Une équipe internationale de paléontologues a révélé la découverte d’une nouvelle espèce de carnivore éteint, baptisée Paludocyon moyasolai, dans la région de Barcelone. Selon Euronews FR, cette identification, publiée dans le Journal of Mammalian Evolution, éclaire davantage la diversité des amphicyonidés, ces mammifères prédateurs qui ont peuplé l’Eurasie et l’Amérique du Nord il y a des millions d’années.
Ce qu'il faut retenir
- Un crâne découvert en Catalogne dans les années 1990 a été identifié comme appartenant à une nouvelle espèce, Paludocyon moyasolai, en 2026.
- Cette espèce, pesant entre 50 et 70 kg, vivait il y a 15,9 millions d’années dans un environnement de lagune tropicale.
- Le site d’Els Casots, près de Barcelone, devient le gisement de référence mondial pour cette espèce.
- Les chercheurs ont analysé des restes fossiles incluant un crâne, une partie de la dentition et une molaire isolée.
- Cette découverte s’inscrit dans une étude plus large sur les communautés de carnivores du Miocène en péninsule Ibérique.
Un crâne oublié pendant trente ans
Le crâne de Paludocyon moyasolai a été extrait du site d’Els Casots, situé dans la commune de Subirats (Alt Penedès), lors de fouilles menées dans les années 1990. À l’époque, les chercheurs l’avaient attribué à une espèce déjà connue du genre Paludocyon, dont des restes fragmentaires avaient été retrouvés dans d’autres régions. Considéré comme peu novateur, le spécimen avait été rangé et oublié.
Il a fallu attendre 2014, dans le cadre de la préparation d’une thèse de doctorat, pour qu’une équipe de l’Institut Català de Paleontologia Miquel Crusafont (ICP) se penche à nouveau sur ce crâne. Les premiers constats ont révélé des différences notables : l’espèce initialement envisagée était bien plus massive, avec une taille comparable à celle d’un lion ou d’un tigre et un poids avoisinant les 200 kg. Or, le spécimen analysé était plus petit et doté d’une musculature moins développée.
Une espèce inédite confirmée après deux ans d’analyses
Pendant deux ans, l’équipe de l’ICP a mené des recherches approfondies pour confirmer cette intuition. Les résultats ont confirmé qu’il s’agissait d’une espèce inconnue, distincte de tous les spécimens déjà répertoriés. Cette nouvelle espèce a été baptisée Paludocyon moyasolai, en hommage au paléontologue espagnol Salvador Moyà-Solà, spécialiste des primates fossiles.
L’étude, publiée dans le Journal of Mammalian Evolution, associe plusieurs institutions de premier plan : le Musée national des sciences naturelles du CSIC, l’Universitat de València, l’Universitat Autònoma de Barcelona, l’Universidad Complutense de Madrid, l’Institut national de la biodiversité d’Équateur et le musée sud-africain Iziko.
Un prédateur adapté à un écosystème tropical
Selon les estimations des chercheurs, Paludocyon moyasolai était un prédateur de taille moyenne, mesurant environ celle d’un grand chien. Son poids oscillait entre 50 et 70 kg. Les fossiles découverts incluent un crâne presque complet, une grande partie de la dentition et une molaire inférieure isolée. C’est cette dernière qui a particulièrement retenu l’attention des scientifiques : sa deuxième molaire supérieure était anormalement large, tandis que la troisième molaire dépassait la taille habituelle pour ce genre.
Cette dentition suggère un régime alimentaire varié, compatible avec celui d’un chasseur mésocarnivore capable de s’attaquer à des proies de petite et moyenne taille, comme des cervidés primitifs, des bovidés ou des suidés ancestraux. Les chercheurs soulignent que ce spécimen n’était pas le plus imposant de son environnement : le site a également livré les restes d’un second amphicyonidé, bien plus grand, comparable à un léopard en taille, mais dont l’espèce n’a pas encore été formellement décrite.
Un milieu humide ayant favorisé la conservation des fossiles
Il y a 15,9 millions d’années, le paysage d’Els Casots était radicalement différent de celui d’aujourd’hui. La région abritait une lagune peu profonde, entourée d’une forêt tropicale dense. Dans ce milieu aquatique, crocodiles, serpents, poissons et une grande variété de mammifères coexistaient. Les chercheurs estiment que la boue de la lagune a joué un rôle clé dans la préservation des fossiles : les cadavres s’y enfonçaient après la mort, limitant ainsi leur décomposition et permettant leur conservation jusqu’à leur découverte.
« La lagune fonctionnait comme un piège naturel pour les animaux », explique un porte-parole de l’équipe de fouille. « Les corps étaient rapidement recouverts de sédiments, ce qui a permis une conservation exceptionnelle des ossements. »
Une pièce du puzzle évolutif des amphicyonidés
Cette découverte s’ajoute à un ensemble de travaux visant à reconstituer l’organisation des communautés de grands carnivores du Miocène en péninsule Ibérique. Une étude antérieure, publiée dans la revue Palaeontology, avait analysé des sites plus récents, comme Los Valles de Fuentidueña (Ségovie) et Cerro de los Batallones (Madrid), où coexistaient plusieurs espèces de carnivores : chiens-ours, félins, hyènes et ours.
Grâce à l’analyse d’isotopes stables sur plus de 200 échantillons d’émail dentaire, les chercheurs ont pu déterminer avec précision le régime alimentaire de chaque espèce. Leurs travaux ont révélé une forte concurrence entre ces prédateurs, sauf pour certaines espèces comme les amphicyonidés ou les hyènes primitives, qui ciblaient des proies différentes dans des habitats plus ouverts.
Des stratégies de coexistence face à la compétition
L’étude isotopique, menée en collaboration avec l’Universidad Complutense de Madrid, a permis de reconstituer les habitudes alimentaires des animaux sans endommager les fossiles. « Il suffit d’extraire quelques milligrammes d’émail à l’aide d’une fraise de dentiste pour obtenir des résultats fiables », précise un chercheur impliqué dans l’étude. Cette méthode ouvre la voie à une analyse plus large des écosystèmes du Miocène, couvrant différentes périodes et régions.
Les résultats dessinent peu à peu un tableau détaillé de la façon dont la faune réagissait aux changements environnementaux de l’époque. À cette période, les forêts denses laissaient place à des paysages plus ouverts et arides. Certaines espèces ont su s’adapter à ces nouvelles conditions, tandis que d’autres ont disparu, incapables de rivaliser pour les ressources.
Pour l’ICP, cette découverte marque une avancée majeure dans la connaissance des carnivores du Miocène. « Els Casots reste un site clé pour comprendre l’évolution de ces animaux », souligne un paléontologue. « Nous prévoyons d’organiser de nouvelles campagnes de fouilles dans les années à venir pour compléter nos connaissances. »
Cette espèce a été baptisée en hommage au paléontologue catalan Salvador Moyà-Solà, figure majeure de la discipline en Espagne. Le nom générique, Paludocyon, fait référence à son adaptation probable à un milieu humide, « palus » signifiant « marais » en latin, et « cyon » désignant les chiens.