Le premier groupe aérien européen, Lufthansa, a annoncé lundi 10 mai 2026 une commande historique de 20 avions long-courriers auprès d’Airbus et Boeing, pour un montant total de 7,7 milliards de dollars (6,5 milliards d’euros). Selon BFM Business, cette acquisition vise à moderniser la flotte du groupe allemand en intégrant des appareils plus économes en carburant et moins émetteurs de CO₂. Dix Airbus A350-900 et dix Boeing 787-9 doivent ainsi rejoindre les rangs de la compagnie entre 2032 et 2034, portant le carnet de commandes global du groupe de 232 à 252 appareils.
Ce qu'il faut retenir
- 20 nouveaux appareils commandés : 10 Airbus A350-900 et 10 Boeing 787-9, pour un coût total de 7,7 milliards de dollars.
- Économie de carburant et réduction des émissions : ces modèles sont présentés comme plus performants que leurs prédécesseurs, avec une consommation réduite et un impact environnemental moindre.
- Livraisons prévues entre 2032 et 2034, ce qui permettra une modernisation progressive de la flotte de Lufthansa et de ses filiales (Swiss, Austrian Airlines, Eurowings).
- Contexte économique tendu : la flambée des prix du kérosène, « deux fois plus élevés depuis plus de deux mois », pousse le secteur aérien à optimiser ses coûts.
- Réduction des capacités en avril 2026 : Lufthansa a déjà drastiquement diminué ses vols, notamment en fermant sa filiale régionale CityLine.
Cette commande s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction des coûts pour le géant allemand, qui subit de plein fouet la hausse des prix de l’énergie depuis le début du conflit en Iran. « Les Airbus A350 et Boeing 787 ultramodernes sont plus économes en carburant, plus silencieux et moins polluants que leurs prédécesseurs respectifs », a souligné Carsten Spohr, PDG du groupe, dans un communiqué. Ces appareils devraient également permettre de diminuer les dépenses liées à la maintenance et à l’exploitation.
Une flotte en mutation pour répondre aux défis économiques et environnementaux
Le transport aérien traverse une période particulièrement difficile en Europe, marquée par une inflation sans précédent des coûts opérationnels. Selon l’Association des aéroports allemands (ADV), les prix du kérosène ont doublé depuis plus de deux mois, une situation qui a contraint Lufthansa à revoir drastiquement sa stratégie. Dès avril 2026, la compagnie a réduit ses capacités de vol, avec notamment la fermeture de sa filiale CityLine, une décision qualifiée d’« inévitable » par la direction face à l’augmentation des coûts.
Les nouveaux appareils commandés, avec leur technologie avancée, devraient atténuer cette pression. L’Airbus A350-900 et le Boeing 787-9 intègrent des matériaux composites et des moteurs plus efficaces, réduisant la consommation de carburant de 20 à 25 % par rapport aux modèles qu’ils remplaceront. « Cela représente une économie substantielle sur le long terme », a précisé Carsten Spohr. Par ailleurs, ces avions sont conçus pour émettre moins de CO₂ et de particules, un argument de plus en plus important dans un secteur sous le feu des critiques pour son impact climatique.
Le choix de deux constructeurs différents — Airbus pour les A350 et Boeing pour les 787 — reflète une volonté de diversification des risques, mais aussi une stratégie d’optimisation des rotations. Ces modèles, conçus pour les vols long-courriers, permettront à Lufthansa de desservir des destinations lointaines sans surcoût majeur. Les premiers livraisons sont attendues d’ici 2032, une échéance qui correspond à la fois à un renouvellement naturel de la flotte et à une adaptation aux nouvelles normes environnementales européennes.
Un secteur aérien sous haute tension en Europe
La situation de Lufthansa illustre les difficultés structurelles du transport aérien en Europe, où la flambée des prix du carburant menace la rentabilité des compagnies. D’après les chiffres de l’ADV, jusqu’à 20 millions de voyageurs pourraient être affectés par des annulations de vols en Allemagne cet été, en raison de la hausse des coûts. Dans le pire des scénarios, certains aéroports pourraient subir « une baisse de capacité de 10 % », a mis en garde Ralph Beisel, directeur général de l’ADV, dans une interview au Welt am Sonntag.
Face à cette crise, les autorités européennes tentent de trouver des solutions. L’Union européenne a assuré ne pas constater de pénurie de kérosène à ce stade, mais se prépare à tous les scénarios. Vendredi 9 mai 2026, l’Agence de l’UE pour la sécurité aérienne (AESA) a ouvert la voie à l’utilisation du Jet A, un kérosène produit aux États-Unis mais non distribué en Europe pour des raisons techniques. Cette mesure, si elle était appliquée, pourrait atténuer la dépendance au carburant traditionnel et stabiliser les prix.
Pour l’heure, les compagnies aériennes doivent composer avec une équation complexe : maintenir leur activité tout en réduisant leur empreinte carbone. Lufthansa, en misant sur des appareils plus modernes, mise sur une double solution — économique et écologique. Cependant, le délai de livraison (entre 2032 et 2034) laisse planer des incertitudes sur la capacité du groupe à absorber immédiatement les gains escomptés.
Cette commande de 7,7 milliards de dollars marque donc une étape clé dans la stratégie de Lufthansa, mais elle s’inscrit dans un contexte où l’équilibre économique du transport aérien reste fragile. Reste à voir si ces investissements permettront au groupe de traverser la tempête actuelle sans trop de dommages.
Le groupe allemand a opté pour une diversification des fournisseurs afin de mutualiser les risques industriels et d’optimiser ses rotations. Les Airbus A350 et Boeing 787 ont des caractéristiques techniques différentes, permettant à Lufthansa d’adapter sa flotte en fonction des besoins spécifiques de ses destinations. Cette stratégie réduit également la dépendance à un seul constructeur, un choix prudent dans un marché marqué par des tensions logistiques.