La Conférence des religieux et religieuses de France (Corref) et la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) ont officialisé, vendredi 3 juillet 2026, un accord destiné à renforcer la prévention des dérives au sein des communautés religieuses. Selon Franceinfo - Politique, cette convention s’inscrit dans une démarche de collaboration visant à protéger les droits et la dignité des personnes engagées dans la vie monastique ou apostolique.

Ce qu'il faut retenir

  • Quatre axes prioritaires : échanges d’informations sur les situations à risque, analyses communes des facteurs favorisant les dérives, campagnes de prévention et sensibilisation des responsables religieux.
  • 35 % des signalements traités par la Miviludes entre 2022 et 2024 concernaient des dérives dans des cultes ou des mouvements spirituels.
  • La Corref représente 463 instituts religieux en France, dont 323 féminins apostoliques, 89 masculins et 51 monastères masculins.
  • Un principe de renoncement et d’obéissance, propre aux communautés religieuses, peut être détourné, soulignent les autorités.

« La prévention des dérives sectaires est une responsabilité partagée », a insisté Patricia Mirallès, présidente de la Miviludes, lors de la signature de l’accord. Cette déclaration résume l’esprit du texte, qui met l’accent sur la nécessité d’une vigilance collective. « La vie religieuse n’est pas à part en ce qui concerne les droits et la dignité des personnes », a renchéri Jean-Pascal Lombart, président de la Corref, lors de la cérémonie.

L’accord repose sur quatre piliers concrets. D’abord, un partage systématique d’informations entre les deux structures, afin d’identifier les situations à risque avant qu’elles ne dégénèrent. Ensuite, une analyse approfondie des mécanismes qui favorisent les dérives sectaires, comme l’isolement des membres ou l’exercice abusif d’une autorité spirituelle. La convention prévoit également la diffusion de messages de prévention ciblés, notamment auprès des responsables des instituts religieux. Enfin, un volet de sensibilisation sera déployé pour rappeler les droits fondamentaux des personnes engagées dans la vie religieuse.

Un travail de prévention déjà engagé depuis plusieurs années

Selon la Miviludes, l’information « peut arriver plus difficilement » dans les communautés religieuses, en raison de leur structure hiérarchisée et de principes comme le renoncement ou l’obéissance. « Notre rôle est donc d’aller vers ces personnes et de leur indiquer leurs droits », explique l’instance interministérielle. Cette approche proactive a déjà été testée lors d’une campagne menée il y a quelques années auprès de la Corref, qui regroupe 463 instituts en France, dont une majorité féminine.

Les chiffres révélés par Patricia Mirallès lors de l’annonce de la convention donnent une mesure de l’ampleur du phénomène. Entre 2022 et 2024, 35 % des signalements et demandes d’informations adressés à la Miviludes concernaient des dérives dans des cultes ou des mouvements spirituels. « Aucun culte n’est à l’abri de ce risque », a-t-elle précisé. « La majorité des dérives sectaires se manifestent au sein de mouvements autonomes, qui ne sont reconnus par aucune religion instituée. »

Vers une collaboration élargie à d’autres confessions

La Fédération protestante de France s’est déjà engagée dans une démarche similaire en novembre 2025. D’autres partenariats devraient voir le jour à l’automne 2026 avec l’Église catholique et les bouddhistes, selon la Miviludes. Ces accords reflètent une volonté croissante de travailler main dans la main avec les institutions religieuses pour endiguer les dérives sectaires, sans stigmatiser aucune tradition spirituelle.

La Miviludes rappelle que les dérives sectaires ne touchent pas uniquement des mouvements marginaux. « Les communautés religieuses traditionnelles peuvent aussi être confrontées à des situations problématiques », note-t-elle. Parmi les risques identifiés figurent les pressions psychologiques, les abus de faiblesse ou encore les atteintes à la liberté de conscience, même au sein d’institutions reconnues.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes consisteront à finaliser les outils de prévention et à organiser des sessions de sensibilisation pour les responsables des instituts religieux. La Miviludes et la Corref prévoient également d’évaluer l’impact de cette convention d’ici la fin de l’année 2026, afin d’ajuster si nécessaire leurs actions. D’autres accords pourraient être signés avec d’autres traditions spirituelles si les résultats s’avèrent concluants.

Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les signalements de dérives sectaires restent élevés. Elle vise à combiner expertise institutionnelle et ancrage dans les réalités du terrain, pour une lutte plus efficace contre ces phénomènes. Reste à voir si cette collaboration inédite portera ses fruits dans les mois à venir.

D’après la Miviludes, les signes incluent l’isolement des membres, des pressions psychologiques, des exigences financières abusives ou encore la restriction de la liberté de quitter le groupe. Ces comportements peuvent se manifester même au sein d’institutions reconnues.