Les dirigeants européens se réunissent à partir de ce soir à Bruxelles pour un Conseil européen dédié en grande partie à la question des échanges commerciaux avec la Chine, alors que le déficit commercial de l’Union atteint des niveaux inédits. Plus d’un milliard d’euros par jour en moyenne, c’est le montant du déficit enregistré par les pays de l’UE face à Pékin, selon RFI. Un déséquilibre qui pèse lourdement sur les industriels européens et alerte les responsables politiques du continent.

Ce qu'il faut retenir

  • Un déficit commercial moyen de plus d’un milliard d’euros par jour entre l’UE et la Chine, selon les données disponibles.
  • Ce déséquilibre impacte directement les secteurs industriels européens, notamment ceux en concurrence avec les produits chinois.
  • Le Conseil européen des 19 et 20 juin 2026 à Bruxelles fera de ce sujet l’un de ses axes principaux de discussion.
  • Les dirigeants de l’UE cherchent à mettre en place des mécanismes de protection face à cette concurrence jugée déloyale.

Un déficit commercial record, symbole des tensions économiques

Le montant de plus d’un milliard d’euros par jour en moyenne illustre l’ampleur du déséquilibre commercial entre l’Europe et la Chine. Ce chiffre, révélé par RFI, dépasse largement les estimations les plus pessimistes des années précédentes. Depuis plusieurs années, l’écart entre les exportations européennes vers la Chine et les importations chinoises vers l’UE ne cesse de se creuser, au détriment des producteurs locaux. Les secteurs les plus touchés ? Ceux des machines-outils, des textiles, des produits électroniques grand public et de l’automobile, où la Chine inonde le marché avec des prix défiant toute concurrence.

Les industriels européens tirent la sonnette d’alarme depuis des mois. « Nous ne pouvons plus rivaliser sans un cadre réglementaire adapté », a déclaré hier le patron d’un grand groupe industriel français, sous couvert d’anonymat. « Les normes sociales et environnementales ne sont pas les mêmes, et cela se répercute sur nos coûts de production. » La Commission européenne a reconnu, dans un rapport publié en mai, que cette situation « menace la souveraineté industrielle de l’UE » et pourrait, à terme, fragiliser l’emploi sur le continent.

Bruxelles dans l’attente de mesures concrètes

C’est dans ce contexte que s’ouvre ce jeudi 18 juin 2026, en soirée, le Conseil européen à Bruxelles. Les dirigeants des Vingt-Sept doivent y aborder, entre autres, les moyens de réduire ce déficit et de protéger les industries européennes. Plusieurs pistes sont évoquées : des droits de douane ciblés sur certains produits, des subventions aux secteurs stratégiques, ou encore la mise en place de quotas. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déjà évoqué la possibilité de « mesures défensives » lors d’une allocution à Strasbourg la semaine dernière.

Cependant, les divisions persistent entre les États membres. Si la France et l’Allemagne poussent pour une réponse ferme, certains pays, comme les Pays-Bas ou le Danemark, redoutent des représailles commerciales de Pékin. « Il faut trouver un équilibre », a expliqué un diplomate européen. « Une guerre commerciale avec la Chine serait dommageable pour tous. » La Chine, de son côté, a déjà prévenu qu’elle ne resterait pas inactive face à d’éventuelles mesures protectionnistes, promettant des « réponses proportionnées » si l’UE franchissait le pas.

L’industrie européenne en première ligne

Derrière les chiffres du déficit se cachent des réalités industrielles souvent méconnues du grand public. Dans l’ouest de l’Allemagne, des centaines d’emplois ont été supprimés ces deux dernières années dans le secteur des machines-outils, incapables de rivaliser avec les prix chinois. En Italie, des PME du textile ont mis la clé sous la porte, submergées par des importations à bas coût. Même l’industrie automobile, fleuron européen, commence à ressentir la pression. « Les constructeurs chinois gagnent des parts de marché en Europe à une vitesse inquiétante », a alerté le directeur général de l’Association des constructeurs européens (ACEA), dans une interview accordée au Financial Times.

Face à cette situation, la Banque européenne d’investissement (BEI) a annoncé un plan de soutien de 50 milliards d’euros sur trois ans pour moderniser les filières industrielles européennes. « L’objectif est clair : rendre nos entreprises plus compétitives », a précisé son président, Werner Hoyer. Pour autant, les experts s’accordent à dire que ces mesures, bien que nécessaires, ne suffiront pas à elles seules à inverser la tendance. « Sans une politique commerciale commune et ambitieuse, nous risquons de subir des pertes irréversibles », estime un économiste basé à Paris.

Et maintenant ?

Le Conseil européen des 19 et 20 juin 2026 devrait permettre de dégager des pistes concrètes pour endiguer cette hémorragie commerciale. Une communication officielle de la Commission est attendue dès la fin du sommet, avec des propositions précises sur les secteurs prioritaires à protéger. Parallèlement, les négociations entre l’UE et la Chine sur un éventuel accord commercial pourraient reprendre d’ici la fin de l’année, même si les chances de succès restent minces dans le contexte actuel. Reste à voir si les Vingt-Sept parviendront à surmonter leurs divergences internes pour présenter un front uni face à Pékin.

En définitive, cette crise commerciale rappelle une évidence : l’Europe, bien que première puissance économique mondiale, n’est pas à l’abri de la concurrence des pays émergents. La question qui se pose désormais est de savoir si l’UE saura faire front commun pour préserver son industrie, ou si elle devra accepter une nouvelle forme de dépendance économique.

Selon les données de la Commission européenne, les secteurs des machines-outils, du textile, de l’électronique grand public et de l’automobile sont les plus affectés par la concurrence chinoise. Ces industries subissent une pression à la baisse sur les prix, ce qui rend difficile la rentabilité des entreprises européennes.