Deux ans après avoir frôlé la relégation en Top 14 lors d’un barrage épique face à Grenoble (victoire 18-20 le 16 juin 2024), le Montpellier Hérault Rugby (MHR) se retrouve en position de force. Le club occitan occupe actuellement la deuxième place du championnat, à deux journées de la fin, et affronte l’Ulster en finale du Challenge européen ce vendredi 22 mai à Bilbao. Une remontée spectaculaire, analysée en détail par RMC Sport, qui s’appuie sur un projet sportif recentré sur l’identité montpelliéraine et la promotion des jeunes talents.
Ce qu'il faut retenir
- Le MHR a évité de justesse la relégation en juin 2024, avant de réaliser une saison 2025-2026 historique.
- Joan Caudullo, ancien talonneur du club, a été nommé entraîneur en juin 2024 pour succéder à un staff marqué par l’instabilité.
- Le projet repose sur la reconstruction de l’ADN du club, autour de valeurs comme le combat, la défense et l’abnégation, identifiées grâce à un audit réalisé auprès d’anciens joueurs.
- Le staff de Caudullo mise sur la formation interne et l’intégration de jeunes, avec une moyenne d’âge de 43,5 ans pour les adjoints (Benoît Paillaugue et Geoffrey Doumayrou).
- Le recrutement ciblé, piloté par la cellule de Damien Bruno, a permis d’attirer des joueurs comme Billy Vunipola, Stuart Hogg ou Maël Moustin, tout en conservant les cadres locaux comme Lenni Nouchi.
- Avec 19 victoires en 22 matchs depuis novembre 2025, le club affiche une stabilité inédite sous la direction de Caudullo.
Un staff local pour incarner l’ADN montpelliérain
La nomination de Joan Caudullo en juin 2024 marque un tournant. Le président Mohed Altrad décide de promouvoir un entraîneur issu du club, plutôt que de recruter une figure médiatique. Titulaire du Brevet d’État d’entraîneur à 23 ans et diplômé d’État supérieur (DES) en 2018, Caudullo a d’abord dirigé le centre de formation de Mont-de-Marsan avant de revenir à Montpellier en 2020. Il y supervise alors la formation des jeunes et participe à l’obtention du titre de champion de France en 2022. « C’était important et nécessaire par rapport à la problématique que l’on avait de se recentrer sur notre ADN », explique-t-il à RMC Sport.
Ce recentrage s’accompagne d’une critique des anciens staffs, souvent perçus comme extérieurs et peu enclins à valoriser l’histoire du club. « Avant, des gens qui venaient de l’extérieur étaient parfois très critiques du club, de l’organisation ou du fonctionnement. Depuis 1986, il y a eu de belles choses au club donc il fallait se recentrer sur nous », souligne Caudullo. Son équipe, composée de fidèles comme Didier Bes (deuxième joueur le plus capé de l’histoire du club) ou Antoine Battut, incarne cette volonté de continuité. Les adjoints, Paillaugue et Doumayrou, malgré leur jeunesse, sont plébiscités par les joueurs pour leur connaissance du club. « Ce staff est axé sur Montpellier, ça apporte une identité. On a envie de se reconnaître en eux et ça marche », témoigne Florian Verhaeghe, troisième ligne international.
L’audit qui a révélé les valeurs du MHR
Pour définir l’ADN du club, Caudullo s’appuie sur un travail d’enquête mené par Fulgence Ouedraogo (recordman de capes) et Pascal Mancuso. Les anciens joueurs évoquent des mots-clés comme combat, dureté, défense, pénible, abnégation. Ces valeurs deviennent le socle du projet sportif. « Il y a un vrai projet club, de la stabilité, quelque chose s’est créé avec ce staff qui a apporté un ADN club. C’est ce qui manquait à cette équipe », résume Verhaeghe. Le staff met également l’accent sur la promotion des jeunes, avec une règle : le numéro 3 à chaque poste doit être un espoir. Ce principe, appelé « capsule », permet à des talents comme Lyam Akrab ou Valentin Welsch de s’aguerrir aux côtés des professionnels.
Le recrutement reflète cette philosophie. Plutôt que de miser sur des stars en fin de carrière, le MHR cible des profils comme Billy Vunipola (74 sélections, 45 essais), Stuart Hogg ou Maël Moustin, tous intégrés au collectif. La cellule de recrutement, dirigée par Damien Bruno, travaille en étroite collaboration avec le staff pour identifier les besoins. Bernard Laporte, toujours influent, facilite l’arrivée de certains joueurs, comme Vunipola, devenu un leader dans le vestiaire. « Il n’est pas venu en pré-retraite, il est le leader de ce collectif et fait l’unanimité », note RMC Sport.
Stabilité et résultats : les clés d’une réussite en deux ans
Le pari de la stabilité porte ses fruits. Après une première saison en demi-teinte (8e place), le MHR enchaîne 19 victoires en 22 matchs depuis novembre 2025. Cette progression contraste avec les huit staffs différents qu’a connus le club sous la présidence Altrad, souvent remplacés en urgence. En novembre 2025, après une défaite à domicile contre Clermont (7-9), Bernard Laporte envisageait pourtant de changer d’entraîneur. Mohed Altrad a finalement maintenu son équipe. « Pau, je crois que ça fait quatre ans qu’ils ont mis leur projet en place. Ils ont fini dans les huit au bout de la troisième ou quatrième année. Nous, on y arrive au bout de deux ans. Je ne dis pas qu’on est meilleurs que Pau, mais en tout cas, la stabilité, obligatoirement, amène des résultats. C’est nécessaire, quel que soit le pilote », explique Caudullo.
Cette régularité se traduit aussi par la fidélisation des cadres. Lenni Nouchi, Baptiste Erdocio ou Auguste Cadot ont prolongé leur contrat malgré les sollicitations d’autres clubs. Le MHR attire désormais des jeunes talents français, comme Dimitri Delibes. « Depuis son arrivée, le club a regagné une image positive », souligne RMC Sport.
Une chose est sûre : le MHR a prouvé qu’une identité forte et une gestion raisonnée pouvaient rivaliser avec les budgets des clubs mieux dotés. Reste à confirmer cette dynamique sur la durée, notamment en Coupe d’Europe où les défis seront plus rudes.
Un projet qui redéfinit l’ambition montpelliéraine
L’ascension du MHR s’inscrit dans une volonté de rupture avec les années d’instabilité. Le club, créé en 1986, mise désormais sur son histoire et ses valeurs pour construire un avenir compétitif. « Il y a un projet, une identité. C’est ce qui manquait à cette équipe », insiste Verhaeghe. Cette philosophie séduit les supporters et attire des profils en quête d’un collectif soudé. Avec une finale européenne en jeu et un Top 14 à deux matchs de la fin, le MHR écrit une nouvelle page de son histoire, loin des frissons des barrages de 2024.
Pour Caudullo, l’enjeu est désormais de pérenniser cette dynamique. « La stabilité amène des résultats », rappelle-t-il. Une maxime qui pourrait bien résumer la nouvelle ère du rugby montpelliérain.
Le staff de Caudullo mise sur trois piliers : une connaissance approfondie du club, une identité forte fondée sur des valeurs comme le combat et la défense, et une politique de promotion des jeunes. Les adjoints, Benoît Paillaugue et Geoffrey Doumayrou, malgré leur jeunesse, incarnent cette proximité avec l’ADN montpelliérain. Leur moyenne d’âge de 43,5 ans reflète une équipe expérimentée mais ancrée dans le projet local.
Le recrutement s’appuie sur une cellule dédiée, pilotée par Damien Bruno, qui travaille en collaboration avec le staff pour cibler des profils adaptés au projet. Bernard Laporte, via ses réseaux, a facilité l’arrivée de Vunipola, devenu un leader dans le vestiaire. Le club a privilégié des joueurs en pleine maturité sportive plutôt que des stars en fin de carrière, comme c’était parfois le cas auparavant.