Depuis deux ans, Olivier Andriès, directeur général du groupe Safran, s’impose dans le débat public par ses prises de position tranchées sur la fiscalité, la réindustrialisation et la transition écologique. Selon BFM Business, ce polytechnicien de 64 ans, à la tête du géant de l’aéronautique depuis 2021, a radicalement transformé son entreprise en misant sur la maintenance des moteurs et le secteur de la défense, tout en adoptant un discours provocateur envers les élus écologistes.
Cette stratégie, qui lui vaut autant d’admiration dans les milieux industriels que de critiques acerbes dans les rangs écologistes, s’est particulièrement illustrée en avril 2025 lors d’une audition parlementaire. Invité à réagir aux oppositions locales contre l’implantation d’une usine Safran à Rennes – censée créer 500 emplois –, Olivier Andriès n’a pas hésité à fustiger les élus écologistes. « Si c’est pour se faire accueillir par des tomates, ce n’est pas la peine », avait-il lancé, avant d’ajouter : « Je vais être très clair : il n’est plus question aujourd’hui d’investir dans une ville détenue par une majorité écologiste. Chaque fois que nous aurons un choix de localisation, je bannirai une offre faite par une ville détenue par une majorité écologiste. »
Ce qu'il faut retenir
- Olivier Andriès, directeur général de Safran depuis 2021, a transformé le groupe en une « machine à cash » grâce à la maintenance des moteurs et à la branche défense.
- En avril 2025, il a déclaré publiquement bannir les investissements dans les villes dirigées par des majorités écologistes.
- Depuis juillet 2025, il préside le Gifas, le lobby de la filière aérospatiale française, où il défend une vision offensive de la compétitivité.
- Safran affiche un chiffre d’affaires record de 31,3 milliards d’euros en 2025, dopé par la reprise du trafic aérien et les ventes de moteurs comme le Leap.
- Le groupe étend son influence à l’international, avec des usines en Inde et au Maroc, et des acquisitions dans l’IA de défense.
- Andriès minimise les enjeux climatiques, estimant que l’avion à hydrogène relève « plutôt du XXIIe siècle ».
Un patron devenu figure clivante du débat industriel
Ancien haut fonctionnaire passé par le ministère des Finances, Lagardère et Airbus, Olivier Andriès a rejoint Safran en 2008. À son arrivée à la tête du groupe en 2021, Safran était fragilisé par les conséquences de la crise sanitaire et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement. Plutôt que de miser sur la vente de moteurs, il a recentré l’activité sur leur maintenance, bien plus rentable, tout en accélérant la production.
Les résultats sont là : en 2025, Safran enregistre un chiffre d’affaires historique de 31,3 milliards d’euros. Son moteur Leap, développé en collaboration avec GE Aviation, équipe désormais la totalité des Boeing 737 MAX et une majorité des Airbus A320neo, deux des avions les plus vendus au monde. Parallèlement, la branche défense du groupe, dopée par les succès à l’export des Rafale dont Safran fabrique le moteur M88, connaît une croissance soutenue.
Mais c’est surtout son discours public qui attire l’attention. Olivier Andriès assume un rôle de porte-parole d’une industrie aéronautique en quête de compétitivité, s’opposant frontalement aux critiques écologistes. « Il faut répartir la richesse, mais avant cela, il faut la créer », martèle-t-il régulièrement, dénonçant le poids de la fiscalité en France. Une position qui lui vaut des soutiens enthousiastes dans le monde industriel, mais aussi des condamnations sans appel de la part des associations environnementales.
La transition écologique mise à mal par une vision court-termiste ?
Les déclarations d’Olivier Andriès sur la décarbonation de l’aviation sont parmi les plus controversées. Interrogé sur l’hypothèse d’un avion à hydrogène que Airbus espère voir entrer en service dans les années 2040, il a balayé cette perspective d’un revers de main : « Cela relève plutôt du XXIIe siècle. » Une prise de position qui a suscité l’indignation de Jérôme de Bouchet, porte-parole de l’ONG Transport & Environment, pour qui cette vision « minimise les enjeux climatiques ».
Pourtant, Safran travaille bel et bien sur des innovations destinées à réduire l’empreinte carbone du secteur. Le groupe a notamment développé le moteur Rise, dont l’architecture disruptive permettrait de diminuer de 20 % la consommation de carburant. En 2025, il a également célébré la certification de son premier moteur électrique, présenté comme une « étape majeure » vers la neutralité carbone d’ici 2050. Une avancée saluée lors d’une cérémonie au musée d’Art moderne de Paris, en pleine salle de La Fée Électricité de Raoul Dufy, symbole ironique pour certains observateurs.
« L’esprit de l’innovation de Safran s’arrête là où commence la maximisation des profits à court terme », a ironisé Jérôme de Bouchet. Une critique que le patron de Safran balaye en pointant du doigt ce qu’il qualifie d’« aircraft bashing », une stigmatisation du transport aérien « qui n’existe nulle part ailleurs qu’en Europe ». Un argument contesté par les ONG, qui rappellent que les émissions de l’aviation en Europe ont augmenté de 30 % depuis 2005, alors que celles des autres secteurs se sont stabilisées ou ont diminué.
Une expansion internationale et une diversification stratégique
Sous la direction d’Olivier Andriès, Safran a accéléré sa stratégie d’internationalisation, ciblant des marchés émergents où l’excellence des ingénieurs et les coûts salariaux compétitifs offrent un avantage concurrentiel. En Inde, le groupe a inauguré fin 2025 un gigantesque site de maintenance pour moteurs Leap à Hyderabad, et prévoit d’y installer une chaîne d’assemblage du moteur de Rafale, une première hors de France.
Au Maroc, Safran a lancé un projet d’usine de trains d’atterrissage, qui s’ajoutera à une unité dédiée à la maintenance des moteurs, dont l’ouverture est prévue pour fin 2027. Ces investissements s’inscrivent dans une logique d’intégration verticale, visant à sécuriser les approvisionnements et à réduire les dépendances géopolitiques.
Parallèlement, le groupe a diversifié ses activités avec l’acquisition en 2024 de Preligens, spécialiste français de l’IA de défense, rebaptisé Safran AI. Une opération saluée comme une « inflexion majeure » par un expert du secteur ayant travaillé avec Andriès, qui y voit le signe d’une volonté de sortir d’une « culture très industrielle » pour embrasser davantage la révolution numérique. Safran est également sur le point d’acquérir le pôle de renseignements militaires de Kayrros, spécialiste de l’analyse de données satellitaires, confirmant cette dynamique de diversification.
Reste à savoir si cette vision, qui place la rentabilité avant la transition verte, résistera à l’épreuve du temps et des exigences climatiques. Une chose est sûre : le patron de Safran a d’ores et déjà marqué son époque par son franc-parler et ses choix économiques audacieux.
Les associations environnementales, comme Transport & Environment, lui reprochent de minimiser les enjeux climatiques en rejetant les solutions de décarbonation (comme l’avion à hydrogène) et de privilégier les profits à court terme au détriment de la transition écologique. Elles pointent également son opposition frontale aux élus écologistes, qu’il accuse de freiner l’industrie aéronautique.