En moins d’une décennie, les constructeurs automobiles chinois ont bouleversé le paysage européen, grignotant des parts de marché sur l’ensemble de la gamme, des véhicules les plus accessibles aux modèles haut de gamme. Selon Libération, cette progression rapide interroge les constructeurs traditionnels, qui craignent de voir leur avance s’effriter face à cette concurrence inédite.
Ce qu'il faut retenir
- Une croissance fulgurante : les marques chinoises ont conquis plus de 10 % des ventes de voitures électriques en Europe en 2025, selon les données de l’Association des constructeurs européens (ACEA).
- Une stratégie double : elles misent à la fois sur des modèles économiques, accessibles à moins de 20 000 euros, et sur des véhicules premium, avec des tarifs dépassant 50 000 euros.
- Un défi pour l’industrie européenne : les constructeurs historiques, comme Renault ou Volkswagen, alertent sur le risque de perte de compétitivité face à des coûts de production inférieurs.
Une percée accélérée depuis 2016
C’est à partir de 2016 que les constructeurs chinois ont véritablement commencé à s’implanter sur le marché européen. D’abord avec des modèles d’entrée de gamme, comme la Dongfeng AX7 ou la Changan CS55, vendus entre 15 000 et 25 000 euros. Puis, en capitalisant sur leur avance technologique dans l’électrique, ils ont élargi leur gamme. Aujourd’hui, des marques comme BYD, NIO ou XPeng proposent des SUV et des berlines à des prix compétitifs, tout en développant des modèles premium, comme la Zeekr 001, affichée à plus de 60 000 euros.
Le segment premium, nouveau terrain de conquête
Longtemps cantonnés au low-cost, les Chinois s’attaquent désormais au marché du haut de gamme. BYD, leader mondial des véhicules électriques, a lancé en 2024 sa marque premium, Yangwang, avec un SUV à plus de 80 000 euros. NIO, de son côté, mise sur des modèles comme l’ET9, une berline dont le prix dépasse les 100 000 euros. « Nous ne visons pas seulement les marchés émergents, mais bien les clients européens exigeants », a déclaré William Li, PDG de NIO, lors du salon de l’automobile de Munich en septembre 2025.
Des coûts de production deux fois inférieurs
Leur avantage compétitif repose en grande partie sur des coûts de production bien moindres qu’en Europe. Selon une étude de PwC publiée en 2025, les salaires dans l’industrie automobile chinoise sont en moyenne 40 % moins élevés qu’en Allemagne ou en France. De plus, les subventions étatiques et une main-d’œuvre qualifiée permettent de réduire les marges de manœuvre des constructeurs traditionnels. « Nous devons revoir notre modèle pour rester compétitifs », a admis Carlos Tavares, patron de Stellantis, lors d’une conférence de presse en mars 2026.
Un impact déjà visible sur les parts de marché
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, les marques chinoises ont représenté 12 % des immatriculations de voitures électriques en Europe, contre seulement 3 % en 2020. En Allemagne, premier marché automobile du continent, elles ont écoulé 180 000 véhicules, soit une progression de 35 % en un an. En France, où elles restent moins présentes, leur part de marché a tout de même doublé depuis 2023, passant de 2 % à 4,5 %.
Reste à voir si ces mesures suffiront à freiner l’ascension chinoise. Une chose est sûre : le marché automobile européen n’est plus le même qu’il y a dix ans.
Les principaux acteurs sont BYD, NIO, XPeng, Zeekr, MG (SAIC) et Geely. Ces marques couvrent désormais l’ensemble de la gamme, du low-cost au premium.