Depuis plusieurs mois, Madagascar fait face à une utilisation croissante de l’intelligence artificielle pour modifier et diffuser des œuvres artistiques sans l’accord de leurs auteurs. Selon RFI, l’Office malagasy des droits d’auteur (OMDA) a tiré la sonnette d’alarme face à ce phénomène qui touche principalement les musiques malgaches.

L’OMDA, organisme en charge de la protection des droits des créateurs à Madagascar, souligne que des contenus artistiques sont régulièrement transformés à l’aide d’outils d’IA avant d’être retransmis sur les ondes ou diffusés à la télévision. Or, dans la majorité des cas, les artistes originaux n’ont jamais donné leur autorisation pour une telle exploitation de leurs œuvres. Le problème, explique l’OMDA, réside dans le manque de vigilance des médias locaux, qui relaient parfois ces contenus modifiés sans vérifier leur légalité.

Ce qu'il faut retenir

  • L’Office malagasy des droits d’auteur (OMDA) dénonce l’utilisation non autorisée de musiques malgaches par des outils d’intelligence artificielle.
  • Les artistes originaux ne sont que très rarement consultés avant la modification ou la diffusion de leurs œuvres.
  • L’OMDA demande aux radios et télévisions de Madagascar d’être plus vigilantes sur les contenus mis à l’antenne.
  • Ce phénomène concerne principalement les œuvres musicales, mais pourrait s’étendre à d’autres formes d’art.

Une pratique en hausse, mais peu encadrée

D’après l’OMDA, l’usage de l’IA pour modifier des créations artistiques prend de l’ampleur à Madagascar. Les outils d’intelligence artificielle permettent de transformer une mélodie, de changer les paroles ou même de générer de nouvelles versions d’une chanson existante. Cependant, ces modifications sont réalisées sans le consentement des auteurs, ce qui constitue une violation de leurs droits moraux et patrimoniaux. « Ces pratiques portent atteinte à la paternité des œuvres et privent les artistes de revenus légitimes », a déclaré un responsable de l’OMDA, cité par RFI.

Pour l’instant, la législation malgache ne prévoit pas de dispositions spécifiques concernant l’utilisation de l’IA dans la création ou la modification d’œuvres artistiques. L’OMDA travaille donc à sensibiliser les médias et le public sur les risques juridiques liés à ces pratiques. Pourtant, sans cadre légal clair, les recours restent limités pour les artistes lésés.

Les médias locaux appelés à plus de rigueur

Face à cette situation, l’OMDA a adressé un appel formel aux radios et télévisions de Madagascar. L’organisme leur demande d’exercer une vigilance accrue sur les contenus diffusés, notamment en vérifiant l’origine des œuvres avant leur mise à l’antenne. « Nous invitons les médias à s’assurer que les œuvres qu’ils programment respectent les droits des auteurs », a précisé un porte-parole de l’OMDA à RFI.

Certaines stations ont déjà commencé à adapter leurs pratiques. À Antananarivo, plusieurs radios ont mis en place des procédures internes pour contrôler la légalité des musiques diffusées. Cependant, l’OMDA estime que ces efforts restent insuffisants et appelle à une mobilisation plus large du secteur audiovisuel.

Un enjeu économique et culturel pour Madagascar

Au-delà des questions juridiques, cette problématique soulève des enjeux économiques et culturels majeurs pour Madagascar. Le pays, riche d’une tradition musicale diversifiée, voit une partie de son patrimoine artistique menacé par des usages non contrôlés de l’IA. « La musique malgache est un pilier de notre identité culturelle. Son exploitation sans accord des artistes risque d’affaiblir ce secteur », a expliqué un expert en droit d’auteur contacté par RFI.

L’OMDA travaille en collaboration avec le ministère de la Culture pour élaborer des recommandations visant à protéger les créateurs. Une consultation nationale sur l’impact de l’IA dans le domaine artistique pourrait être organisée dans les prochains mois, a indiqué une source proche du dossier.

Et maintenant ?

L’OMDA devrait prochainement publier un guide pratique à destination des médias et des artistes pour les aider à identifier les usages illégitimes de l’IA. Une réunion avec les représentants du secteur audiovisuel est prévue avant la fin du mois de mai 2026 pour discuter des mesures à mettre en place. Par ailleurs, une proposition de loi pourrait être examinée par le Parlement malgache d’ici la fin de l’année, afin d’encadrer plus strictement l’utilisation de l’intelligence artificielle dans la création artistique. Reste à voir si ces initiatives suffiront à endiguer le phénomène.

En attendant, les artistes malgaches sont invités à signaler toute utilisation non autorisée de leurs œuvres via les canaux dédiés de l’OMDA. Une plateforme en ligne devrait être lancée d’ici l’été pour faciliter ces démarches.