À compter de ce dimanche 14 juin 2026, l’étiquetage des pots de miel en Europe franchit une nouvelle étape vers plus de transparence. Tous les mélanges de miels vendus dans les supermarchés de l’Union européenne devront désormais indiquer, en pourcentage, la liste complète des pays d’origine composant le produit, annonce une directive européenne entrée en vigueur aujourd’hui. Selon BFM Business, cette mesure vise à mettre fin aux mentions trop vagues comme « origine UE/non UE », jugées trompeuses par les consommateurs et les professionnels du secteur.

Ce qu'il faut retenir

  • Obligation d’indiquer les pourcentages pour chaque pays d’origine des mélanges de miel, par ordre décroissant.
  • Fin de la mention générique « origine UE/non UE », remplacée par une liste détaillée.
  • La France avait anticipé cette règle dès juillet 2022 avec la loi Egalim 2, mais sans exiger les pourcentages.
  • Cette directive s’inscrit dans la lutte contre les fraudes, comme l’ajout de sucre ou la falsification des origines.
  • 46 % des 320 échantillons de miel importé testés en 2023 par l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) présentaient des traces de frelatage.
  • Les miels importés, souvent moins chers, représentent jusqu’à 75-80 % des ventes de certains conditionneurs.

Une transparence accrue pour lutter contre les fraudes

Cette nouvelle réglementation européenne répond à un enjeu majeur : la lutte contre les miels frelatés. Selon les résultats d’une enquête publiée par l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) en 2023, 46 % des 320 échantillons de miel importé contrôlés présentaient des traces de fraude, notamment par l’ajout de sucre. Les résultats étaient encore plus alarmants pour certains pays : trois quarts des miels originaires de Turquie et la quasi-totalité de ceux venus du Royaume-Uni étaient suspects, ces derniers transitant souvent par le Royaume-Uni avant d’être réexportés vers l’UE.

« L’origine UE/non UE, c’est vague. Ça nous dit que le miel vient de la Terre, et pas de la Lune », a ironisé Henri Clément, porte-parole de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), pour illustrer l’opacité des étiquettes jusqu’alors en vigueur. « On se bat depuis près de dix ans pour faire évoluer l’étiquetage en matière d’origine », a-t-il rappelé, soulignant que cette mesure devrait permettre aux apiculteurs français de mieux valoriser leur production, souvent plus coûteuse que les miels importés.

Des coûts logistiques, mais une harmonisation européenne saluée

Si cette directive impose aux professionnels de revoir leurs étiquettes et leurs processus logistiques, certains acteurs du secteur y voient une avancée nécessaire. Pour Romain Le Nouaille, directeur marketing et communication du groupe Famille Michaud — qui détient 45 % de part de marché en France avec des marques comme Lune de Miel ou Miel l’Apiculteur —, cette harmonisation est une bonne nouvelle. « La France imposait déjà une forme de transparence depuis l’été 2022 avec la loi Egalim 2 », a-t-il précisé. « Cela supprimait une distorsion de concurrence entre les pays européens », a-t-il ajouté, alors que certains voisins ne mentionnaient que l’origine générique « UE/non UE » sur leurs produits.

Du côté des conditionneurs, le passage à cette nouvelle réglementation a parfois nécessité des investissements, comme l’explique David Besacier, à la tête du groupe Besacier. Pour son entreprise, qui distribue 75 à 80 % de miel importé, le changement a impliqué de « refaire toutes les étiquettes ». « On affichait déjà un QR code sur nos pots depuis quatre ans », a-t-il souligné, minimisant l’impact opérationnel grâce à la traçabilité informatique déjà en place.

Vers la fin des mélanges de miel ?

Cette directive européenne pourrait bien accélérer une tendance déjà observable chez certains acteurs du marché. Le groupe Famille Michaud a d’ores et déjà annoncé la généralisation du « mono-origine » pour l’ensemble de ses produits. « Nous avons décidé de remplacer nos mélanges par des références issues d’un seul pays », a confirmé Romain Le Nouaille. Une évolution qui reflète une demande croissante des consommateurs pour plus de clarté, même si elle limite la standardisation des goûts et des couleurs, souvent recherchée en grande distribution.

Chez Naturalim France Miel, qui conditionne des miels pour le compte de marques de distributeurs, la transition vers la nouvelle réglementation s’est faite sans accroc. « Tous nos clients étaient prêts pour le jour J », a assuré Xavier Turlin, son directeur général. « Nous en avons profité pour refondre graphiquement nos packagings », a-t-il ajouté, précisant que la mention des origines, auparavant reléguée à l’arrière des pots, sera désormais visible sur le couvercle ou l’avant.

« Nous sommes très favorables à la transparence sur les pays d’origine du miel, mais ça n’empêchera aucune fraude dans les faits. Quelqu’un qui fraudait continuera de frauder. »
David Besacier, dirigeant du groupe Besacier

Transparence et patriotisme d’achat : un équilibre à trouver

Au-delà de la lutte contre les fraudes, cette nouvelle réglementation soulève une question plus large : celle du « patriotisme d’achat ». Si les miels importés peuvent être de qualité, leur prix reste souvent bien inférieur à celui des miels français. Henri Clément rappelle que le coût de revient d’un kilo de miel en France est d’environ 5 euros, contre moins de 2 euros pour certains miels étrangers. « Il faut vraiment passer le message aux consommateurs », a-t-il insisté, convaincu que la transparence « va donner un coup de boost à nos miels français ».

Pour Xavier Turlin, cette tendance est déjà observable dans les chiffres de ventes : « C’est une tendance que l’on observe depuis plusieurs années », a-t-il noté. Pourtant, l’impact sur les ventes de miels importés pourrait rester limité. « Tout le monde voudrait acheter français, mais tout le monde n’est pas capable de le faire », a tempéré David Besacier, rappelant que le prix reste souvent le critère décisif en magasin.

Et maintenant ?

Cette directive européenne marque une étape clé dans la transparence alimentaire, mais son efficacité dépendra en grande partie des contrôles futurs. Les professionnels du secteur appellent à une intensification des vérifications, tant pour les grands conditionneurs que pour les petits producteurs en vente directe. Une harmonisation des pratiques de contrôle à l’échelle européenne pourrait être discutée dans les mois à venir, même si aucun calendrier précis n’a encore été annoncé. D’ici là, les consommateurs devront s’habituer à des étiquettes plus détaillées — et peut-être à des choix d’achat plus engagés.

Reste à voir si cette mesure suffira à inverser la tendance des importations massives de miel à bas prix, ou si elle se contentera d’apporter plus de clarté sans modifier profondément les habitudes de consommation.

Cette mention était jugée trop vague par les consommateurs et les professionnels. Elle ne permettait pas de connaître la provenance exacte des miels, ni de distinguer les produits issus de l’Union européenne de ceux importés depuis des pays tiers. Pour les apiculteurs français, elle favorisait les importations à bas prix et limitait la valorisation de leur production locale.

Selon une enquête de l’Office européen de lutte antifraude (Olaf) publiée en 2023, les miels originaires de Chine, de Turquie et du Royaume-Uni étaient les plus suspects. Les trois quarts des échantillons turcs et la quasi-totalité des miels britanniques analysés présentaient des traces de fraude, souvent liées à l’ajout de sucre ou à une fausse origine florale ou géographique.