parfois dépassé ces chiffres. Les détracteurs de Buffett soulignent aussi que sa stratégie repose en grande partie sur l’effet de levier et la détention d’actifs stables, plutôt que sur une recherche active de rendements exceptionnels.

Par ailleurs, la concentration extrême du portefeuille de Berkshire Hathaway – avec des participations majeures dans des entreprises comme Apple, Coca-Cola ou Geico – expose l’investisseur à des risques sectoriels. En 2022, par exemple, le fonds a enregistré une baisse de 23 %, bien supérieure à celle de l’indice S&P 500 sur la même période.

« Dire que Warren Buffett est le meilleur investisseur du monde, c’est comme dire que Michel-Ange était le meilleur peintre de la Renaissance sans avoir comparé son œuvre à celle de Léonard de Vinci ou Raphaël », a expliqué Lucas Ewig. « Les classements en matière d’investissement sont souvent biaisés par le recul historique et la médiatisation. »

Le contexte du « Bullshitomètre »

L’émission « Bullshitomètre », diffusée sur BFM Business, se présente comme un espace de décryptage des discours économiques et financiers souvent présentés comme des vérités intangibles. Ce format vise à démêler le vrai du faux, en s’appuyant sur des données et des analyses d’experts. Selon la chaîne, l’intervention de Lucas Ewig s’inscrit dans une série de débats visant à remettre en cause les idées reçues en matière de finance. D’autres épisodes ont par le passé interrogé des affirmations comme « les cryptomonnaies sont une valeur refuge » ou « les taux d’intérêt bas stimulent toujours l’économie ».

Pour Ewig, l’objectif n’est pas de nier les succès de Buffett, mais de rappeler que l’investissement reste un domaine où les certitudes sont rares. « Le marché est un système complexe, et réduire la performance d’un investisseur à une simple étiquette, c’est prendre le risque de passer à côté de nuances essentielles », a-t-il conclu.

Et maintenant ?

Si cette remise en question de la suprématie de Warren Buffett pourrait alimenter les débats parmi les investisseurs et les analystes, aucune réaction officielle de la part de Berkshire Hathaway ou de Warren Buffett lui-même n’a été rapportée à ce stade. La question reste donc ouverte : cette critique va-t-elle inciter les observateurs à adopter une vision plus nuancée des performances historiques des grands investisseurs ? Une chose est sûre, comme le rappelle BFM Business : les marchés financiers continueront de récompenser ceux qui sauront distinguer les tendances durables des simples effets de mode.

En attendant, l’intervention de Lucas Ewig rappelle une évidence souvent oubliée : dans un domaine aussi volatile que l’investissement, les certitudes absolues sont rares – et c’est précisément ce qui fait la complexité, mais aussi l’attrait, de la finance.

Warren Buffett est associé à cette image en raison de sa longévité exceptionnelle (plus de 60 ans de gestion active), de la performance annualisée moyenne de près de 20 % pour Berkshire Hathaway depuis 1965, et de son statut de figure emblématique du « value investing ». Son charisme et sa capacité à communiquer simplement ses stratégies ont également contribué à forger ce mythe.

Parmi les investisseurs cités comme ayant rivalisé avec Buffett, on retrouve des figures comme Peter Lynch (Fidelity Magellan Fund), Ray Dalio (Bridgewater Associates), ou encore George Soros (Quantum Fund). Ces gérants ont affiché des rendements spectaculaires sur des périodes spécifiques, bien que souvent avec des niveaux de risque bien supérieurs à ceux de Buffett.