Alors que les scientifiques alertent depuis des années sur l’urgence climatique, une nouvelle étude internationale met en lumière un facteur souvent négligé : les comportements masculins, et plus particulièrement ceux des hommes blancs issus des élites euro-occidentales, seraient particulièrement néfastes pour la planète. Publiée le 6 mai 2026 dans la revue Norma: International Journal for Masculinity Studies, cette recherche synthétise plus de deux décennies de travaux sur le lien entre masculinité, modes de vie et impact environnemental. Selon Euronews FR, qui relaie ces conclusions, l’empreinte carbone des hommes serait structurellement plus élevée que celle des femmes, en raison notamment de leurs habitudes de consommation et de leur rapport à la politique climatique.
Ce qu’il faut retenir
- Une étude internationale publiée en 2026 dans Norma: International Journal for Masculinity Studies révèle que les hommes, en particulier les plus aisés des pays occidentaux, ont une empreinte carbone plus élevée que les femmes.
- En France, une enquête de 2025 sur 15 000 personnes montre que les hommes émettent 26 % de pollution en plus que les femmes dans les transports et l’alimentation.
- Les chercheurs soulignent que les hommes sont moins préoccupés par le changement climatique, moins actifs en politique environnementale et moins enclins à modifier leurs comportements quotidiens.
- Le « stress lié à la masculinité » – la crainte d’être perçu comme « peu viril » – pousse certains hommes à rejeter les produits écologiques pour préserver une image traditionnelle.
- L’étude cible particulièrement les secteurs industrialisés (agriculture intensive, industries extractives, militarisme) où les hommes occupent des postes de décision.
Signée par plus de vingt scientifiques issus de treize pays différents, cette méta-analyse s’appuie sur des centaines d’études existantes pour établir un constat sans appel : les schémas de consommation et les choix politiques des hommes, surtout dans les pays riches, aggravent la crise climatique. Le professeur Jeff Hearn, sociologue à l’université de Huddersfield et directeur de la publication, précise : « Il existe désormais de nombreuses recherches qui montrent les impacts clairement négatifs de certains comportements masculins sur l’environnement et le climat. » Pour lui, « ce qui est étonnant, c’est la façon dont cet aspect ne figure pas dans la plupart des débats et des politiques pour un monde plus durable. »
Des écarts de consommation documentés
Les données accumulées par les chercheurs confirment un fossé genré en matière d’émissions de gaz à effet de serre. En France, une étude de 2025 portant sur 15 000 personnes – citée par l’équipe de Jeff Hearn – révèle que les hommes émettent 26 % de CO₂ en plus que les femmes, principalement à travers leurs déplacements et leur alimentation. Ce différentiel s’explique par des habitudes ancrées : les hommes voyagent davantage, utilisent plus souvent la voiture individuelle – surtout pour les longs trajets – et consomment plus de viande. Côté politique, leur engagement reste marginal : ils sont moins susceptibles de voter pour des partis écologistes, de participer à des manifestations climatiques ou de soutenir des mesures restrictives en matière d’émissions.
Les auteurs de l’étude relèvent également un phénomène plus subtil : le « stress lié à la masculinité ». D’après une recherche publiée en 2025 dans le Journal of Environmental Psychology, les hommes qui craignent d’être perçus comme « efféminés » évitent les produits ou les comportements associés à l’écologie, de peur de nuire à leur image virile. Cette aversion se traduit concrètement par un rejet des alternatives végétales, des vêtements en matières recyclées ou même des transports en commun, perçus comme « peu masculins ». Un cercle vicieux qui freine l’adoption de pratiques durables.
Des secteurs clés dominés par les hommes
Au-delà des comportements individuels, l’étude met en lumière l’influence des hommes dans des industries particulièrement polluantes. Les secteurs de l’agriculture intensive, des mines, du pétrole et du gaz, ou encore du militarisme – tous responsables d’une part majeure des émissions mondiales – sont majoritairement dirigés par des hommes, souvent blancs et issus de milieux aisés. Les chercheurs soulignent que cette concentration de pouvoir dans des mains masculines favorise des logiques de profit à court terme, au détriment de la transition écologique. « Les hommes ont tendance à être davantage impliqués dans la propriété, la gestion et le contrôle de secteurs lourds, chimiques, carbonés et industrialisés », rappellent les auteurs.
L’article cite des exemples concrets pour illustrer ce phénomène : le climatoscepticisme des lobbies pétroliers au Canada, les politiques chinoises d’exploitation des ressources dans l’océan Pacifique, ou encore la promotion de la viande par des influenceurs finlandais. À l’inverse, certains mouvements masculins émergent pour contrer ces tendances, notamment en Afrique, en Amérique latine et au Royaume-Uni, où des militants s’engagent pour des modèles économiques et sociaux plus durables.
Une responsabilité des élites occidentales
Parmi les enseignements les plus marquants de cette étude figure la mise en évidence d’un clivage Nord-Sud, mais aussi intra-générationnel. Les chercheurs estiment que les « schémas nuisibles » qu’ils décrivent touchent avant tout les hommes blancs des élites euro-occidentales, dont les modes de vie – voyages fréquents, consommation de produits high-tech, possession de véhicules polluants – génèrent une empreinte écologique disproportionnée. À l’inverse, les hommes issus de milieux modestes ou du Sud global, bien que souvent moins responsables de la crise climatique, en subissent davantage les conséquences, faute de moyens pour s’adapter.
Pour le professeur Hearn, cette disproportion révèle une faille dans les stratégies de lutte contre le réchauffement : « Les débats sur la durabilité se concentrent sur des solutions techniques ou des appels à la responsabilité individuelle, mais rarement sur les structures de pouvoir qui perpétuent ces inégalités environnementales. » L’étude appelle ainsi à une réflexion plus large sur la masculinité hégémonique et son rôle dans l’aggravation de la crise climatique.
Cette publication intervient alors que l’urgence climatique n’a jamais été aussi pressante. Les rapports du GIEC alertent sur la proximité de « points de bascule » irréversibles, tandis que les phénomènes météorologiques extrêmes se multiplient à travers le monde. Dans ce contexte, l’étude sur les masculinités et l’environnement rappelle que la lutte contre le réchauffement ne pourra faire l’impasse sur une remise en question des normes sociales, y compris celles liées au genre.
D’après les données compilées par l’équipe du professeur Hearn, les écarts s’expliquent principalement par des habitudes de consommation distinctes : les hommes utilisent davantage la voiture individuelle, voyagent plus fréquemment, et consomment plus de viande. Une étude française de 2025 révèle ainsi qu’ils émettent 26 % de pollution en plus dans les transports et l’alimentation. Ce différentiel est aussi lié à des normes sociales : certains hommes rejettent les produits écologiques par crainte de paraître « peu virils », un phénomène appelé « stress lié à la masculinité ».