Le retour de Marine Le Pen dans la course à l’élection présidentielle de 2027 marque un tournant stratégique au Rassemblement national (RN). Selon Franceinfo - Politique, Jordan Bardella, jusqu’ici présenté comme le probable candidat du parti, se retrouve relégué à la deuxième place. Une décision qui rebat les cartes internes et modifie l’équilibre des forces au sein de l’extrême droite française.
Ce qu'il faut retenir
- Marine Le Pen annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2027, reléguant Jordan Bardella au rang de numéro deux du RN.
- Le 9 mai 2026, Bardella affichait un visage fermé lors du lancement de campagne du Pen à La Flèche (Sarthe).
- Marine Le Pen mise sur un duo à l’américaine, bien que ses premières affiches de campagne ne mettent en avant qu’elle seule.
- Bardella reste un atout pour élargir l’électorat du RN, notamment auprès des jeunes et d’une frange de la droite.
- Les adversaires du RN, comme Manuel Bompard, estiment que cette décision affaiblit politiquement Le Pen.
- L’histoire du FN/RN rappelle les risques de scissions internes en cas de succession mal maîtrisée.
Un revirement stratégique pour le RN
L’annonce de la candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle de 2027, rendue publique le 8 mai 2026, a pris de court une partie de l’appareil du Rassemblement national. Jusqu’alors, Jordan Bardella, président du RN, était perçu comme le successeur naturel de la figure historique du parti. Selon Franceinfo - Politique, sa position s’est inversée du jour au lendemain. Le 9 mai, lors du lancement de la campagne du Pen à La Flèche (Sarthe), Bardella affichait une mine fermée, loin de son image habituelle de communicant maîtrisé. Ses premières déclarations aux journalistes ont même été mal perçues : « Je ne vous entends pas », aurait-il lancé avant que les micros ne se tournent vers Marine Le Pen.
Cette relégation brutale intervient après des mois d’une montée en puissance de Bardella, qui semblait incarner l’avenir du parti. Le 8 mai 2026, il s’était rendu seul à La Flèche pour marquer les commémorations du 8 Mai, un symbole fort dans cette ville de la Sarthe, première commune dirigée par un maire RN dans un territoire historiquement réticent à l’extrême droite. Quelques mois plus tôt, en 2025, plus de 1 000 personnes s’étaient rassemblées sous la pluie pour son deuxième livre, Ce que veulent les Français, scandant « Jordan Président ! » malgré des conditions météo difficiles.
Un duo à l’américaine, mais des affiches personnelles
Marine Le Pen a choisi d’adopter une stratégie de campagne basée sur un binôme, à l’image des tandems présidentiels américains. Pourtant, ses premières affiches ne mettent en scène qu’elle seule. Sur celle diffusée début juillet, on peut lire « La Renaissance », un clin d’œil assumé aux macronistes et au parti de Gabriel Attal. Cette « renaissance » revendiquée est avant tout la sienne. Il est donc probable que l’affiche officielle de campagne, celle qui ornera les panneaux électoraux, présentera une nouvelle fois son portrait en solo.
Cette approche soulève une question : pourquoi afficher un duo si la communication visuelle ne reflète pas cette dynamique ? Selon des observateurs politiques, cette stratégie vise à capitaliser sur l’expérience du Pen tout en utilisant Bardella comme un atout logistique. Son rôle consistera à multiplier les déplacements sur le terrain, à séduire de nouveaux électeurs — notamment les jeunes et une partie de l’électorat de droite — et à élargir le socle électoral du RN. Une mission qui pourrait s’avérer cruciale pour le parti en vue d’un second tour.
« Marine Le Pen ne lui fait pas confiance, et elle a raison. »
— Manuel Bompard, coordinateur national de La France insoumise, cité par Franceinfo - Politique
Les leçons de l’histoire du FN/RN
Marine Le Pen connaît les dangers d’une succession mal anticipée. L’histoire du Front national, devenu Rassemblement national en 2018, regorge d’exemples de luttes internes et de scissions. En 1999, Bruno Mégret, alors numéro deux du parti, avait tenté de prendre la tête du FN, provoquant une scission qui avait affaibli durablement l’organisation. Deux décennies plus tard, les blessures de cette époque restent vives, notamment avec le départ de Florian Philippot, ancien bras droit du Pen, et la brouille familiale autour de sa sœur et de son beau-frère, qualifiés de « félons » par certains cadres du parti.
Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN, avait résumé le sort des dauphins par une formule devenue célèbre : « Le destin des dauphins, c’est de s’échouer. » Une allusion directe à Bruno Gollnisch, battu par Marine Le Pen en 2011 pour la direction du parti. Bardella, qui a lui-même vécu de près les conséquences des guerres de succession, a choisi de ne pas suivre Florian Philippot lors de son départ en 2017. Un choix qui lui a permis de gravir les échelons rapidement. Pour l’instant, son avenir politique ne semble pas compromis, mais l’histoire rappelle que la loyauté dans les partis n’est jamais acquise.
Un affaiblissement politique assumé
La décision de Marine Le Pen de se présenter elle-même à la présidentielle pourrait fragiliser sa position. Ses adversaires ne manquent pas de souligner que cette stratégie expose le RN à des risques de division interne ou de perte de crédibilité. « Elle ne lui fait pas confiance, et elle a raison », a lancé Manuel Bompard, selon Franceinfo - Politique. Une phrase qui résume les craintes d’une partie de la classe politique : Bardella, populaire auprès des jeunes et perçu comme une figure modernisatrice, pourrait être marginalisé au profit d’une campagne centrée sur Le Pen, dont l’image reste polarisante.
Pourtant, Bardella n’est pas écarté de la campagne. Son rôle sera crucial pour toucher des segments de l’électorat encore réticents. Son profil, plus jeune et moins clivant que celui du Pen, pourrait permettre au RN de séduire des électeurs de droite modérée ou des abstentionnistes. Une stratégie qui, si elle est bien menée, pourrait offrir au parti un avantage décisif dans une élection où la mobilisation sera clé.
Pour les adversaires du RN, cette configuration pourrait offrir une opportunité de division. Les partis de gauche et du centre devront adapter leur stratégie pour contrer une campagne qui mise sur deux registres : l’expérience du Pen et le renouvellement incarné par Bardella. Les prochains sondages, attendus pour l’automne 2026, donneront un premier aperçu de l’impact de ce choix sur les intentions de vote.
Selon les analystes politiques cités par Franceinfo - Politique, cette décision s’explique par la volonté de Marine Le Pen de capitaliser sur son expérience et sa légitimité historique. Bardella, bien que populaire, reste un jeune cadre politique (38 ans en 2026) dont l’image est moins ancrée dans la mémoire collective. De plus, une candidature Le Pen permet de mobiliser la base historique du RN, tout en utilisant Bardella comme un relais pour élargir l’électorat.
Les risques principaux résident dans une division interne, comme en 1999 avec la scission Mégret, ou dans une perte de cohésion autour d’une campagne perçue comme déséquilibrée. Certains observateurs estiment aussi que cette stratégie pourrait aliéner une partie de l’électorat jeune, plus attaché à Bardella qu’à Le Pen. Enfin, une campagne trop centrée sur Le Pen pourrait renforcer son image polarisante et limiter les reports de voix au second tour.