Une vaste étude publiée dans la revue médicale The BMJ met en lumière les limites des médicaments amaigrissants comme Ozempic ou Mounjaro, largement prescrits ces dernières années. Selon Euronews FR, ces traitements permettraient une perte de poids significative, mais n’auraient qu’un impact marginal sur la qualité de vie des patients.

Ce qu'il faut retenir

  • Une analyse de 262 essais cliniques portant sur près de 100 000 participants et 19 médicaments différents montre que la perte de poids s’accompagne souvent d’effets indésirables.
  • Les molécules les plus efficaces en termes de réduction pondérale, comme la tirzépatide (Mounjaro, Zepbound) ou le CagriSema (non encore autorisé), n’améliorent pas significativement la qualité de vie.
  • La sémaglutide (Ozempic, Wegovy), seule molécule associée à une réduction de la mortalité cardiovasculaire, entraîne aussi une perte de masse maigre, augmentant les risques de fractures et de mortalité prématurée.
  • Les essais analysés ont une durée de suivi trop courte pour évaluer les effets à long terme de ces traitements.
  • Les experts soulignent que la perte de poids ne doit pas être le seul critère de succès dans la prise en charge de l’obésité, une maladie chronique complexe.

Des médicaments efficaces sur la balance, mais pas sur la qualité de vie

Selon l’étude publiée dans The BMJ et rapportée par Euronews FR, les médicaments amaigrissants les plus utilisés en 2025, comme l’Ozempic ou le Mounjaro, permettent une perte de poids notable. Pourtant, leur impact sur le bien-être global des patients reste limité. Les chercheurs ont analysé 262 essais cliniques impliquant près de 100 000 participants et 19 molécules différentes, en comparant les résultats obtenus avec ces traitements à ceux issus de modifications seules du mode de vie.

Les résultats sont sans équivoque : pour la majorité des médicaments étudiés, aucune amélioration cliniquement significative de la qualité de vie n’a été observée. Pire encore, les participants sous traitement ont systématiquement rapporté davantage d’effets indésirables et un taux d’arrêt de traitement plus élevé. « La plupart de ces agents n’améliorent pas de manière significative la qualité de vie et rares sont ceux qui présentent des bénéfices cardiovasculaires », ont conclu les auteurs de l’étude.

Une perte de poids coûteuse en santé à long terme

Parmi les molécules les plus efficaces pour réduire le poids corporel, la tirzépatide – principe actif du Mounjaro et du Zepbound – et le CagriSema (non encore commercialisé) se distinguent. Cependant, ces traitements ne sont pas sans conséquences. Les participants sous tirzépatide ou sémaglutide (Ozempic, Wegovy) ont subi une diminution de leur masse maigre, c’est-à-dire la part du poids total non composée de graisse. Or, une faible masse maigre est associée à un risque accru de chutes, de fractures osseuses et même de mortalité prématurée.

La sémaglutide sous-cutanée reste, à ce jour, la molécule pour laquelle les preuves sont les plus solides en matière de réduction de la mortalité et des événements cardiovasculaires majeurs. Pourtant, son utilisation s’accompagne aussi d’effets indésirables, comme le confirment les données recueillies dans le cadre de cette étude.

Des effets à long terme encore méconnus

Les auteurs de l’étude rappellent que la majorité des essais cliniques analysés présentaient une durée de suivi trop courte pour évaluer les conséquences réelles de ces traitements sur la santé à long terme. « Des recherches supplémentaires sont nécessaires sur les médicaments les plus récents afin de mieux comprendre leurs effets », ont-ils souligné. Euronews FR précise que ces lacunes dans les données rendent difficile une évaluation complète des risques et bénéfices de ces molécules.

Des experts externes, comme Marie Spreckley de l’université de Cambridge, mettent en garde contre une interprétation hâtive des résultats concernant la qualité de vie. « La qualité de vie est complexe et varie d’une personne à l’autre. Si les mesures standardisées fournissent des informations précieuses, elles ne saisissent pas forcément tous les aspects de l’expérience thérapeutique qui comptent pour les personnes vivant avec l’obésité », a-t-elle déclaré.

L’obésité, une maladie chronique à traiter au-delà de la balance

Les chercheurs insistent sur un point crucial : l’obésité ne se résume pas à une question de poids. Dans un éditorial accompagnant l’étude, ils rappellent que se fonder uniquement sur la perte pondérale pour évaluer le succès d’un traitement revient à simplifier à l’excès les bénéfices et les risques de ces médicaments. Pire, cela pourrait renforcer la stigmatisation envers les personnes obèses, en faisant de la minceur un objectif absolu.

José M. Ordovás, de l’université Tufts et non impliqué dans l’étude, abonde dans ce sens : « L’étude confirme ce que nous savions déjà : certains médicaments permettent une perte de poids importante, mais maigrir ne signifie pas automatiquement améliorer tous les aspects de la santé ». Il ajoute : « La balance ne raconte qu’une partie de l’histoire, pas sa totalité ». Pour lui, le succès d’un traitement de l’obésité doit aussi se mesurer en termes de santé globale, de capacités fonctionnelles et de qualité de vie.

Et maintenant ?

Les résultats de cette étude soulèvent plusieurs questions sur l’avenir de la prise en charge médicamenteuse de l’obésité. Les chercheurs appellent à des essais cliniques de plus longue durée pour évaluer les effets à long terme des molécules les plus récentes, comme le CagriSema. En parallèle, les autorités sanitaires pourraient revoir les recommandations d’usage de ces traitements, en intégrant davantage la notion de qualité de vie dans leurs évaluations. Une réflexion qui devrait s’inscrire dans la durée, alors que l’obésité continue de progresser dans les pays occidentaux.

En attendant, les patients et les professionnels de santé restent confrontés à un paradoxe : comment concilier l’efficacité immédiate de ces médicaments avec les incertitudes sur leur impact réel sur la santé à long terme ? Une question qui pourrait redéfinir les pratiques médicales dans les années à venir.

Parmi les médicaments les plus utilisés figurent l’Ozempic et le Wegovy (à base de sémaglutide), ainsi que le Mounjaro et le Zepbound (à base de tirzépatide). Ces traitements, initialement développés pour le diabète de type 2, ont connu un essor important dans la prise en charge de l’obésité.

Une diminution de la masse maigre – c’est-à-dire la part du poids composée de muscles et d’organes – est associée à un risque accru de fractures, de chutes et de mortalité prématurée. Or, plusieurs traitements amaigrissants, dont ceux à base de tirzépatide et de sémaglutide, favorisent cette perte.