Alors que le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine a atteint un niveau historique de plus de 360 milliards d’euros, les dirigeants européens multiplient les signaux en direction de Pékin pour rééquilibrer leurs échanges. Selon BFM Business, cette situation a conduit la Commission à plaider pour une révision urgente de la relation économique entre les deux blocs, alors que les tensions s’accumulent autour des approvisionnements stratégiques.

À l’approche d’un sommet des dirigeants européens prévu mi-juin, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, a mis en garde contre les risques d’une dépendance excessive vis-à-vis de la Chine. Lors d’une réunion des ministres du Commerce de l’UE le 22 mai 2026, il a rappelé que « l’ouverture au commerce, dans l’ADN de l’Europe, est toujours pour nous une priorité », mais a souligné la nécessité d’un « rééquilibrage commercial ». « Il faut un rééquilibrage commercial, avec un déficit aujourd’hui de plus de 360 milliards d’euros par rapport à la Chine », a-t-il insisté.

Ce qu'il faut retenir

  • Un déficit commercial record : l’UE enregistre un déficit de plus de 360 milliards d’euros avec la Chine, selon les dernières données disponibles.
  • Une dépendance stratégique : Bruxelles craint pour ses approvisionnements en terres rares et composants électroniques, essentiels à plusieurs secteurs industriels.
  • Des mesures protectionnistes en discussion : taxation des petits colis en provenance de Chine, procédures contre des plateformes comme Temu, Aliexpress ou Shein, et renforcement du « Made in UE » dans l’automobile.
  • Un sommet européen décisif mi-juin : la question des relations UE-Chine figurera à l’ordre du jour, avec la volonté de définir une ligne directrice commune.
  • Une visite chinoise prévue fin juin : le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, devrait se rendre à Bruxelles pour des discussions.

La Chine, partenaire incontournable… mais devenu un risque économique

Si la Chine reste un partenaire commercial majeur pour l’Union européenne, sa domination dans des secteurs clés comme les terres rares ou les composants électroniques pose désormais un défi stratégique. Selon BFM Business, Bruxelles a multiplié les alertes ces derniers mois sur les restrictions imposées par Pékin, illustrant la vulnérabilité de l’économie européenne. « Bien sûr, la Chine est un partenaire commercial majeur. Mais il est essentiel de trouver un meilleur équilibre dans cette relation et de gérer certains risques », a souligné la ministre irlandaise Helen McEntee lors de la réunion ministérielle.

Les tensions se sont encore cristallisées avec les restrictions chinoises sur les exportations de terres rares, des minerais indispensables à la fabrication de nombreux produits high-tech et énergies renouvelables. « C’est une sorte de course contre la montre, car notre dépendance est bien réelle et nos capacités, nos outils pour construire notre souveraineté et notre indépendance, se développent également », a abondé Michal Baranowski, sous-secrétaire d’État polonais au Développement économique. Autant dire que l’UE ne peut plus se permettre de dépendre à ce point d’un seul partenaire.

Bruxelles durcit le ton face aux pratiques commerciales chinoises

Pour réduire cette dépendance, la Commission européenne a annoncé plusieurs mesures destinées à protéger son marché. Parmi elles, la taxation des petits colis en provenance de Chine, une procédure visant les géants du e-commerce comme Temu, Aliexpress ou Shein, ou encore le renforcement du label « Made in UE » dans des secteurs comme l’automobile. Ces initiatives visent à contrer ce que Bruxelles qualifie de « surcapacités entretenues par d’importantes subventions de Pékin », notamment dans l’industrie sidérurgique.

Ces mesures s’inscrivent dans un contexte plus large de durcissement des relations commerciales entre l’UE et la Chine. En avril 2026, Pékin avait déjà menacé l’Europe de « contre-mesures » en cas d’adoption de la loi européenne sur l’accélération industrielle, qui vise à renforcer la compétitivité des entreprises locales. Une loi perçue comme une provocation par les autorités chinoises, alors que l’UE cherche à sécuriser ses chaînes d’approvisionnement face aux risques géopolitiques.

« Il est aujourd’hui nécessaire d’avoir une ligne directrice sur ces relations et notamment sur les politiques publiques qu’on doit mener dans le cadre commercial mais aussi économique. »
— Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne, 22 mai 2026

Un sommet européen mi-juin pour définir une stratégie commune

La question des relations avec la Chine sera au cœur du prochain sommet des dirigeants européens, prévu mi-juin 2026. Plusieurs participants à la réunion ministérielle du 22 mai ont confirmé que cette problématique figurerait en bonne place à l’ordre du jour. L’objectif ? Définir une ligne commune face à Pékin, alors que les États membres peinent à s’accorder sur la méthode à adopter.

Bruxelles prépare également un débat d’orientation sur l’UE et la Chine, prévu la semaine prochaine, ainsi qu’une visite officielle du ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, à Bruxelles fin juin. Cette rencontre pourrait permettre d’apaiser les tensions, même si les attentes sont limitées. « Il faut trouver un meilleur équilibre, mais sans aller vers une rupture brutale », a indiqué une source au sein de l’exécutif européen. Une chose est sûre : l’UE ne peut plus ignorer l’ampleur de son déficit commercial avec la Chine, ni les risques qu’il fait peser sur sa souveraineté industrielle.

Et maintenant ?

D’ici le sommet européen de mi-juin, plusieurs scénarios pourraient se dessiner. Si une majorité d’États membres semblent favorables à un durcissement progressif des règles commerciales, certains pays, comme l’Allemagne, restent prudents en raison de leurs liens économiques étroits avec la Chine. Une visite de Wang Wentao fin juin pourrait, à la marge, permettre de désamorcer certaines tensions, mais aucune avancée majeure n’est attendue à court terme. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si l’UE parviendra à imposer une nouvelle donne dans sa relation avec Pékin.

En attendant, la Commission continue de travailler sur des mécanismes de protection supplémentaires, notamment dans les secteurs des terres rares et des semi-conducteurs. « Nos capacités à construire notre souveraineté se développent », a rappelé Michal Baranowski. Reste à savoir si ces outils suffiront à inverser la tendance d’un déficit qui, chaque année, creuse un peu plus l’écart avec la Chine.

La Chine domine près de 80 % de la production mondiale de terres rares, des minerais indispensables à la fabrication des batteries, des éoliennes et des smartphones. Malgré des gisements en Europe, leur exploitation reste limitée en raison de contraintes environnementales et de coûts élevés, laissant l’UE dans une position de dépendance critique vis-à-vis de Pékin.