Depuis près de six semaines, le Mali est le théâtre d’une vague d’enlèvements ciblant des personnalités politiques, militaires et religieuses. Selon RFI, ces arrestations, menées de nuit par des hommes armés encagoulés, se déroulent en dehors de toute procédure légale et visent des opposants au pouvoir en place. Trois figures emblématiques ont notamment été visées : Mountaga Tall, avocat engagé pour la démocratie, Moussa « Abba » Djiré, président du mouvement « Yiriwa 223 », et Youssouf Daba Diawara, proche de l’imam Mahmoud Dicko, figure majeure de l’opposition malienne en exil.
Ce qu'il faut retenir
- Enlèvements ciblés : trois personnalités politiques enlevées en moins de 48 heures début mai, suivies d’autres personnalités militaires et religieuses.
- Conditions d’arrestation : opérations nocturnes, hommes encagoulés, absence de cadre légal.
- Détention secrète : les détenus sont placés dans des lieux inconnus, sans accès à un avocat ou à leur famille.
- Contexte politique : ces arrestations surviennent dans un Mali sous transition militaire, où tous les partis politiques ont été dissous.
- Réaction de l’opposition : l’exilé Ismaël Sacko dénonce une « stratégie de terreur » orchestrée par les autorités.
Une séquence d’enlèvements en pleine nuit
Dans la nuit du 2 au 3 mai 2026, Mountaga Tall a été arraché à son domicile par des individus armés et masqués. Le lendemain, Moussa « Abba » Djiré, connu pour son engagement militant, subissait le même sort. Youssouf Daba Diawara, proche de l’imam Mahmoud Dicko, a été enlevé à son tour dans la journée du 4 mai. Selon RFI, ces arrestations s’inscrivent dans une série d’opérations similaires visant des personnalités critiques envers le gouvernement de transition.
Les conditions de ces enlèvements rappellent les méthodes utilisées par les services de sécurité sous d’autres régimes autoritaires. Les victimes sont emmenées sans explication, leurs proches ignorant leur sort pendant des jours, voire des semaines. Aucune charge officielle n’a été communiquée, et les familles n’ont reçu aucune nouvelle des autorités.
Une opposition décimée et sous pression
Ces arrestations surviennent dans un contexte où l’opposition politique est déjà fortement affaiblie. Depuis le coup d’État de 2020, les partis politiques maliens ont été progressivement marginalisés, voire dissous. Le Parti pour le salut et la démocratie (PSDA), dirigé par Ismaël Sacko, figure parmi les formations interdites. Ce dernier, aujourd’hui en exil, dénonce une « stratégie de terreur » visant à museler toute voix dissidente.
Sacko, membre de la Coalition des forces pour la République (CFR), portée par l’imam Dicko, est l’une des rares personnalités à encore dénoncer publiquement ces pratiques depuis l’étranger. Dans un entretien accordé à RFI, il a affirmé que ces enlèvements « s’inscrivent dans une volonté de créer un climat de peur généralisé » afin d’empêcher toute contestation organisée.
« Ces arrestations arbitraires ne sont pas des actes isolés, mais une stratégie délibérée pour éliminer toute opposition et étouffer la voix du peuple malien. »
— Ismaël Sacko, président du PSDA (dissous) et membre de la CFR, selon RFI.
Un silence assourdissant des autorités
Malgré les appels répétés de la communauté internationale, les autorités maliennes de transition n’ont fourni aucune explication sur ces disparitions forcées. Aucune confirmation officielle n’a été donnée concernant le sort des détenus, dont certains sont des figures historiques de la vie politique malienne. Des organisations de défense des droits humains, comme Amnesty International, ont déjà alerté sur l’augmentation des cas de détentions arbitraires depuis 2024.
Côté diplomatique, la situation reste tendue. Plusieurs pays européens ont exprimé leur préoccupation, tandis que l’Union africaine a appelé à la « libération immédiate » des détenus. Pourtant, aucune action concrète n’a été entreprise pour faire pression sur Bamako. Les militaires au pouvoir justifient ces mesures par la nécessité de « préserver la stabilité » du pays, en proie à une insécurité chronique et à des tensions communautaires.
En attendant, les familles des disparus restent sans nouvelles, tandis que le reste du pays observe un silence contraint. Une chose est sûre : tant que ces pratiques ne seront pas clairement condamnées par la communauté internationale, le risque de voir d’autres personnalités ciblées persiste.
Mountaga Tall, Moussa « Abba » Djiré et Youssouf Daba Diawara étaient connus pour leur opposition au gouvernement de transition. Leur arrestation pourrait refléter une volonté d’éliminer toute voix critique, comme le suggère Ismaël Sacko, qui parle de « stratégie de terreur ».