D’après RFI, le biologiste et professeur au Muséum national d’Histoire naturelle Marc-André Selosse publie cette semaine un essai percutant intitulé De la biodiversité comme un humanisme (éditions du Seuil, 2026). Dans cet ouvrage, il démontre, à travers une analyse chiffrée et pédagogique, que la dégradation accélérée des écosystèmes a déjà un impact direct et mesurable sur l’économie mondiale. Selon ses calculs, la disparition du vivant représenterait aujourd’hui une perte de l’ordre de **vingt points de PIB à l’échelle planétaire** – un chiffre qui, s’il n’est pas pris au sérieux par les décideurs, risque de s’alourdir encore davantage.

Ce qu’il faut retenir

  • Le biologiste Marc-André Selosse publie en 2026 un essai intitulé De la biodiversité comme un humanisme aux éditions du Seuil.
  • Selon ses analyses, la dégradation de l’environnement a déjà réduit le PIB mondial de **20 points** en raison de la perte de biodiversité.
  • L’auteur souligne que l’inaction politique s’explique en partie par un manque d’implication des citoyens sur ces enjeux.
  • Son ouvrage s’appuie sur des données scientifiques précises pour alerter sur les conséquences économiques à long terme.

Une dégradation déjà coûteuse pour l’économie mondiale

Dans son essai, Marc-André Selosse ne se contente pas de décrire les ravages écologiques : il les traduit en termes économiques. « La dégradation de l’environnement n’est pas qu’une question morale ou environnementale, c’est avant tout un problème de coût », explique-t-il. Selon ses estimations, la disparition des espèces, la dégradation des sols et la perturbation des écosystèmes ont déjà engendré une perte équivalente à **20 % du PIB mondial**. Autant dire que, si cette tendance se poursuit, les conséquences pour les générations futures seront d’autant plus lourdes.

Ce chiffre, loin d’être anodin, s’explique par plusieurs facteurs : la baisse de la productivité agricole due à l’érosion des sols, la hausse des coûts liés aux catastrophes naturelles, ou encore la perte de services écosystémiques comme la pollinisation. « Ces mécanismes ne sont pas des abstractions », précise le biologiste. « Ils se traduisent directement dans les budgets des États et des entreprises. »

Des politiques publiques encore trop timides

Si les alertes scientifiques se multiplient depuis des décennies, les politiques publiques peinent à intégrer pleinement la biodiversité comme une priorité absolue. Pour Marc-André Selosse, cette inertie s’explique en grande partie par un manque de conscience collective. « Les citoyens sous-estiment encore l’ampleur des dégâts », souligne-t-il. « Sans pression de la société civile, les gouvernements ont peu d’incitations à agir. »

L’auteur rappelle que les engagements internationaux, comme ceux pris lors de la COP15 de Montréal en 2022, restent largement insuffisants. « On parle de financements, mais ceux-ci sont souvent détournés ou insuffisants », observe-t-il. Bref, sans une volonté politique forte et une mobilisation citoyenne, les objectifs de protection de la biodiversité risquent de rester lettre morte.

Un plaidoyer pour une approche humaniste de la biodiversité

Le titre de l’ouvrage, De la biodiversité comme un humanisme, n’est pas un hasard. Pour Marc-André Selosse, la protection du vivant ne doit pas être perçue comme une contrainte écologique, mais comme une nécessité pour l’avenir de l’humanité. « La biodiversité n’est pas un luxe, c’est la condition même de notre survie », insiste-t-il. Il appelle à repenser notre rapport à la nature, en intégrant davantage les enjeux écologiques dans les décisions économiques et sociales.

Son approche se distingue par son pragmatisme : il ne s’agit pas de diaboliser le progrès, mais de montrer que les modèles actuels sont intenables. « On peut concilier développement et préservation du vivant », explique-t-il. « Encore faut-il en avoir la volonté. »

Et maintenant ?

La sortie de cet essai intervient alors que l’Union européenne doit finaliser d’ici fin 2026 sa stratégie sur la biodiversité pour la prochaine décennie. Les négociations, qui s’annoncent tendues, pourraient déterminer si les États membres s’engagent enfin dans une trajectoire crédible. D’ici là, les citoyens sont appelés à faire entendre leur voix, car, comme le rappelle Marc-André Selosse, « les politiques n’agissent que lorsqu’on les y force ».

À plus long terme, l’enjeu sera de savoir si la communauté internationale parviendra à inverser la tendance avant que les coûts économiques ne deviennent ingérables. Une chose est sûre : le statu quo n’est plus une option.

Selon Marc-André Selosse, ces pertes s’expliquent principalement par la baisse de la productivité agricole (érosion des sols, perte de pollinisateurs), l’augmentation des coûts liés aux catastrophes naturelles (inondations, sécheresses) et la dégradation des services écosystémiques essentiels à l’économie, comme la régulation du climat ou la qualité de l’eau.